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Hogan : ce que 40 ans de baskets racontent de nos modes de vie

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Qu’est-ce qui fait qu’une chaussure devient un classique ? Pour Andrea Della Valle, la réponse tient moins aux tendances qu’à la capacité d’un modèle à accompagner les transformations de la société. À l’occasion des quarante ans de Hogan, il revient sur les intuitions qui ont façonné la marque, de l’essor d’un vestiaire plus décontracté à l’évolution des usages, et sur la manière de rester fidèle à une vision du style sans cesser de la réinventer.

En 1986, Hogan faisait le pari de rapprocher deux univers que tout semblait opposer : l’exigence du savoir-faire italien et les codes décontractés du sportswear américain. Quarante ans plus tard, cette intuition constitue toujours le socle de la marque, qui a progressivement imposé une autre manière de penser le vestiaire contemporain. De la Hogan Traditional à l’Interactive, devenue emblématique, l’histoire de la maison raconte autant l’évolution de la chaussure que celle des modes de vie, entre mobilité, polyvalence et liberté de mouvement.


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À l’occasion de cet anniversaire, Andrea Della Valle revient sur les choix fondateurs de Hogan, sa capacité à anticiper les usages et les principes qui lui permettent de se renouveler sans perdre son identité. De l’observation des femmes new-yorkaises qui se rendaient au bureau en baskets à l’émergence d’un univers lifestyle, le dirigeant défend une vision du luxe moins attachée aux conventions qu’à la qualité, à la fonctionnalité et à une certaine idée de l’élégance quotidienne.

Campagne pour la Hogan Olympia, dans les années 2000.
Campagne pour la Hogan Olympia, dans les années 2000.

Andrea Della Valle ou quarante ans de vision Hogan

The Good Life : En 1986, Hogan invente une nouvelle catégorie en associant savoir-faire italien et codes du sportswear. Qu’est-ce qui rendait cette idée aussi audacieuse à l’époque ?

Andrea Della Valle : À l’époque, la distinction entre une tenue habillée et une tenue décontractée était beaucoup plus marquée. Réunir l’excellence et la qualité reconnue du savoir-faire italien avec les codes du sportswear américain remettait en question cette séparation. Nous avions le sentiment que le style reposait de moins en moins sur les conventions et davantage sur la manière dont les gens vivaient réellement. Cette intuition est devenue le fondement de Hogan : créer quelque chose d’informel et de contemporain, sans jamais compromettre la qualité, qui puisse être porté en toutes occasions.

La Hogan Traditional est présentée comme le premier grand geste fondateur de la marque. Qu’est-ce qui, quarante ans plus tard, fait encore sa modernité ?

Sa force réside dans sa simplicité. La Traditional a été conçue avec des lignes épurées et essentielles, avec l’idée que qualité et polyvalence pouvaient coexister. Quarante ans plus tard, ces principes restent toujours aussi pertinents, car ils ne sont liés à aucune tendance particulière. Elle incarne une idée de l’élégance décontractée qui fait partie de l’identité de Hogan depuis ses tout débuts.

La Hogan Traditional, introduite en 1986.
La Hogan Traditional, introduite en 1986.

L’histoire de Hogan semble souvent être celle d’une marque qui anticipe les changements de modes de vie plutôt qu’elle ne suit les tendances. L’exemple de l’Interactive, imaginée après avoir observé les femmes new-yorkaises se déplaçant en baskets, en est particulièrement révélateur. Comment cette capacité d’observation nourrit-elle encore la marque aujourd’hui ?

J’ai toujours pensé que certaines des meilleures idées naissent de l’observation de la façon dont les gens vivent, plutôt que de la simple observation des tendances. L’Interactive est née d’une observation très simple à New York : des femmes qui se rendaient au travail en baskets, puis enfilaient des chaussures plus habillées à leur arrivée au bureau. Nous avons imaginé une chaussure capable de les accompagner tout au long de la journée. Cette façon de penser reste aujourd’hui essentielle pour Hogan : comprendre l’évolution des modes de vie et traduire ces changements en quelque chose de pertinent, fonctionnel et sophistiqué.

De la Traditional à l’Interactive, puis à l’Olympia et à la Rebel, chaque décennie semble avoir son propre vocabulaire. Qu’est-ce qui permet à Hogan d’évoluer sans perdre son identité ?

La cohérence ne signifie pas la répétition. Pour Hogan, elle consiste à préserver une certaine approche du design tout en permettant à son expression d’évoluer. Traditional, Interactive, Olympia et Rebel sont des expressions très différentes, mais elles partagent une même vision : le mouvement, la qualité et une approche décontractée du style. Pour moi, la cohérence ne signifie pas rester inchangé. Elle signifie évoluer tout en restant fidèle à ses racines.

Le mot « liberté » revient régulièrement dans l’histoire de Hogan. Comment cette notion a-t-elle évolué entre les années 1980 et aujourd’hui ?

Au début, la liberté signifiait s’affranchir des distinctions établies entre tenue habillée et tenue décontractée. Au fil du temps, elle a pris un sens plus large, tout en conservant cette vision initiale : la liberté de bouger, de voyager, d’exprimer son individualité et de passer naturellement d’un moment à l’autre de la journée et, plus largement, de la vie. Je pense également que la liberté, c’est avoir suffisamment confiance en soi pour définir sa propre façon de s’habiller plutôt que de suivre des codes établis. Cette idée a toujours été très proche de l’esprit de Hogan.

Monsieur Andrea Della Valle.
Monsieur Andrea Della Valle.

La marque a progressivement dépassé la seule chaussure pour investir les accessoires et le prêt-à-porter, notamment dans les années 2000. Pourquoi cette évolution était-elle importante dans la construction de Hogan comme marque de lifestyle ?

Hogan n’a jamais été uniquement une marque de chaussures, mais davantage l’expression d’un certain art de vivre : sophistiqué et décontracté. Le développement des sacs et du prêt-à-porter nous a permis d’exprimer cette vision de manière plus complète et de construire un univers plus vaste autour de la marque. L’objectif n’était pas simplement d’ajouter de nouvelles catégories de produits, mais de donner davantage de profondeur à cet art de vivre que Hogan incarne depuis ses débuts.

Avec le projet autour de Jack Kerouac puis la naissance de Hogan Rebel, Hogan a associé son identité à l’idée de mouvement, de voyage et de rébellion. Que représente aujourd’hui cet esprit Rebel ?

Le projet Kerouac reposait sur l’indépendance, l’individualité et l’idée de voyager avec seulement l’essentiel. Rebel a traduit cette attitude dans l’univers de Hogan. Aujourd’hui, cet esprit est moins une question de rébellion pour elle-même que d’indépendance : avoir la liberté de choisir sa propre direction, de suivre son propre chemin et de continuer à avancer. Je pense que cette attitude reste particulièrement contemporaine.

Hogan est très liée à l’idée de mouvement, mais aussi à celle de transformation. Après quarante ans, qu’est-ce qui doit absolument rester immobile, et qu’est-ce qui doit continuer à évoluer ?

Ce qui ne doit jamais changer, c’est l’attention portée à la qualité, au design et à l’innovation, ainsi que la curiosité pour le monde créatif qui anime Hogan depuis 1986. Ce qui doit continuer à évoluer, c’est la manière dont nous exprimons nos valeurs fondamentales : l’innovation, l’audace, le courage et la liberté. Les nouvelles générations vivent, communiquent et appréhendent la culture différemment, et une marque contemporaine doit comprendre et accompagner cette évolution. Ces quarante ans représentent beaucoup pour nous, non pas parce qu’ils nous invitent à regarder en arrière, mais parce qu’ils nous offrent des fondations solides à partir desquelles continuer à avancer.

La Hogan Interactive, introduite en 1996.
La Hogan Interactive, introduite en 1996.
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