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Muse de Brassens, Valéry ou Varda, Sète écrit depuis une petite dizaine d’années un autre chapitre de son histoire avec Demain nous appartient. Un regain de notoriété qui prolonge, plus qu’il ne remplace, une longue tradition artistique.
Un crépuscule mauve où s’attardent quelques derniers baigneurs, l’oisiveté d’une fête foraine au loin, des odeurs de barbecue sauvage, de friture de poisson et de pizza… Nous sommes bien dans le sud languedocien. Posée entre la Méditerranée et l’étang de Thau, Sète dégage une atmosphère brute et solaire. Ses immeubles à flanc de rocher semblent tomber dans la mer, presque avec drame. Il y a de l’Italie dans sa lumière et une fierté locale qui refuse les artifices.
C’est à la Saint-Louis que son cœur bat le plus fort. « Ce sont nos férias à nous, c’est une immense bodéga avec des bars tout au long des quais, c’est intergénérationnel et interclasse, souffle Naura Poquet, hôtelière et Sétoise de cœur. Les gens s’habillent en blanc, paradent, les femmes se font belles et l’on mange la macaronade, un plat typique. »
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Tradition maritime et industrielle
Pour comprendre Sète, il faut regarder vers le large. Ville d’immigration italienne et espagnole, de marins et de grandes familles d’armateurs, elle est avant tout un port : le premier port de pêche français de Méditerranée. Que serait-elle, d’ailleurs, sans ses bateaux ? C’est pourquoi, en juillet, on fête aussi la Saint-Pierre, une tradition religieuse qui rassemble les familles de marins. « On sort le saint de l’église pour le monter sur les hauteurs et faire une bénédiction en hommage aux pêcheurs disparus. Les marins ne rateraient ça pour rien au monde », explique encore Naura Poquet.
À l’ombre de ses ruelles, on aperçoit encore quelques traces d’une sous-préfecture un peu défraîchie, d’un Sud industriel et populaire. Mais sa beauté naît justement de cette rugosité. Les façades écaillées et les canaux ne cherchent pas à imiter Venise : ils racontent une ville de travail. « Sète a une tradition ouvrière, qui se perd malheureusement », regrette François Liguori, ancien artisan métalliste devenu artiste.
Une indépendance d’esprit aussi nourrit l’imaginaire de cette « île singulière ». Paul Valéry, Georges Brassens, Agnès Varda, Jean Vilar et Pierre Soulages l’ont aimée, peinte ou chantée comme une muse. Cette effervescence perdure : près de 400 artistes y vivent. « Notre offre culturelle est portée par des associations que la ville soutient financièrement. Notre budget est de près d’un million d’euros, ce qui est très important pour une ville de 45 000 habitants. De ce fait, nous conservons notre identité », justifie Jeanne Corporon, adjointe au maire chargée de la culture et comédienne.
Quand le soap s’empare de Sète
Car Sète est une couleur rare. Pas toujours la même, d’ailleurs : elle change selon l’heure de la journée, tantôt ocre, tantôt corail. Elle inspirait hier les peintres ; aujourd’hui, elle séduit les sociétés de production. La ville concentre près de 30 % des tournages de la région Occitanie. Impossible alors de ne pas évoquer Demain nous appartient (DNA), le soap quotidien de TF1 tourné ici. « C’est un gros levier économique pour notre ville. La production investit environ 3 millions d’euros par an dans l’économie locale. La série représente presque 300 emplois directs », énumère Jeanne Corporon.
Sète est devenue, presque sans l’avoir cherché, la capitale française du soap. Huit mille mètres carrés de studios ont été construits dans la ville. « Nous avons créé un partenariat avec des écoles de cinéma. Les étudiants font des stages sur la série avant d’être embauchés. Beaucoup de comédiens sont désormais installés dans la région », ajoute l’élue.
Marianne est l’une d’elles. À l’origine des Cinétours, plusieurs visites guidées consacrées aux lieux emblématiques de la série, qu’elle organise chaque semaine avec l’accord de la chaîne, elle a vu naître un véritable phénomène. « Personne n’y croyait quand DNA est arrivé à Sète, mais la série a rencontré un immense succès. Un quart des touristes viennent ici grâce à elle. Les premières années, les gens avaient du mal à faire la différence entre la réalité et la fiction. Certains faisaient même la queue aux urgences pour espérer assister à un tournage, alors que toutes les scènes d’hôpital sont réalisées en studio. Il y a même eu des mouvements de foule autour de certains acteurs. »
L’inévitable gentrification
Au hasard de notre promenade, nous croisons Clément Rémiens, ancienne star de la série, aujourd’hui reconverti en restaurateur aux Halles. À 28 ans, il a choisi de s’installer ici, par amour de Sète. « J’avais envie de simplicité. C’est un lieu accueillant, avec beaucoup de caractère. Il y a une vraie offre culturelle, je ne m’en lasse jamais. Je suis émerveillé en permanence. C’est une chance de vivre ici. » Il fait partie des quelque 1 500 nouveaux habitants que la cité héraultaise accueille chaque année. D’autres personnalités, comme Anne de Petrini ou Benjamin Biolay, y ont également élu domicile. Une gentrification qui se fait déjà sentir.
« Avant, les Sétois n’en avaient pas conscience, mais ils avaient une singularité. Aujourd’hui, tout est en train de se vendre aux Parisiens et notre authenticité est devenue une valeur marketing. On est envahis de bobos, alors qu’avant on était entre nous ! », rouspète François Liguori.
« Notre défi est de continuer à renforcer l’attractivité de notre ville sans jamais perdre son identité, tempère Thomas Jaubert-Lenoir, conseiller municipal délégué au tourisme. Nous sommes particulièrement attentifs au maintien et au développement des dessertes ferroviaires, notamment à grande vitesse, qui constituent un atout majeur pour une destination située entre Barcelone, Montpellier, Marseille et Paris. » Tout l’enjeu est de savoir comment maîtriser ce succès. Rester Sète, en somme. Une ville qui inspirait hier les poètes, aujourd’hui les producteurs. La lumière, elle, n’a pas changé.
Nos meilleures adresses à Sète
Suites The Marcel
Au cœur de Sète, six suites d’artistes où design contemporain, œuvres d’art et vue sur le canal Royal offrent une expérience aussi esthétique qu’immersive. Très confortable.
7 quai Léopold-Suquet — Réservations
Paillote La Ola
Sur la plage, La Ola incarne l’esprit décontracté de Sète : une paillote ouverte d’avril à la fin de l’été, où convivialité et art de vivre méditerranéen se vivent les pieds dans le sable.
201 promenade du Lido — Réservations
Au Quai d’en Face
Face au port, Le Quai d’en Face cultive une cuisine familiale et créative dans une atmosphère chaleureuse, où le chef Romain et ses parents reçoivent chaque convive comme un invité de la maison.
11 quai Aspirant-Herber — Réservations
Les Halles de Sète
Rendez-vous au cœur des Halles de Sète, élues plus belles Halles de France — et même « les plus belles au monde » selon Guy Savoy — pour découvrir les producteurs et les spécialités locales.
The Marcel aux Halles
Au cœur des Halles, The Marcel propose une cuisine de marché généreuse, mettant à l’honneur les produits frais, les pêcheurs et les producteurs locaux dans un esprit résolument méditerranéen.
Rue Gambetta — Réservations
Espace Brassens
Enfant de Sète, Georges Brassens demeure l’une des figures les plus emblématiques de la ville. Une immersion sensible dans la vie du chanteur, portée par un audioguide où sa propre voix accompagne le visiteur à travers une riche scénographie et de nombreuses archives.
67 boulevard Camille-Blanc — Réservations
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Atelier d’artiste Pescatore
Dans son atelier, l’artiste François Liguori transforme des dalles de béton en œuvres graphiques inspirées de la Méditerranée, mêlant savoir-faire artisanal, matières brutes et création made in Sète. Beaucoup de ses œuvres sont visibles dans la ville.
3 rue de Rome — Réservations
Cinétour en bateau
Marianne, comédienne et créatrice du Cinétour, vous emmène en bateau à travers Sète pour découvrir les lieux de tournage de Demain nous appartient et vous dévoiler les coulisses de la série.
24 quai Général-Durand — Réservations
