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Walter Butler va-t-il transformer l’hospitalité française avec Butler Collection ?

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L'investisseur hors pair dévoile Butler Collection, une nouvelle entité dédiée à l'art de l'hospitalité dans laquelle les restaurants festifs côtoient les pâtisseries de Pierre Hermé.

Rares sont les hommes qui ont connu mille vies. Walter Butler fait partie de ces privilégiés, de ceux qui osent faire le grand écart, s’intéressant aussi bien au monde du sport, des arts que de l’hospitalité. À première vue, rien ne destinait ce Brésilien adopté par Paris en 1964 à devenir l’un des nouveaux visages de l’art de vivre français. Avec Butler Collection, il dévoile un impressionnant portefeuille de 150 adresses, des pâtisseries de Pierre Hermé au restaurant L’Ambroisie, en passant par les restaurants Casa Amor ou les strass du Paradis Latin.


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Walter Butler lance Butler Collection

Son parcours évoque davantage les salles de conseil d’administration que les terrasses à l’ambiance endiablée de Saint-Tropez. Pendant plusieurs décennies, cet ancien haut fonctionnaire, passé par l’ENA puis par la banque d’affaires, s’est forgé une réputation d’investisseur capable de redresser des entreprises afin de leur offrir un avenir meilleur. Une carrière menée avec la rigueur d’un financier, mais déjà guidée par une intuition qui ne l’a jamais quitté : l’authenticité.

« Nous venons de lancer Butler Collection, et j’avais envie d’ajouter Not Fake comme slogan, confie-t-il dans son bureau parisien. Je pense vraiment que nous vivons dans un monde difficile, compliqué et incertain. Nous traversons une époque qui demande de l’exigence. Les gens ont besoin de repères, et nous devons revenir à quelque chose d’authentique. Il s’agit d’offrir une véritable expérience et un juste rapport qualité-prix à ceux qui choisissent de consacrer une somme importante à ce que l’on appelle les dépenses de luxe. Ce n’est pas quelque chose de superfétatoire. Ce sont aussi des maisons et des marques qui deviennent des signes de reconnaissance dont certaines personnes ont besoin. »

Sucré salé

À travers Butler Collection, son ambition n’est pas d’aligner les enseignes prestigieuses comme autant de trophées, mais de composer un ensemble cohérent où chaque maison conserve son autonomie tout en partageant une même philosophie de l’hospitalité. Le groupe rassemble aujourd’hui des restaurants emblématiques comme L’Ambroisie, Manko, Café Lapérouse ou Le Bœuf sur le Toit, des lieux festifs tels que Casa Amor ou Shellona, le Paradis Latin, mais aussi un monument du savoir-faire français : Pierre Hermé.

Monsieur Hermé, Picasso de la pâtisserie.
Monsieur Hermé, Picasso de la pâtisserie. Patrick Rougereau

« Pierre a eu un parcours assez différent de beaucoup d’autres entrepreneurs. Il a démarré seul et s’est rapidement posé une question simple : est-ce que je reste seul avec ma boutique, ou est-ce que je m’entoure d’associés capables d’apporter les moyens financiers nécessaires pour investir et accélérer mon développement ? Il a choisi cette seconde voie, mais à un moment donné, son associé n’avait plus cette activité au cœur de sa stratégie. C’est à ce moment-là que nous nous sommes rencontrés avec une vision commune : entrer au capital du groupe afin d’accélérer son développement. C’est ce que nous faisons depuis maintenant plusieurs années. » Surnommé le Picasso de la pâtisserie, Pierre Hermé est notamment extrêmement bien implanté au Japon, où la marque réalise près de 40 % de son chiffre d’affaires.

Un pays que Walter Butler a étudié en profondeur. « J’ai toujours eu une fascination pour le Japon. Pendant mes études à l’ENA, j’ai côtoyé plusieurs étudiants japonais avec lesquels je me suis très bien entendu. Plus tard, j’ai même écrit deux ouvrages d’économie sur ce pays. Le fait que Pierre Hermé y soit devenu une personnalité aussi reconnue — je ne dirais pas une divinité, mais presque une figure sacrée — m’a énormément impressionné. Ce qui me frappe au Japon, mais aussi en Corée, c’est le degré de sophistication. Le goût du détail, la précision du geste, l’exigence que l’on retrouve dans tout ce qu’ils font. Et, en même temps, une formidable modernité. C’est cette alliance entre le respect du savoir-faire et l’innovation permanente que je trouve absolument remarquable. »

À table !

Une exigence qu’il insuffle aujourd’hui à Butler Collection, souhaitant doubler la taille de son portefeuille dans les prochaines années. Cinq ouvertures de restaurants sont prévues à Casablanca, tandis qu’un restaurant festif ouvrira bientôt à Rio, avant que le groupe ne se déploie en Indonésie, avec une implantation à Bali.

À presque 70 ans, Walter Butler prouve que les risques peuvent payer et qu’il ne faut surtout pas avoir peur de se planter. « J’ai énormément appris en détenant 30 % des parts du PSG entre 2006 et 2008. Nous y sommes entrés presque par hasard, ou plutôt par amitié. Sébastien Bazin, qui dirigeait Colony Capital à l’époque, cherchait un associé. En tant que bon Brésilien, j’adore le foot, et s’il y a bien un endroit où je peux devenir complètement fou, c’est dans un stade. Cette passion me suit depuis l’enfance, et je m’étais toujours dit qu’il ne fallait jamais investir dans un domaine qui nous passionne. Je peux vous garantir que lorsqu’on a possédé un club de football, plus rien ne peut vraiment vous étonner. Ce sport, c’est le spectacle puissance mille. Cette expérience m’a, d’une certaine manière, détendu par rapport à l’univers du divertissement. »

Café Lapérouse.
Café Lapérouse. Matthieu Salvaing

C’est sans doute pour cela qu’il redore le blason de cabarets quelque peu oubliés, comme l’Alcazar ou le Paradis Latin. « Notre rôle consiste à trouver la bonne formule pour leur redonner de l’élan, de l’attractivité et leur permettre d’écrire un nouveau chapitre de leur histoire. »

Une équation qu’il applique aussi au Moma Group, dont les restaurants Lapérouse, Mimosa, Casa Amor, Manko et Noto jouissent d’une notoriété internationale. En 2023, Walter Butler devient vice-président du conseil d’administration, tout en laissant Benjamin Patou actionnaire majoritaire. « Cela s’est fait en deux temps. À l’époque, Moma Group traversait une période très difficile. Le Covid avait laissé beaucoup de dettes, les pertes étaient importantes et les banques cherchaient à faire entrer un nouvel actionnaire. Nous sommes donc entrés au capital en prenant environ 33 %. Nous aurions pu aller plus loin dès le départ, mais nous nous sommes dit qu’il valait mieux commencer ainsi et voir comment les choses évoluaient. »

Les deux associés constatent, au bout de quelques mois, des divergences stratégiques. « Ce sont des métiers qui nécessitent des moyens financiers importants, que lui n’avait pas forcément. Nous avions aussi la conviction qu’il fallait, à terme, s’intégrer dans des ensembles plus importants, capables de donner les ressources nécessaires pour poursuivre le développement. Nous nous sommes donc dit qu’il valait mieux qu’un seul actionnaire prenne véritablement la main. C’est ainsi que les choses se sont faites. » Il prend alors le contrôle du groupe il y a deux ans. « L’année dernière a été la meilleure de son histoire pour les adresses de Moma. Et je pense que 2026 sera encore meilleure. »

Un pari gagnant qui prouve qu’au jeu de l’investissement, Walter Butler n’est pas près de sonner la fin de la partie.


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