×
reportage à metz ville france

Evasions // 48 heures à

Metz : que faire, que voir et où dormir dans la ville aux mille histoires

  • 48 heures à>
  • Evasions>

On la disait grise, elle est blonde. On la croyait austère, elle se découvre bucolique. Entre France et Allemagne, Metz a longtemps souffert de ne pas savoir quelle image donner d’elle-même. Et c’est précisément ce qui la rend intéressante.

Le malentendu commence dès l’arrivée. La gare de Metz-Ville a été élue trois fois « plus belle gare de France » par les internautes, en 2017, 2018 et 2020, si bien qu’elle a fini par être mise hors compétition par la SNCF, devenue marraine du concours pour laisser leur chance aux autres. Cet édifice de style néo-roman a été inauguré en 1908 sous le règne du Kaiser Guillaume II, dans la période d’Annexion. La gare préférée des Français est donc de facture allemande… Metz est française, bien sûr, mais elle a changé trop souvent de pays pour appartenir tout à fait à un seul. Sa mémoire germanique affleure dans les noms, quelques habitudes discrètes et surtout dans la pierre : les façades du quartier impérial et les villas Jugendstil, silhouettes qui, par endroits, transportent le promeneur de l’autre côté du Rhin.


Lire aussi : Dijon : que faire, où manger et où dormir dans la capitale de la gastronomie bourguignonne


La gare de Metz.
La gare de Metz. Inspire Metz

Une ville, plusieurs histoires

Sa complexité fait sans doute sa richesse. Elle a aussi fait son malheur. On la connaissait mal parce qu’elle se racontait difficilement. Trop fine, sans doute, face aux clichés massifs qui ont longtemps collé à la Lorraine. « Tout le quart nord-est de la France a longtemps renvoyé une image liée aux industries lourdes et à leurs crises. La Lorraine a aussi été une terre de conflits, avec une très forte implantation militaire », explique François Grosdidier, maire de Metz, que nous rencontrons autour d’un verre. Ancienne cité romaine, capitale du royaume d’Austrasie puis république indépendante pendant trois siècles, Metz pourrait remplir quelques livres d’histoire. Et elle connaît le prix de la guerre. Les annexions y furent d’autant plus douloureuses que Metz était alors très majoritairement francophone et francophile, quand Strasbourg demeurait largement germanophone.

De ces allers-retours forcés entre deux nations demeure une identité où les strates se superposent plutôt qu’elles ne s’effacent. « Nos ennemis d’hier sont devenus nos meilleurs amis et je me bats pour créer des écoles biculturelles pour que l’on apprenne la langue du voisin, reprend l’édile. L’âme de Metz, c’est une âme européenne qui aspire à la paix et à la concorde », observe notre interlocuteur. Aujourd’hui, 120 000 Messins et Mosellans vont travailler tous les jours au Luxembourg ou en Allemagne. Dans la ville où Robert Schuman a vécu et construit une partie de sa carrière politique, l’Europe n’est pas seulement une conviction, c’est une géographie quotidienne.

Le temple Neuf depuis le Pont des Grilles.
Le temple Neuf depuis le Pont des Grilles. Inspire Metz

Les couleurs singulières de Metz

De cette complexité, Metz tire une élégance un peu mélancolique. On lui a souvent reproché une certaine grisaille, alors même qu’elle est blonde. La pierre de Jaumont, calcaire doré par l’oxyde de fer, donne à la ville une étonnante unité malgré l’empilement des siècles. « Nous avons le plus grand secteur sauvegardé de France et une diversité architecturale unique », reprend François Grosdidier. Une architecture médiévale, influencée par les banquiers lombards de la République messine, qui donne à la ville, et l’on s’en étonne encore, des airs florentins.

Capitale de Lorraine, ville de commerce et éternelle rivale de Nancy. Quitte à froisser les Nancéiens, avouons notre préférence : Nancy possède peut-être l’évidence de la place Stanislas, Metz a pour elle une étrangeté et une identité moins immédiatement saisissable. Et c’est précisément ce qui nous plaît.

Au-dessus d’elle s’élève la cathédrale Saint-Étienne, toute jaune, immense et curieusement asymétrique. Ses plus beaux vitraux sont signés Chagall, quand Cocteau a dessiné ceux de l’église Saint-Maximin. À ce patrimoine spectaculaire s’est greffée une ville plus contemporaine qu’on ne le croyait. Sous la voûte bleutée de la Fournirue, l’énergie décontractée des ateliers et concept stores joue précisément de ce décalage. « Je pense qu’aujourd’hui encore, Metz est la grande ville de France qui connaît le plus fort décalage entre son image et sa réalité. Nous avons beaucoup travaillé à changer cela », nous indique encore François Grosdidier.

La cathédrale Saint-Etienne de Metz.
La cathédrale Saint-Etienne de Metz. Studio Hussenot

Metz, une nouvelle image

Elle possédait donc le patrimoine, mais pas encore l’image. Sous les radars parce que trop éloignée de Paris, et sans doute un peu trop tournée vers ses frontières. Mais en 2007, le TGV la place à 1 h 20 de la capitale. Surtout, en 2010, le Centre Pompidou-Metz, ovni architectural, replace la culture au cœur de son identité. « Pompidou n’est pas le facteur exclusif du changement, mais il a certainement été un déclic », poursuit notre interlocuteur. 315 000 visiteurs en 2025, dont 26 % d’étrangers, et des retombées économiques de près de 215 millions d’euros générées depuis son inauguration. Au-delà de ce succès, Metz a surtout dicté un modèle de repositionnement : adjoindre à son passé une image contemporaine.

Notre balade se poursuit au bord de l’eau. Et nouvelle surprise : la Seille et la Moselle se divisent en bras et en canaux, dessinent îles et presqu’îles et offrent au cœur de la ville des échappées presque champêtres. Après la monumentalité du quartier impérial et de la cathédrale, cette douceur-là était moins attendue. En fait, c’est une belle ville. « Beaucoup d’étrangers viennent ici, des Américains notamment, et repartent enchantés, il y a un vrai effet de surprise. Il est temps que Metz se décomplexe enfin », confie Roby Iacuzzo, gérant du boat home Mettensis, alors que nous naviguons sur la rivière au soleil couchant. Les teintes orangées du ciel se mêlent au vert des rives. Metz n’avait peut-être pas besoin de changer autant qu’elle avait besoin d’être regardée autrement. Au fond, le malentendu de la gare n’en était peut-être pas un.

Vue sur la Moselle.
Vue sur la Moselle. Inspire Metz

Que faire à Metz ? Notre city guide

Où dormir à Metz

Maison Heler

Imaginée par Philippe Starck, Maison Heler est l’une des curiosités architecturales du nouveau quartier de l’Amphithéâtre. Avec sa maison lorraine posée au sommet d’une tour de neuf étages, l’hôtel cultive un univers volontairement surréaliste, décliné jusque dans ses 104 chambres, ses restaurants et ses bars. Il se trouve à quelques pas du Centre Pompidou-Metz, de Muse et du centre des congrès Robert Schuman.

31 rue Jacques Chirac, 57000 Metz — Réservations

Où manger à Metz

La Maison de Manfred

Maison Heler abrite deux restaurants aux univers distincts : au rez-de-chaussée, une table aux tonalités rosées inspirée du salon de thé, et, au 9e étage, La Maison de Manfred. Perché sur le toit, ce restaurant panoramique propose une cuisine de saison et de partage, avec vue sur la cathédrale et le Centre Pompidou-Metz. Boiseries et vitraux d’Ara Starck lui donnent l’allure chaleureuse d’un relais de chasse, quelque part entre maison de famille et winstub.

31 rue Jacques Chirac, au 9e étage, 57000 Metz — Réservations

Chez Vic

À deux pas de la cathédrale, le jeune chef vosgien Victor Grimon ouvre Chez Vic’, un restaurant gastronomique à vocation étoilée. Déjà distingué « Jeune Talent » par Gault & Millau, il y met à l’honneur le terroir lorrain, dans l’assiette comme dans les verres. Derrière une façade classique, le décor contemporain et théâtral multiplie les références à la terre et au territoire.

6 rue des Jardins, 57000 Metz — Réservations

Brasserie Umé

Sous le chapiteau du Centre Pompidou-Metz, Umé est une brasserie franco-japonaise imaginée par le chef étoilé Charles Coulombeau. Les classiques de la brasserie française y sont revisités avec des saveurs et des influences japonaise

Voir plus d’articles sur le sujet
Continuer la lecture