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Patek Philippe

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Patek Philippe : Thierry Stern se confie sur l’avenir de la maison

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Jusqu’au 18 octobre, Milan accueille la Watch Art Grand Exhibition, un exposition de très grande envergure organisée par Patek Philippe. A l’occasion de son inauguration, Thierry Stern – le président de la manufacture genevoise représentant la quatrième génération de la famille Stern aux commandes de l’entreprise – a répondu aux questions de quelques journalistes. The Good Life était de la partie.

Sept éditions limitées, 25 pièces de haute facture, plus de 500 montres et objets réunis sous un même toit ! Du 2 au 18 octobre, Patek Philippe présente pour la première fois en Italie la Watch Art Grand Exhibition et a choisi la capitale lombarde – en marge de la Milan Watch Week – pour accueillir le plus vaste dispositif d’exposition gratuite jamais réalisé dans l’histoire de l’événement ; Milan succédant à Dubaï (2012), Munich (2013), Londres (2015), New York (2017), Singapour (2019) et Tokyo (2023).


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Watch Art Grand Exhibition Milano : un nouvel événement de taille

Tout se passe dans l’ancien Palazzo delle Scintille, rebaptisé au CityOval, au cœur du nouveau quartier CityLife : quelque 2 900 m² déployés sous une coupole culminant à 30 mètres, répartis en 15 espaces thématiques consacrés à la collection contemporaine, aux Grandes Complications, aux métiers d’art, à la recherche, à la production ainsi qu’au patrimoine historique de la Manufacture. Les chiffres donnent un peu le tournis : la Watch Art Grand Exhibition Milano réunit 152 montres issues de la collection actuelle, 84 pièces provenant du Musée Patek Philippe, 12 ayant appartenu à des propriétaires historiques, sept du département Advanced Research, trois supercomplications et 21 pièces à sonnerie. L’espace dédié à la Manufacture expose 53 mouvements dans des vitrines rotatives, auxquels s’ajoutent 64 autres présentés au sein d’une installation interactive. Dans l’Atrium se dresse par ailleurs une sculpture de neuf mètres de haut sur 4,5 mètres de large, composée de 2 028 gouttes translucides, réinterprétation du Jet d’Eau de Genève.

Ce septième opus milanais se distingue – en plus du lancement d’une nouvelle collection pour dames, « Gondolo Ladies First » – par un bouquet de créations spécialement développées pour l’Italie. On compte ainsi sept éditions limitées, accompagnées de 25 œuvres de haute facture dédiées au pays. Milan, Venise, Rome, Ravenne, Turin, Naples, Capri, la Toscane, la Sicile, les Pouilles, le lac de Côme ou encore la côte amalfitaine se retrouvent sur des cadrans, des cabinets d’horloges et des pendulettes. Ces lieux apparaissent sous forme de cartes, de paysages, de calendriers italiens et même de disques consacrés aux différentes villes. Le clou du spectacle est un tout nouveau modèle en platine : la référence 5978P-010, produite en édition limitée de 120 exemplaires, qui associe pour la première fois un chronographe à remontage manuel à un quantième perpétuel instantané (calibre CH 29-535 PS QI). Ce sublime chronographe à quantième perpétuel instantané est une nouvelle étape technique importante dans la très longue histoire horlogère de Patek Philippe.

Patek Philippe Gondolo Ladies First Joaillerie. Réf. 7043/250G-001 (64 300 €).
Patek Philippe Gondolo Ladies First Joaillerie. Réf. 7043/250G-001 (64 300 €).

Le choix de Milan et les ambitions de Patek Philippe selon Thierry Stern, son Président

The Good Life : Vous avez déclaré à un média italien que votre père vous avait appris que, si les Italiens aimaient une montre, elle aurait du succès partout. Cela explique-t-il en partie le choix de Milan pour cette exposition ?

Thierry Stern : Ce n’est pas seulement Milan, c’est l’Italie. Et c’est vrai, ce goût italien existe vraiment. Et lorsqu’un produit marche en Italie, on sait généralement qu’il va marcher partout. Nous devions choisir un pays pour organiser une grande exposition institutionnelle en Europe. Nous avons donc regardé les différents marchés. L’Allemagne ? Nous avions déjà fait Munich. La France ? C’est assez central et il y a vraiment des clients qui aiment l’horlogerie. Mais l’Italie nous paraissait un peu plus centrale pour tout le monde et c’était également plus simple d’un point de vue organisationnel, puisque nous avions notre structure de distribution sur place. Il y a aussi cette passion et cette culture horlogères extrêmement fortes en Italie. Et nous savions qu’en étant à Milan, cela allait générer beaucoup de visites, parce que c’est une ville géniale. Quand vous sortez le soir, vous sentez cette vie ! Cela aurait pu être Paris, nous en avions parlé. Mais, finalement, nous nous sommes dit que le marché français était beaucoup plus difficile pour Patek que le marché italien. Nous avons donc choisi l’Italie et Milan, qui est une ville assez magique.

Patek Philippe est aujourd’hui au sommet en termes de collection et de notoriété. Cette exposition est absolument impressionnante. Qu’est-ce qu’il vous reste à accomplir ?

Il nous reste quand même pas mal de choses à accomplir, parce que nous ne sommes jamais vraiment au sommet pour toujours. On peut se croire au sommet aujourd’hui et, demain, une autre marque va sortir quelque chose de super cool… C’est sans cesse un challenge : innover, créer, cela ne peut pas s’arrêter. Quand j’ai repris mon poste, à l’époque où j’étais chef de marché, il y avait un monsieur qui s’appelait Alan Banbery, qui était un peu le bras droit de mon père et qui a créé le musée avec lui. C’était quelqu’un qui m’avait formé. Il était passionné, c’était un gentleman anglais, horloger et chef de marché. Je peux vraiment dire qu’il a été l’un de mes mentors. Mais lorsqu’il est parti à la retraite, il m’a dit : « Bonne chance, Thierry, parce qu’on a déjà tout fait. » Ça m’a tellement fâché ! J’en ai presque pleuré tellement j’étais choqué d’entendre ça. En plus, il l’avait dit d’une manière pas très gentille. Il était peut-être un peu trop fier de lui ce jour-là…

C’est à partir de ce moment-là que je suis devenu fort en horlogerie. Je me suis juré que jamais, au grand jamais, cela n’arriverait plus, que nous ne nous retrouverions jamais sans idée. Cela m’avait tellement énervé, vous ne pouvez pas vous en rendre compte ! Mais c’est vraiment ce qui m’a donné cette force créative chez Patek Philippe. Maintenant, parmi mes objectifs personnels, il y en a peut-être un que je vise particulièrement et après lequel je pourrai peut-être dire : « Maintenant, c’est bon, c’est à vous les enfants ! ». Ce sont les 200 ans de Patek Philippe [2039, ndlr]. C’est un bel objectif. Nous travaillons évidemment déjà dessus, parce qu’il ne nous reste finalement pas tant de temps que cela pour créer de belles pièces. C’est mon objectif personnel : aller jusqu’aux 200 ans. Nous allons pouvoir vous montrer que nous sommes toujours capables de faire de très belles choses. Donc, à la question : « Avez-vous tout fait ? », la réponse est non. Non, non, non. Nous n’avons pas tout fait.

Monsieur Thierry Stern, Président de Patek Philippe.
Monsieur Thierry Stern, Président de Patek Philippe.

Transmission, marché français et succès de la Cubitus de Patek Philippe

Patek Philippe perpétue une tradition de promotion et de transmission du patrimoine horloger, notamment à travers ces grandes expositions et, bien sûr, le Musée Patek Philippe. La maison occupe aujourd’hui une position unique dans l’horlogerie. Est-ce que cette puissance pourrait également être mise au service de jeunes horlogers indépendants, par exemple sous forme de soutien, de collaboration ou même de créations à double signature ?

Je pense que nous le faisons déjà, de deux manières assez importantes. La première, c’est que les noms dont vous parlez, ces nouveaux horlogers… Devinez d’où ils sortent ? Ils sortent souvent de chez nous ! Donc, quelque part, nous l’avons déjà fait. Nous les avons très bien formés et, aujourd’hui, ils sont indépendants et volent de leurs propres ailes. Évidemment, je ne leur dis pas : « Venez chez nous apprendre l’horlogerie, et ensuite je me réjouis que vous partiez créer votre marque. » Ce n’est pas l’objectif ! Mais, d’un autre côté, cela montre aussi que nous sommes de bons formateurs et que le savoir-faire horloger suisse est retransmis à de bonnes personnes, qui ont ensuite la motivation de se développer et de créer leur propre marque. C’est déjà important. La deuxième manière, je pense que nous l’avons également très bien fait à travers les œuvres caritatives, notamment Only Watch. Grâce à cette vente aux enchères, nous avons pu promouvoir un certain nombre d’horlogers qui n’étaient pas connus. Lors de la première édition, il n’y avait pas grand monde. Lors des dernières, beaucoup de marques qui étaient auparavant peu connues ont pu bénéficier de l’aura d’Only Watch, portée quand même en grande partie par Patek Philippe. Plus de 85 % des lots achetés à chaque vente Only Watch l’ont été par des clients Patek Philippe, sans parler du montant global des ventes, qui était colossal. Patek a vendu des pièces extrêmement chères, mais cela a aussi permis à beaucoup de jeunes horlogers de se montrer et de grandir. Donc oui, nous faisons la promotion de cela. Et c’est aussi pour cette raison qu’à un moment donné j’ai dit : « Bon, maintenant, on va peut-être arrêter Only Watch. » Parce qu’Only Watch avait suffisamment d’argent pour poursuivre le développement de la recherche, qui était la priorité, afin de trouver des traitements pour différentes maladies. Et, de l’autre côté, cela avait permis de lancer beaucoup de petits jeunes.

Mais une association ou une double signature avec une autre marque ?

Non. Ça, c’est exclu. Exclu. Inclure mon nom avec celui d’un autre horloger, non. Je n’ai pas tellement envie. Patek Philippe, c’est Patek Philippe. Je me bats déjà pour rester traditionnel sur les mouvements. Je vois beaucoup de monde faire des choses très belles, avec du carbone, des mouvements très légers, modernes… Moi, je ne veux déjà pas faire ça. Donc si je m’associe avec un nouvel horloger, je sais très bien qu’il voudra faire un mouvement super light, léger, moderne, en disant : « Patek, c’est un peu vieux jeu. » En vrai, je ne pense pas que Patek soit vieux jeu. Regardez les nouvelles technologies d’Advanced Research : ce n’est pas vieux jeu. Donc je garde cela pour moi. En revanche, je veux volontiers aider en investissant dans différentes écoles à travers le monde. Nous le faisons. Ça, c’est important. Mais pas à travers une collaboration. Et je pense que cela ne marcherait pas, d’ailleurs. Honnêtement, ça ferait bizarre. Imaginez que j’appelle Max [Büsser] et que je lui dise : « Max, on fait un truc ensemble : MB&F et Patek Philippe. » Ça donnerait quelque chose de vachement bizarre ! [Rires.] Il est bon, il fait des trucs fantastiques. Mais je pense que chacun a sa marque et qu’il faut garder les choses comme ça. C’est très bien ainsi.

Pourquoi le marché français est-il plus difficile pour Patek Philippe ?

Je pense que la réponse tient à deux choses. D’abord, il y a peut-être une certaine discrétion de la part des gens, qui ne veulent pas forcément trop se montrer avec une Patek. C’est possible. Mais surtout, il ne faut pas oublier que vous avez de sacrées marques françaises ! Le client français est fier – et il a raison – de porter une marque comme Cartier, qui est une maison française magnifique. Vous avez Hermès. Vous avez Chanel… Il y a beaucoup de forces en France. Je pense donc que la clientèle française est fière de porter ses maisons. Et c’est aussi ce qui fait que Patek Philippe y est moins fort : nous sommes face à des marques locales qui sont très belles. Mon père m’a toujours dit : « Ça n’a jamais marché en France. » Nous avons ouvert dans différents endroits et nous n’avons jamais vraiment atteint les objectifs que nous nous étions fixés. À part Paris, où, effectivement, cela fonctionne. Mais nous avons aussi une clientèle qui n’est pas uniquement locale. Cela ne veut pas dire que nous oublions le marché français, bien au contraire, puisque nous sommes en train de réaliser un véritable bijou à Paris [une nouvelle boutique rue du Faubourg-Saint-Honoré, ndlr]. Vous verrez lorsque ce sera terminé en 2029 : ce sera juste hallucinant. Vraiment impressionnant.

L’un de vos grands coups d’éclat récents a été le lancement de la Cubitus. Avec le recul, referiez-vous la même chose aujourd’hui ?

Non, je la ferais triangulaire ! [Rires !] Bien sûr que je ferais la même chose. C’était important pour moi de montrer que nous pouvions développer des choses difficiles, des choses que les gens n’attendent pas. En gros, j’aime bien les montres carrées. J’ai toujours voulu faire une montre carrée. Et je voulais aussi montrer une chose. Souvent, les gens disent : « Oui, mais toi, c’est facile, tu as le nom. » OK. Mais vous savez pourquoi j’ai le nom ? Parce que, chez Patek Philippe, nous sommes capables de faire des choses que les autres ne font pas. C’est pour ça que j’ai voulu prendre le risque de faire la Cubitus. Parce que c’était vraiment un risque. Il n’était absolument pas nécessaire de la faire, cette montre, il faut être clair. Et on l’a lancée. Et ça a marché. Il fallait montrer que Patek Philippe était encore dynamique et que ce n’est pas pour rien que nous sommes là où nous sommes. C’est parce que nous sommes créatifs et que nous sommes forts. Et j’espère que ça va continuer.

De gauche à droite les Cubitus 5821/1A_001, 5822P_001 et 5821/1AR_001.
De gauche à droite les Cubitus 5821/1A_001, 5822P_001 et 5821/1AR_001.

Combien produisez-vous de Cubitus par an ?

Sérieusement, je ne sais pas. De toute façon, nous ne donnons pas ces chiffres. Aujourd’hui, le segment « sport élégant » représente environ 45 % de nos ventes, en volume. Et, dans ce segment sport élégant, vous avez la Nautilus, l’Aquanaut et la Cubitus. La Cubitus est un très, très gros succès international.

Quelle part représente aujourd’hui le marché féminin chez Patek Philippe ?

Nous sommes à peu près à 36 % pour les dames. Et nous pourrions faire légèrement progresser cette part chaque année. Moi, j’aimerais bien arriver à 50-50. Mais là, je regarde Jérôme, mon directeur commercial, et je vois qu’il ne sourit pas ! Parce qu’il se dit : « Mais comment est-ce qu’on va faire ? On va manquer de mouvements ! » Notre problème, c’est le mouvement. Je peux faire les boîtes, mais je n’ai pas assez de mouvements.

Cela implique-t-il davantage de quartz ?

Non, il faut faire un mix. Le quartz, je pense que nous l’avons vu avec la Twenty~4 : cela marche très bien. Le grand avantage du quartz, c’est que cela me permet de réaliser des montres toujours plus petites et plus fines. Et je pense que, si vous avez un très beau design et un bon mouvement, cela fonctionne très bien. C’est aussi plus facile à porter pour une partie du public. Chez les dames, c’est quand même souvent le design qui l’emporte.

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