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La cheffe la plus étoilée au monde ouvre à Paris une nouvelle adresse pensée comme un véritable territoire d’expérimentation. Dans cet écrin imaginé au sein de la nouvelle Fondation Cartier pour l’art contemporain, Anne-Sophie Pic compose une expérience où cuisine et performances artistiques dialoguent à chaque étape du dîner.
Une voix s’invite dans nos oreilles. Elle ne décrit ni un tableau ni une sculpture, comme le ferait un audioguide de musée. Elle récite un texte d’Anne-James Chaton. Quelques vers sur une pâte que l’on plie, sur une forme qui évoque la pyramide du Louvre, pendant qu’arrive un plat de berlingots, signature de la cheffe, accompagné d’un thé Fujian. Pendant quelques instants, la salle s’efface. On écoute avant de goûter. C’est à cet instant que l’on comprend qu’Anne-Sophie Pic ne cherche pas seulement à proposer un énième nouveau restaurant à Paris. Elle imagine une autre manière de vivre le repas, en déplaçant l’attention vers tout ce qui, d’ordinaire, reste invisible.
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Chez Anne-Sophie Pic, le repas n’a jamais été une simple succession de plats. À Paris, cette conviction devient le point de départ même de son nouveau restaurant. Installée au cœur de la Fondation Cartier pour l’art contemporain, la nouvelle adresse de la cheffe triplement étoilée est pensée comme une expérience globale, où l’assiette n’est qu’un des éléments d’un récit qui se construit tout au long du dîner.
Le projet aura demandé trois années de réflexion. Une temporalité à la mesure de l’ambition : profiter de la liberté offerte par ce nouveau lieu pour imaginer une proposition qui ne soit pas un simple déménagement de La Dame de Pic, ni un restaurant simplement installé dans un bâtiment culturel, mais un espace de rencontre entre plusieurs disciplines.
Anne-Sophie Pic Paris : une cuisine nourrie par l’art contemporain
Pour Anne-Sophie Pic, le dialogue avec l’art s’est d’abord construit par la curiosité. Grande amatrice d’impressionnisme, la cheffe raconte avoir approfondi son exploration de l’art moderne et contemporain au fil de la conception du projet, jusqu’à s’intéresser à des courants comme l’orphisme et au travail d’artistes tels que les Delaunay.
Une réflexion qui rejoint directement sa manière de concevoir la cuisine. Son ADN reste intact, mais se trouve ici « renforcé par cet esprit d’épure » que lui inspire l’art contemporain. Pas question pour autant d’aligner les références artistiques ou de transformer chaque plat en citation. L’enjeu est plutôt de travailler sur les correspondances, les sensations, les textures et les associations, avec des clins d’œil qui restent au service du goût.
Un repas qui déborde de l’assiette
Pour donner corps à cette ambition, Anne-Sophie Pic et son mari David Sinapian se sont entourés de professionnels venus d’autres disciplines. Le metteur en scène Cyril Teste et la designer Nina Chalot, collaborateurs de Francis Kurkdjian via qui ils ont rencontré la cheffe, ont ainsi travaillé à la scénographie du restaurant et du dîner. Car ici, la mise en scène ne s’arrête pas au décor de l’Agence Moinard Bétaille. Elle intervient dans le déroulé même du repas.
La cheffe assume cette volonté de faire vivre « l’expérience du restaurant de façon différente », comme elle le fait déjà dans ses adresses de Valence. Avec une idée simple derrière cette démarche : au restaurant, on ne vient pas uniquement manger. Une formule que David Sinapian porte avec davantage de conviction encore — et qui, plaisante Anne-Sophie Pic, n’est pas toujours un sujet sur lequel le couple est parfaitement d’accord… À Paris, cette réflexion prend néanmoins une dimension nouvelle grâce à la proximité immédiate de la Fondation Cartier pour l’art contemporain. Lors de la réservation déjà, si elle est effectuée par téléphone, un message d’attente imaginé par l’écrivain et performer Anne-James Chaton, guide la demande.
Le dîner, une partition en sept séquences — au déjeuner, le client peut choisir entre un menu en trois, cinq ou sept temps —, poursuit le décloisonnement des disciplines et invites les univers à dialoguer. Ainsi, la cheffe fait volontairement des clins d’œil à des chefs d’œuvre de l’art moderne et contemporain dans la mise en scène de ses plats. Anne-James Chaton, encore lui, accompagne quant à lui « Plier la pâte », l’un des plats signature de la cheffe (une assiette de berlingots), d’un poème réalisé autour des étapes de sa recette diffusé dans nos oreilles à l’aide d’écouteurs à conduction osseuse. »Anne-Sophie Pic est une grande amatrice des audio-guide de musée, confie Nina Chalot. Nous avons donc pensé cette expérience comme un moment de respiration où la table cesse de parler et se concentre vraiment sur son expérience. »
En fin de repas, arrivée la redoutable étape de l’addition (260 euros au dîner), un ticket de caisse unique immortalise la soirée. « Nous cherchions tous les supports possibles pour mettre en scène la cuisine de la cheffe sans, justement, intervenir sur sa cuisine. Le ticket de caisse nous est apparu comme un objet à première vue insignifiant mais qui, finalement, est le véritable témoin d’un repas », poursuit Nina Chalot. Ainsi, un nouveau poème d’Anne-James Chaton, cette fois couché sur papier, adoucit l’expérience.
« On continue à s’amuser »
Derrière la sophistication du projet, Anne-Sophie Pic revendique finalement quelque chose de beaucoup plus simple : le plaisir de continuer à chercher. Ainsi, Utopic, un bar unique en son genre à vu le jour la porte à côté. Celui-ci propose pour la première fois les expérimentations gustatives et liquides de la cheffe sous forme de cocktails, accompagné de petites assiettes à partager, de la finger-food reprenant les grands classiques de la cuisine française.
Anne-Sophie Pic, malgré ses étoiles et ses nombreux restaurants parsemés aux quatre coins du monde, réussit l’étonnant pari de continuer de nous étonner sans jamais perde de sa candeur.
Anne-Sophie Pic Paris
164 Rue de Rivoli, 75001 Paris
Réservations ou 01 42 60 40 40
