- Art>
- Tentations>
Le peintre et sculpteur Jean Arp a vécu à Clamart, dans une maison-atelier imaginée avec sa femme Sophie Taeuber. Jusqu’en décembre s’y tient l’expo Arp/Stahly qui fait dialoguer l’œuvre de Arp avec celle de François Stahly, deux artistes amoureux de la nature.
Dans le taxi qui nous mène à Clamart, l’on voit derrière soi Paris qui s’éloigne. Le périphérique semble enserrer la capitale comme une gigantesque écharpe autour d’un cou. Un peu plus loin, on longe la Seine à Meudon, peinte par les impressionnistes : Sisley, Corot, Manet… Quelques minutes plus tard, nous voilà arrivés. La maison de Jean Arp est installée dans un charmant quartier verdoyant de Clamart.
La rue pentue forme un triangle, bordé par la forêt. Ce morceau de verdure est longé en contrebas par de petits pavillons typiques de la banlieue, des meulières et des villas bourgeoises récentes. La maison du grand artiste est installée un peu plus haut. À ses côtés prennent place une quinzaine de fort curieuses constructions contemporaines aux allures oniriques. Elles sont l’œuvre de Jacques-Émile Le Caron, architecte-poète, qui, à l’image de Robert Mallet-Stevens dans sa célèbre impasse parisienne, en a recouvert toute une allée. Il s’est construit pour son propre usage la Maison Toulaho, juste après la Maison d’Acier de 1974, la première de toutes. Plusieurs voisins de l’architecte, séduits par ces deux réalisations singulières, lui commandent à leur tour leur propre construction, rénovation ou extension. Et ainsi de suite, façon boule de neige, la ruelle se couvre des insolites productions poétiques et singulières de l’architecte. Le périmètre est sévèrement protégé : on est à quelques encablures de la prestigieuse terrasse de l’Observatoire de Meudon. Il a fallu, à l’époque, obtenir l’autorisation des Bâtiments de France, réputés tatillons. L’architecte en chef de l’époque se distinguait, semble-t-il, par un esprit singulièrement moins vermoulu que la moyenne. Cette escouade d’étonnantes maisons ajoute du sel à la découverte de celle de Jean Arp. Bref, ce petit quartier verdoyant est une vraie mine.
Lire aussi : Pourquoi l’exposition « Suivez le fil ! » à Toulon mérite le détour cet été
La maison de Jean Arp et de Sophie Taeuber
Bâtie à Clamart à la fin des années 1920, la maison Arp est pensée avant tout pour la création. Elle habille ses volumes simples dans un style moderniste sobre et fonctionnel. Une grande partie des créations de Jean y sont nées. Théo van Doesburg, proche ami des Arp, se fait construire, juste après eux, une charmante petite maison-atelier à Meudon, non loin de là. Son architecture géométrique et colorée se présente comme un manifeste de l’esthétique De Stijl. Très conceptuelle, elle est pensée comme une œuvre d’art totale.
Mais revenons à la villa du grand peintre et sculpteur alsacien. Elle est imaginée à quatre mains avec sa femme, Sophie Taeuber, artiste touche-à-tout : danseuse, dessinatrice, couturière, designeuse de meubles… Jean et Sophie Arp ont chacun leur espace à Clamart. Jean travaille au rez-de-chaussée, Sophie à l’étage. Le rez-de-jardin sert à la vie de famille.
La maison s’ouvre sur un jardin en contrebas, au fond duquel sont implantés deux ateliers vitrés aux faux airs de salle de classe vintage. Jean les fait bâtir au cours des années 1950. Sa femme est décédée accidentellement en 1943. Plus tard, sa nouvelle épouse souhaite restituer à la maison principale sa fonction familiale. Jean Arp est gentiment prié de s’adonner à son art dans le jardin. Dans ces ateliers, il va pouvoir se consacrer pleinement au plâtre, sa nouvelle passion, qui va lui ouvrir la voie de la sculpture, discipline pour laquelle il est aujourd’hui reconnu et célébré. Elle fera de lui une star de l’art moderne.
Plus tard encore, le couple fait l’acquisition du pavillon adjacent, dans lequel l’artiste installe un autre atelier.
Reconnaissance tardive…
La Fondation Jean Arp regroupe 1 400 œuvres de l’artiste alsacien, pionnier du mouvement Dada. Ce Strasbourgeois, Allemand d’origine, débute par la poésie avant de passer au dessin. Les sculptures en trois dimensions ne viennent qu’ultérieurement. Toute sa vie, cet autodidacte restera très attaché à la poésie. La vraie reconnaissance arrive pour lui au cours des années 1950, et plutôt des États-Unis. Il reçoit, en 1954, le Grand Prix de sculpture à la Biennale de Venise. Il a 65 ans…
En temps normal, un peu plus de 200 pièces sont exposées à Clamart. On croise principalement des sculptures en plâtre, bois et bronze. Une belle poignée est présentée dans le petit jardin. Chose rare dans un musée, on est autorisé à toucher certaines œuvres. Une belle « expérience ». On peut aussi admirer quelques œuvres sur papier ou du mobilier, notamment de Sophie Taeuber.
Arp / Stahly
L’exposition actuelle se tient jusqu’au 20 décembre prochain. Elle fait dialoguer des œuvres de Jean Arp et de François Stahly. Cet artiste est l’une des figures montantes de la sculpture d’après-guerre. Son œuvre, essentiellement réalisée en bois, explore les formes organiques, le rythme et le dialogue entre l’homme, la matière et la nature. Il s’installe à Clamart dans les années 1950. Son atelier devient un lieu d’expérimentation et de formation, fréquenté par de nombreux jeunes artistes.
Vingt-cinq ans les séparent, mais leurs sculptures témoignent d’une remarquable proximité d’esprit. Arp recherche des formes épurées, lisses et biomorphiques, souvent proches de l’œuf, de la feuille ou du galet. Stahly, plus jeune, laisse davantage apparaître le geste du sculpteur et la texture du matériau. Ses œuvres évoquent parfois le totem. Le dialogue instauré entre leurs créations exposées à Clamart révèle les affinités qui rapprochent les univers artistiques de ces deux compères. À Clamart, la confrontation des œuvres d’Arp et de Stahly éclaire la proximité de leur démarche.
Fondation Arp
21 rue des Châtaigniers, Clamart.
Expo Arp/Stahly
Jusqu’au 20 décembre 2026. Ouverture les vendredi, samedi et dimanche de 14h30 à 16h30.
