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Rolex Padellone : pourquoi ce surnom est devenu mythique

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Depuis le 15 septembre 2026, le mot « Padellone » appartient officiellement au vocabulaire Rolex. Et ce détail, en apparence anecdotique, raconte peut-être mieux la nouvelle Perpetual Padellone que sa phase de Lune, son calendrier annuel ou son très sophistiqué calibre 7190.

« Padellone », donc. Le mot possède une sonorité peu genevoise. Littéralement, en italien, une « grande poêle ». Rolex vient d’en confirmer la sortie, nous le prédisions dans notre hors-série montres d’avril 2026…


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Pendant des années, ce surnom a circulé entre collectionneurs, marchands et experts de maisons de ventes pour désigner la référence 8171, l’une des montres Rolex les plus singulières du siècle dernier. Il faut remonter à 1949 pour comprendre. Rolex lance alors la référence 8171, imposante pour l’époque avec ses 38 mm de diamètre, dotée d’un calendrier complet et d’une phase de Lune. Jour et mois prennent place dans deux guichets, la date est indiquée par une aiguille centrale et les phases lunaires s’affichent alors à 6 heures. Une architecture qui appartient pleinement à l’âge d’or des grandes montres calendaires et évoque inévitablement les créations contemporaines de Patek Philippe.

Sauf que chez Rolex, l’expérience sera brève. La référence 6062, apparue peu après, explorera le même territoire dans un boîtier Oyster. Puis le rideau tombe. Rolex choisit une autre voie. Celle de la Datejust, de la Submariner, de l’Explorer, de la GMT-Master et bientôt de la Day-Date : des montres automatiques, robustes, étanches, immédiatement lisibles, dont les fonctions répondent d’abord à un usage. La complication horlogère classique quitte progressivement le devant de la scène. Vive les Rolex sportives.

Rolex Padellone : l’histoire d’un surnom devenu légende

La 8171, elle, commence une deuxième vie. Les collectionneurs italiens, toujours prescripteurs en diable, la baptisent « Padellone », en référence à son large boîtier plat. Le surnom reste. Mieux, il devient universel. La montre, produite pendant une période très courte et longtemps considérée comme une curiosité dans l’histoire de Rolex, s’impose progressivement comme l’une des pièces emblématiques de la marque.

Au point que Rolex vient aujourd’hui rechercher son nom là où elle ne l’avait jamais déposé : sur le marché secondaire. C’est une première – une révolution, presque – qui mérite qu’on s’y arrête. Pepsi, Batman, Hulk, Paul Newman… Rolex possède depuis longtemps une seconde nomenclature, née sans elle. Des appellations inventées par des collectionneurs, des marchands ou des passionnés, devenues parfois beaucoup plus familières que les numéros de référence auxquels elles correspondent. La manufacture ne les a pourtant jamais intégrées à son langage officiel. Avec la Padellone, cette frontière disparaît. Et c’est un marqueur fort.

Pourquoi la nouvelle Padellone a été dévoilée à Milan

Le choix est d’autant moins innocent que la montre a été dévoilée à Milan. Jean-Frédéric Dufour, CEO de Rolex, l’a expliqué très simplement : le nom Padellone a été inventé par les collectionneurs italiens et la relation entre Rolex et l’Italie est historiquement très forte. Dans les années 1970 et 1980, rappelle-t-il, une montre qui fonctionnait en Italie avait toutes les chances de fonctionner dans le reste du monde.

Le vintage vient donc de faire son entrée par la grande porte chez Rolex. Pas seulement comme source esthétique, ce qui n’aurait rien d’exceptionnel aujourd’hui, mais comme producteur de sens. Les collectionneurs ont choisi une montre, lui ont donné un nom, construit sa légende et consacré sa valeur. Trois quarts de siècle plus tard, la marque reprend cette histoire à son compte. Mais réduire la nouvelle Padellone à cette passionnante opération de généalogie serait passer à côté de l’essentiel. Car sous des dehors délicieusement rétro, Rolex a installé ce qu’elle sait faire de plus moderne.

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Accents vintage

Le boîtier mesure 39 mm, soit à peine un millimètre de plus que son ancêtre, et se décline en or Everose 18 carats ou en platine 950. Le cadran conserve les deux guichets du jour et du mois à midi, tandis qu’une longue aiguille bleue terminée par un croissant de Lune indique la date sur le pourtour. À 6 heures, le disque de phase de Lune joue franchement la carte poétique : émail bleu et lunes en météorite, dotées de visages qui font directement écho à certaines exécutions historiques. L’essentiel se passe pourtant quelques millimètres plus bas.

Le nouveau calibre automatique 7190 est dérivé du 7135 présenté en 2025 avec la Land-Dweller. Cette filiation est importante. Avec ce mouvement, Rolex avait inauguré une nouvelle génération mécanique battant à 5 Hz, soit 36 000 alternances par heure, et surtout son échappement Dynapulse, à distribution séquentielle, réalisé en silicium et conçu pour offrir un rendement énergétique élevé ainsi qu’une forte résistance aux champs magnétiques. La Padellone récupère cette mécanique de nouvelle génération et lui ajoute quelque chose que Rolex n’avait encore jamais réalisé de cette manière : un calendrier complet annuel instantané.

Comment fonctionne le système Haplos

Le mot « annuel » a son importance. Popularisée dans l’horlogerie moderne par Patek Philippe à partir de 1996, cette complication se situe entre le calendrier complet traditionnel et le quantième perpétuel. Elle reconnaît automatiquement les mois de 30 et de 31 jours ; seule la singularité de février lui échappe, imposant une correction manuelle une fois par an.

Rolex apporte ici sa propre réponse avec un dispositif baptisé Haplos. L’idée est presque déconcertante de simplicité : deux composants seulement sont ajoutés au mécanisme de date instantanée – un doigt entraîneur et un levier annuel. La programmation du calendrier est logée au dos du disque des mois, qui indique au mécanisme si le mois en cours compte 30 ou 31 jours. Plus spectaculaire encore, à minuit, les trois indications basculent ensemble. Date, jour et mois. Instantanément. Ce changement simultané a lui-même fait l’objet d’un dépôt de brevet.

30 dépôts de brevet et une mécanique visible

Le calibre 7190 concentre ainsi 30 dépôts de brevet, dont deux lui sont exclusifs, tout en conservant les avancées techniques apparues avec la Land-Dweller : échappement Dynapulse, fréquence de 5 Hz, spiral Syloxi et architecture particulièrement fine. Le mouvement est visible à travers le fond saphir, avec ses Côtes de Genève Rolex et sa masse oscillante ajourée en or jaune. Là encore, on est assez loin de l’image traditionnelle d’une Rolex dont la mécanique se devait presque de rester cachée. C’est précisément ce qui rend cette Padellone intéressante.

Rolex avait certes renoué avec les complications : la Sky-Dweller avait introduit son calendrier annuel en 2012 et la Cellini Moonphase réhabilité la Lune en 2017. Mais il faut remonter aux 8171 et 6062 du début des années 1950 pour retrouver réunis dans une même Rolex le jour, la date, le mois et les phases de Lune. Plus de sept décennies pendant lesquelles la marque a bâti une bonne partie de sa puissance sur autre chose : la précision, l’étanchéité, la solidité, l’identification immédiate de ses modèles. La « Padellone » remet donc Rolex sur un territoire qu’elle avait presque abandonné : celui de la montre classique compliquée. Et le plus signifiant reste peut-être que Rolex accepte, pour raconter cette nouvelle histoire, d’utiliser un mot qu’elle n’a pas inventé. Le monde change.

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