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À Los Angeles, les arts narratifs ont leur musée depuis quelques jours. Après une longue attente (cinq ans de retard sur la livraison), le Lucas Museum of Narrative Art ouvre enfin ses portes au public. Un musée aux allures de vaisseau spatial tout droit tiré de la célèbre saga du fondateur du musée, Star Wars. Visite guidée.
La genèse de ce projet démesuré remonte à 2018. C’est cette année-là que le réalisateur américain George Lucas et son épouse, l’écrivaine Mellody Hobson, annonçaient la création d’un musée entièrement consacré à l’art de la narration. Une thématique se manifestant à travers une collection extensive — environ 1 300 pièces sont présentées — allant de la peinture au dessin, en passant par la sculpture, la photographie, les bandes dessinées et les costumes, sans compter l’archive complète des films de Lucas. L’ouverture de ce projet gargantuesque — 11 hectares de campus pour un musée de près de 28 000 mètres carrés sur 5 étages — était initialement prévue pour 2021. C’était sans compter sur les crises à répétition retardant les travaux. Après un autre faux départ annoncé pour 2023, un troisième pour 2025, et 1 milliard de dollars dépensé, le Lucas Museum ouvrait enfin ses portes au public le 22 septembre.
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Une collection démesurée
« C’est un musée consacré à l’art populaire : ces images illustrent les croyances qui font partie de notre quotidien. C’est pourquoi cet art appartient à tout le monde. Nous espérons que, en parcourant les salles d’exposition, les visiteurs se reconnaîtront et y verront le reflet de leur humanité. » Telle est l’ambition de ce projet, déclarée par sa cofondatrice, Mellody Hobson. Un art qui appartient à tout le monde, mais qui s’inscrit dans une collection privée. Celle du couple de créateurs. Car, en effet, entre les tournages de ses blockbusters, George Lucas a continué de cultiver une passion née dans sa jeunesse : celle de la collection. Tout aurait commencé avec l’acquisition d’une illustration d’Alley Oop, représentant l’homme des cavernes qui voyage dans le temps, achetée par le réalisateur en herbe lors de ses études universitaires…
Quelques décennies plus tard, cette première pièce est en bonne compagnie. En effet, 40 000 autres artefacts l’ont rejointe, relevant tous de la narration et se focalisant majoritairement sur l’art de l’illustration. Les noms présents dans cette collection donnent le tournis. En effet, tous les grands y figurent : Norman Rockwell, Mœbius, Smith, Maxfield Parrish, Beatrix Potter côté illustration, auxquels s’ajoutent Frida Kahlo, Charles White, Robert ou encore Diego Rivera. Pas très surprenant que 28 000 mètres carrés et quelque 30 galeries soient nécessaires pour n’exposer qu’une fraction de cette collection vouée à raconter l’art de raconter.
Pour rendre la visite plus digeste, la curation a développé deux typologies de salles. La première se veut thématique, exposant des pièces liées aux univers de la famille, de l’école, de l’amour, ou encore de l’aventure. La seconde consacre des galeries à un artiste unique.
Enfin, si George Lucas a donné son nom au musée, il n’a évidemment pas oublié d’y inclure son propre travail. Une partie du bâtiment est alors consacrée à l’exposition des sets de production, des costumes et des accessoires utilisés sur les tournages de ses films, notamment Star Wars. Un doux nectar muséal qui devrait attirer plus d’un fan de la saga intergalactique signée Lucas.
Une architecture cosmique pour le Lucas Museum
Situé dans le quartier d’Exposition Park à Los Angeles, le musée ne se limite pas à un simple bâtiment. En effet, Lucas a vu les choses en grand en imaginant un campus de 16 hectares au milieu duquel a atterri ce vaisseau spatial. En plus des salles d’exposition, 9 300 autres mètres carrés accueillent deux salles de cinéma, des espaces de médiation, une bibliothèque, une place centrale abritée, et bien évidemment des boutiques et des restaurants. Un projet sans aucun doute démesuré mais qui vient offrir aux habitants du quartier un nouvel espace végétalisé. Ancien parking, le site a été complètement réaménagé par l’architecte paysagiste Mia Lehrer du Studio-MLA. Le résultat ? Un parc planté d’arbres et autres végétaux endémiques de la Californie du Sud.
Mais le clou du spectacle reste sans équivoque le bâtiment réalisé par Ma Yansong, fondateur du studio MAD. Impossible de ne pas le comparer à un vaisseau spatial : sa forme ovoïde et ondulante prend de sérieux airs de soucoupe volante vue du ciel comme du sol. Lorsque nous demandons à l’architecte si Star Wars l’a inspiré, il nous répond : « Je dois être honnête : George Lucas m’avait déjà influencé bien avant ce projet. Le Lucas Museum est donc futuriste, certes, mais il s’apparente davantage à un nuage, à une voûte, à un élément de paysage qu’à un vaisseau spatial. Si un visiteur y voit un vaisseau spatial, tant mieux — pourvu que cela éveille sa curiosité. »
Difficile cependant de ne pas être tenté par l’analogie, la forme biomorphique du bâtiment semblant flotter au-dessus du sol ne faisant que la renforcer. Cependant, l’objectif de MAD dépasse de loin le simple esthétisme, le musée se devant avant tout de raconter une histoire, à l’image des œuvres qu’il renferme : « Un espace peut être narratif, tout comme un film. Un film ne vous montre pas tout dès la première image : il vous laisse le temps, il retient certaines choses, il vous permet de compléter ce qui n’est pas là. Un bâtiment peut faire de même. Vous arrivez du parc sous une forme que vous ne parvenez pas tout à fait à nommer, le rez-de-chaussée est ouvert, puis vous montez et l’espace se referme, s’ouvre, la lumière change, et tout en haut, le ciel fait son apparition à travers l’oculus. Il y a toujours quelque chose que l’on n’a pas encore vu. »
Une architecture spectaculaire, certes, mais surtout pensée pour nous donner l’envie de rester et de se perdre dans cet univers qui semble tout droit sorti d’une autre galaxie.
Lucas Museum
One Lucas Plaza (3800 S. Vermont Ave.), Los Angeles, CA 90037
Site internet
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