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PDG de Longines depuis un an, Patrick Aoun sait où il veut emmener la marque du Swatch Group. Ses trois missions ? Réhabiliter la très riche histoire horlogère de la manufacture, défendre l’accessibilité des prix et redonner un sens contemporain au slogan historique : « Elegance is an attitude ». Interview en marge du Longines Paris Eiffel Jumping.
À la tête de Longines depuis 2020, Patrick Aoun défend une vision singulière de l’horlogerie : celle d’une marque qui assume pleinement son positionnement accessible tout en revendiquant un patrimoine parmi les plus riches du secteur. Entre héritage, élégance et authenticité, il revient sur les ambitions de Longines, sa définition de l’élégance et les défis qui attendent la maison suisse.
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Rencontre avec Patrick Aoun, PDG de Longines
Alors que de nombreuses marques horlogères cherchent à monter en gamme, Longines poursuit une trajectoire différente. Fidèle à son ADN, la manufacture du Swatch Group mise sur la légitimité historique de ses collections, l’innovation utile et une élégance intemporelle. Pour The Good Life, Patrick Aoun évoque la place du patrimoine dans la stratégie de la marque, son rapport à l’élégance et sa vision de l’horlogerie contemporaine.
The Good Life : Quels sont les principaux défis de Longines pour les prochaines années ?
Patrick Aoun : Pour moi, chaque défi représente avant tout une opportunité. Aujourd’hui, il y a encore des parts de marché à conquérir et je reste convaincu que le volume demeure essentiel pour Longines. Notre stratégie est très claire : nous voulons continuer à nous concentrer sur le segment situé entre 1 000 et 5 000 euros. Je n’ai aucune intention de faire monter artificiellement la marque en gamme. Notre mission est d’offrir des montres accessibles, avec un niveau de qualité, de fiabilité et de contenu historique exceptionnel.
Vous revendiquez donc pleinement un positionnement tarifaire accessible…
Absolument. Nous avons renforcé notre offre sur le segment des 3 000 à 5 000 euros avec certains modèles, mais cela ne signifie pas que nous avons abandonné notre ADN. Lorsque nous lançons un chronographe Flyback, nous ne suivons pas une tendance : nous réaffirmons une légitimité historique. Longines possède un brevet sur cette complication dès 1935 et le calibre 13ZN est l’un des chronographes les plus importants de l’histoire horlogère. Nous avons une histoire à raconter et nous devons la faire vivre.
On a le sentiment que Longines remet davantage son patrimoine au centre du discours. Est-ce le cas ?
C’est exact. Pendant longtemps, certaines facettes de notre histoire n’étaient peut-être pas suffisamment mises en avant. Pourtant, Longines a joué un rôle majeur dans l’aviation, la chronométrie sportive ou encore les complications horlogères. Prenez la Spirit Zulu Time : certains y voient une GMT parmi d’autres. Pourtant, dès 1908, Longines produisait déjà des montres à double fuseau horaire. Nous ne faisons que renouer avec notre propre histoire.
Comment définir une montre Longines aujourd’hui en quelques mots ?
Je dirais trois choses : l’élégance, la fiabilité et la crédibilité. Historiquement, Longines a toujours été perçue comme une montre fonctionnelle et élégante. Mais pour moi, c’est plus qu’une marque horlogère : c’est un véritable art de vivre.
Que signifie cette notion d’art de vivre ?
Lorsque Longines accompagnait les pionniers de l’aviation dans leurs traversées transatlantiques, ils ne portaient pas simplement une montre. Ils avaient besoin d’un instrument fiable pour s’orienter. À l’époque, cela pouvait être une question de vie ou de mort. Cette culture de l’innovation et de la fiabilité fait toujours partie de notre identité. Longines est née de cette combinaison entre performance et élégance.
Le slogan « Elegance is an attitude » est-il toujours pertinent aujourd’hui ?
Plus que jamais. Mais nous cherchons à lui donner davantage de profondeur. Pour moi, l’élégance n’est pas une question d’apparence. C’est une forme de confiance en soi. Une personne élégante n’a pas besoin de validation extérieure. L’élégance, c’est aussi l’écoute, l’empathie, le respect des autres. C’est une attitude au sens le plus large du terme.
Cette notion d’élégance semble centrale dans votre réflexion actuelle…
Oui, parce qu’elle est profondément universelle. On peut être sportif et élégant, jeune et élégant, classique et élégant. L’élégance n’appartient à aucune catégorie particulière. Elle traverse les générations et les styles de vie. C’est ce qui en fait une valeur intemporelle.
Vous parlez souvent de simplicité. Est-ce aussi une valeur Longines ?
Bien sûr. La simplicité est souvent ce qui crée la beauté. Regardez une Grande Classique : il n’y a pratiquement rien de superflu et pourtant cette montre est immédiatement reconnaissable. Cette capacité à atteindre la justesse avec peu d’éléments fait partie de notre ADN.
Quel regard portez-vous sur l’émergence de nouvelles marques horlogères indépendantes qui séduisent une clientèle plus jeune ?
Je les regarde avec respect, mais je ne construis pas l’avenir de Longines en fonction de ce que font les autres. Si nous passions notre temps à suivre les tendances, nous perdrions notre authenticité. Notre force réside dans notre histoire, notre notoriété et notre capacité à raconter des récits qui nous appartiennent.
Les nouveautés de la gamme HydroConquest illustrent-elles cette approche ?
Oui, parfaitement. La collection HydroConquest propose d’authentiques montres de plongée, avec 300 mètres d’étanchéité, une forte résistance au magnétisme et une belle réserve de marche. Mais elle conserve également cette élégance propre à Longines. Nous aimons cette idée d’une performance qui ne sacrifie jamais le raffinement.
Si Longines était une marque automobile ?
Je dirais Audi. Pour son équilibre entre performance, accessibilité et sobriété.
La montre Longines que vous ne vendrez jamais ?
Probablement ma toute première : une Evidenza XL Chronographe Phase de Lune. Comme beaucoup de passionnés, j’associe mes montres à des moments de vie. Elles racontent une histoire personnelle.
Vous avez également un faible pour les montres à remontage manuel, paraît-il…
Oui, parce qu’elles créent un rituel. Chaque matin, prendre quelques secondes pour remonter sa montre est un moment particulier. C’est presque une forme de méditation. Un geste simple qui rappelle pourquoi nous aimons tant les montres mécaniques.
