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De Paris à Londres, et désormais Saint-Tropez, le PAD s’est imposé en près de trente ans comme l’un des rendez-vous incontournables du design et des arts décoratifs. Rencontre avec son fondateur Patrick Perrin.
Après une première édition couronnée de succès à Saint-Tropez, le PAD poursuit son expansion sans céder à la tentation de la démesure. Alors que le PAD London ouvre ses portes le 13 octobre, Patrick Perrin, son fondateur, revient sur presque trois décennies consacrées à l’art et au design.
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À Saint-Tropez, le succès fut immédiat. Sur les vingt exposants réunis pour cette première édition, 100 % ont déjà renouvelé leur contrat pour 2027. Un chiffre qui résume assez bien la méthode Patrick Perrin : faire petit, mais juste. « Malgré le manque de place [le salon s’est déroulé sur la place des Lices, ndlr], nous n’envisageons pas de le déplacer l’an prochain. Notre succès repose uniquement sur le choix d’un bon lieu et d’une bonne date », ajoute-t-il. Le PAD s’est installé dans un format volontairement resserré, donc, au cœur d’une clientèle internationale où les collectionneurs américains occupent une place particulièrement importante.
« Le début du mois de juillet est stratégique à Saint-Tropez, c’est la belle période pour le village, les bonnes personnes sont là. » Le PAD a ainsi poussé de façon informelle ses murs, ses exposants et les collectionneurs de passage créant à leur propre initiative des déjeuners, des cocktails ou des dîners, dynamisant l’écosystème naturel du salon. Car, la force d’un salon à taille humaine est, naturellement, de mettre la rencontre au cœur de sa philosophie.
Inventer le premier salon de design
Si Patrick Perrin connaît si bien les codes du marché de l’art, c’est d’abord parce qu’il a grandi dedans. « Je suis fils, petit-fils, arrière-petit-fils de marchand de mobiliers XVIIIe. J’ai baigné dans l’art toute ma vie. » Après des études d’histoire de l’art, un passage à Londres et à New York et une expérience auprès de François Curiel chez Christie’s, il rejoint finalement l’entreprise de son père… et s’y sent rapidement à l’étroit. Il se tourne alors vers le dessin et la peinture ancienne. Une manière, aussi, de gagner « un pouvoir de décision personnelle » et une forme d’indépendance.
Cette envie d’entreprendre donnera naissance au Salon du dessin, créé avec une bande d’amis marchands et experts. Le salon existe toujours aujourd’hui, plusieurs décennies plus tard — sans Patrick Perrin.
Dans les années 90, le mot même de design n’a pas encore la place qu’il occupe aujourd’hui dans le marché de l’art. On parlait davantage de « mobilier XXe siècle, d’Art déco ou d’Art nouveau ». Patrick Perrin montre une initiative autour des arts avant de préciser son idée en 1996. « On a monté le premier salon de design au monde », affirme-t-il. À l’époque, aucune des foires internationales d’envergure comme Design Miami ou Collectible n’existent. Le PAD commence avec 35 exposants au Jardin des Tuileries en 1998. Il en réunit désormais environ 75 à Paris comme à Londres.
Patrick Perrin refuse le gigantisme des grandes foires internationales, qui peuvent rapidement devenir difficiles à parcourir, voire à comprendre. « Tout voir de la TEFAF Maastricht [la plus grande foire d’art et d’antiquités au monde, ndlr] ou de Frieze, c’est impossible. » Pour lui, un salon doit rester suffisamment compact pour que la rencontre demeure possible. Cette dimension humaine ainsi est devenue l’une des signatures du PAD. « Si les gens ont besoin de me parler à moi, ils ont mon numéro. PAD est une structure familiale et humaine. » Une philosophie qui séduit autant les exposants que les visiteurs et qui tranche avec les grandes machines internationales où les interlocuteurs peuvent se multiplier jusqu’à devenir anonymes.
Le bon lieu, au bon moment
« Être dans le bon lieu au bon moment, rappelle Patrick Perrin. Nous n’avons besoin que de cela pour connaître le succès ». Une conviction forgée par les expériences internationales du PAD et d’autres foires que la structure a accompagné, notamment à New York, où le salon avait été lancé furtivement en 2011 sans, précisément, ces deux paramètres.
Londres, en revanche, a trouvé son rythme. Après une première édition implantée dans un square, le PAD a pérénisé son adresse à Berkeley Square, où il revient chaque année. Une implantation qui permet au salon de toucher une clientèle particulièrement internationale. « Londres est une capitale économique incontournable », estime Patrick Perrin, qui observe la présence continue des collectionneurs chinois, asiatiques, américains, sud-américains ou africains malgré le Brexit.
Le PAD Paris possède, lui, un autre profil : une clientèle moins internationale mais « très passionnée, très au fait des choses », avec une forte présence de décorateurs et d’architectes. Saint-Tropez, enfin, joue encore une autre partition, largement internationale et très américaine.
Faire l’œil, comprendre les tendances
À ceux qui ne sont ni collectionneurs ni marchands, Patrick Perrin conseille de venir au PAD pour une raison simple : « Se faire l’œil, travailler son goût, humer l’air du temps. » Le salon devient ainsi un observatoire des évolutions du goût. Bois naturel, doré, mobilier historique, design contemporain : les tendances se dessinent moins dans une programmation imposée que dans la sélection des galeries.
Car le PAD, insiste-t-il, ne fabrique pas les tendances. Il sélectionne ceux qui les font. Un comité de sélection composé de marchands établis et de personnalités plus jeunes permet de faire émerger de nouveaux noms tout en conservant les grandes signatures historiques du marché. Cette sélection constitue probablement l’une des clés de la longévité du salon. Et elle explique aussi pourquoi certains exposants reviennent année après année, parfois sur les trois éditions. « Ils développent sans cesse leur notoriété », estime Patrick Perrin. À chaque nouvelle édition, un nouveau public découvre leur travail.
Le PAD à l’international
La question d’une nouvelle implantation internationale ne semble pourtant plus être au cœur des préoccupations de Patrick Perrin. New York, où le PAD avait tenté une première aventure en 2011, ne figure plus parmi ses priorités. L’Asie, en revanche, continue de l’intéresser, notamment la Corée du Sud, où le marché du design et de l’art connaît un véritable développement. Mais le fondateur du PAD se montre désormais plus prudent face à ces nouveaux territoires : « Nous sommes allés à Shanghai, à Hong Kong, à Singapour. Nous nous sommes imprégnés du marché mais une barrière demeure : celle de la fragilité des pièces à l’export. »
Et, à 66 ans, l’envie de multiplier les déplacements s’est également atténuée : « J’ai moins envie de voyager, notamment pour des projets qui demandent autant d’investissement de temps. » Plutôt que de courir après une croissance internationale à tout prix, Patrick Perrin entend donc consolider les trois rendez-vous qui font aujourd’hui la force du PAD : Paris, Londres et Saint-Tropez.
Reste la question de la transmission. Sa fille Marie, 24 ans, travaille depuis plusieurs années au sein du PAD et s’occupe notamment de sa commercialisation. Son fils Louis vient également de rejoindre l’entreprise après une première carrière dans la finance. Pour l’heure, aucun scénario n’est arrêté. « Marie est encore jeune, mais elle se rapproche de la nouvelle garde du design de collection », explique son père. Une éventuelle succession se dessinera donc avec le temps, dans une entreprise qui conserve une structure volontairement réduite et familiale. Et peut-être est-ce précisément cette nouvelle génération qui décidera, demain, jusqu’où le PAD doit continuer son voyage.
PAD London. 13-18 octobre 2026.
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