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À travers une nouvelle collection de lampes Corolle, Dior Maison poursuit sa collaboration avec le designer Noé Duchaufour-Lawrance. Inspirés de la silhouette imaginée par Christian Dior en 1947, ces luminaires transforment les codes de la haute couture en objets lumineux façonnés par des artisans d'exception, du verre soufflé de Murano au bambou tressé de Kyoto. Une rencontre entre design contemporain, patrimoine et métiers d'art, où la lumière révèle autant la matière que le geste.
Depuis plusieurs années, Dior Maison fait dialoguer les savoir-faire de la décoration avec ceux de la haute couture : pour cette nouvelle interprétation des lampes Corolle, Noé Duchaufour-Lawrance puise dans l’héritage du New Look pour imaginer des pièces qui évoquent le mouvement d’une jupe en plein élan. Soufflé à la bouche par les maîtres verriers de Murano ou tressé à la main par des artisans japonais, chaque luminaire témoigne d’un temps long où la précision du geste devient indissociable de la création. Plus que de simples objets d’éclairage, ces pièces célèbrent la rencontre entre innovation, artisanat et excellence.
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Interview de Noé Duchaufour-Lawrance à l’occasion de sa collaboration avec Dior Maison
The Good Life : Vous collaborez avec Dior Maison depuis 2019. Qu’est-ce qui distingue cette maison des autres marques de luxe avec lesquelles vous avez travaillé ?
Noé Duchaufour-Lawrance : Chaque Maison est différente et possède ses propres codes, lors de ma première collaboration avec Dior, en 2019, j’avais cherché à aller vers l’épure, à créer un objet aussi simple et intuitif que possible, capable d’évoquer Dior de manière presque instinctive. Les codes de la Maison y étaient présents, mais de façon plus discrète, moins affirmée que dans ce projet. Ici, j’ai fait évoluer mon travail en lui apportant davantage de chaleur et de matière, afin de l’ancrer plus profondément dans l’ADN de la Maison.
Les lampes Corolle s’inspirent de la célèbre jupe imaginée par Christian Dior. Comment transforme-t-on un vêtement iconique en objet lumineux sans tomber dans la simple citation ?
Christian Dior disait qu’une silhouette n’a de sens que lorsqu’elle est portée, animée par le mouvement de la vie. C’est précisément cette idée que nous explorons avec la lampe Corolle, qui suggère le mouvement, notamment lorsqu’il est figé dans le verre à travers un jeu de plissés, créant une dynamique circulaire autour de l’objet.
Vous dites que la lumière devient une matière à part entière. À quel moment, dans votre processus créatif, la lumière prend-elle le pas sur l’objet lui-même ?
Dans mon travail, je privilégie un langage formel plutôt qu’ornemental. À partir de cette approche, nous avons exploré des jeux de transparence, de pleins et de vides, en observant la manière dont la pièce réagit selon les sources d’éclairage, qu’il s’agisse d’une lampe filaire ou rechargeable. Ce qui nous intéressait également, c’était de concevoir un objet capable non seulement d’éclairer, mais aussi de diffuser et de révéler l’espace, sans se limiter à sa propre surface. Les projections de lumière sont aussi importantes que le travail de la matière qui leur donne naissance. Elles deviennent un langage formel en soi et leur immatérialité devient quelque chose de tangible. Par ces reflets, la lumière se fait, à son tour, matière.
Votre travail est souvent nourri par la nature. Comment cette approche se retrouve-t-elle dans une collection créée pour une maison de couture ?
D’ordinaire, je ne travaille jamais avec l’ornementation. Pour moi, la silhouette doit être un ornement en soi, dans le sens où elle se suffit à elle-même. Les éléments décoratifs n’existent pas dans mon travail ou, alors, ils se manifestent uniquement à travers la matière, la texture. Je façonne les structures, mais je ne joue pas avec le motif. Ici, je m’y aventure, et cela me semblait essentiel, car on se rend compte de la richesse et de la beauté qui émanent de ces ornementations. Nous convoquons notamment le tartan, un code emblématique de la Maison, ainsi que les couleurs chères à Christian Dior : le rose poudré, le blanc et le gris.
Il y a également des matériaux naturels, comme la fibre de bambou, travaillée à travers un jeu de tressage qui évoque le cannage en trois dimensions. Il a fallu trouver la fibre correspondant le mieux à cette intention et, finalement, se tourner vers un savoir-faire lointain, puisque cette technique est intégralement réalisée au Japon. C’est aussi un projet qui demande du temps pour être compris. Il requiert de l’attention, dans le sens où l’on n’achète pas simplement une lampe posée sur une étagère : il faut en percevoir les savoir-faire, la trace de la main et tout ce qui se joue derrière l’objet.
Les nouvelles lampes ont été réalisées en verre soufflé à Murano. Que vous apporte le dialogue avec des artisans possédant des savoir-faire aussi spécifiques ?
Tous les savoir-faire sont uniques parce qu’ils sont intimement liés aux gestes. D’un artisan à l’autre, d’un atelier à l’autre, ces gestes varient. Il y a là quelque chose de singulier — que l’on retrouve notamment dans la haute couture — où la réalisation du créateur est indissociable des gestes et des savoir-faire de l’atelier. Ici, il s’agit de se concentrer profondément sur ces savoir-faire tout en gardant une marge de manœuvre. Certaines idées ne peuvent pas toujours être réalisées : leur exécution dépend de procédés séculaires issus d’un artisanat devenu rare. Tout cela est profondément lié à l’humain, aux gestes et à ce qui se transmet par la pratique.
Ces luminaires semblent à mi-chemin entre objet fonctionnel et œuvre d’art. Cette frontière vous intéresse-t-elle encore ou est-elle devenue obsolète ?
Certaines pièces s’élèvent naturellement au rang d’objets d’art, notamment parce qu’elles sont uniques ou produites en séries très limitées. D’autres peuvent répondre à des critères plus standards, car les techniques mises en œuvre sont plus simples. Toutefois, elles demeurent toutes singulières : chacune possède ses propres aspérités, qui constituent l’âme même du projet. Toutes sont soufflées à la bouche par les artisans des ateliers ; leur énergie entre en dialogue avec le savoir-faire et la virtuosité, mais aussi avec une compréhension fine de l’imperfection, qui devient ici une véritable qualité de la lampe, un signe de distinction qui en fait un objet proprement unique.
