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Le Centre Pompidou-Metz, conçu par Shigeru Ban avec Jean de Gastines et inauguré en 2010. Sa spectaculaire toiture blanche, inspirée d'un chapeau chinois, repose sur une charpente en bois lamellé-collé.

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Au Centre Pompidou-Metz, Shigeru Ban dévoile les coulisses de son architecture

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C’est une sorte de mise en abîme que le Centre Pompidou-Metz s’apprête à accueillir. À partir du 5 décembre, le musée accueillera une exposition consacrée à Shigeru Ban, l’architecte ayant dessiné le bâtiment, qui assure lui-même son commissariat. Une immersion dans son univers.

Parler de rétrospective pour l’exposition « Shigeru Ban : Bâtir un monde meilleur » serait réducteur. Lauréat du prix Pritzker en 2014, qualifié de « Nobel de l’architecture » par certains, il a encore beaucoup de projets à bâtir. Au Centre Pompidou-Metz, conçu en collaboration avec Jean de Gastines, l’exposition permet de redécouvrir son travail et ses inspirations, les architectes qu’il admire et les artistes qui l’inspirent.


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L’exposition, curatée par Shigeru Ban himself, ne se contente pas de présenter dessins, maquettes et photos : elle invite à une plongée dans son univers. Se côtoient, dans une scénographie aérée jouant sur la transparence, des œuvres signées des plus grands créateurs : Frei Otto, Louis Kahn, Frank Lloyd Wright, Alvar Aalto, John Hejduk, Alexander Calder…

« Je ne voulais pas me contenter de présenter une rétrospective de mes projets. Je souhaitais montrer ma façon de penser et mettre en avant les personnes qui m’ont influencé. On y trouve des œuvres d’artistes et d’architectes que j’admire, ainsi que mes propres maquettes, dessins et expérimentations. J’ai essayé d’utiliser l’espace de la manière la plus simple possible », confie Shigeru Ban.

Architecte japonais né en 1957, lauréat du prix Pritzker en 2014, Shigeru Ban est notamment reconnu pour ses recherches sur les matériaux alternatifs, en particulier le papier et le carton, ainsi que pour son engagement dans l’architecture humanitaire.
Architecte japonais né en 1957, lauréat du prix Pritzker en 2014, Shigeru Ban est notamment reconnu pour ses recherches sur les matériaux alternatifs, en particulier le papier et le carton, ainsi que pour son engagement dans l’architecture humanitaire.

Du Japon aux États-Unis, du luxe à l’urgence

Né en 1957 à Tokyo, l’architecte nippon développe dès le départ un langage architectural unique en son genre. L’architecture n’était pourtant pas son premier choix, comme il nous le raconte : « Je voulais devenir menuisier. Quand j’étais enfant, des menuisiers travaillaient sur la maison de mes parents, et j’aimais les observer et fabriquer des objets avec les morceaux de bois qu’ils laissaient derrière eux. Plus tard, au collège, j’ai réalisé la maquette d’une maison qui a été sélectionnée pour être exposée. Peu à peu, j’ai compris que je voulais devenir architecte. »

Installé sur la terrasse du sixième étage du Centre Pompidou Paris, ce studio éphémère imaginé par Shigeru Ban accueillait en 2004 son équipe chargée de concevoir le futur Centre Pompidou-Metz. Sa voûte est constituée d’arcs en tubes de carton.
Installé sur la terrasse du sixième étage du Centre Pompidou Paris, ce studio éphémère imaginé par Shigeru Ban accueillait en 2004 son équipe chargée de concevoir le futur Centre Pompidou-Metz. Sa voûte est constituée d’arcs en tubes de carton.

Il part alors se former aux États-Unis, intégrant le Southern California Institute of Architecture à Los Angeles, avant de rejoindre la Cooper Union School of Architecture de New York, dont il sort diplômé en 1984. À sa sortie de l’école, il multiplie les projets privés, bâtissant de nombreuses et luxueuses villas dans les années 1980, puis pivote rapidement et décide d’aborder l’architecture avec un regard social, lui valant aujourd’hui le surnom d’« architecte de l’urgence ».

Cette typologie de projets vient également nourrir une autre de ses valeurs : la durabilité. N’ayant pas peur de dénoncer le greenwashing qui déferle sur le monde de l’architecture depuis plusieurs années, il défend une construction locale, faisant appel à des matériaux sourcés aux alentours des projets bâtis et parfois peu conventionnels, à l’image de rouleaux de carton qu’il utilise comme éléments architecturaux. Car pour lui, les matériaux doivent avant tout faire sens : « Chaque projet implique des personnes différentes, un site différent, un budget différent et des défis différents. Mon rôle consiste à comprendre ces conditions et à trouver la solution la plus simple et la plus appropriée », note Shigeru Ban.

Haesley Nine Bridges Golf Clubhouse, Corée du Sud (2010).
Haesley Nine Bridges Golf Clubhouse, Corée du Sud (2010).

Un engagement humanitaire

Aujourd’hui, nous le connaissons surtout pour ses réalisations spectaculaires. Mais en parallèle de ces landmarks devenus culturels, il s’engage auprès de populations dans le besoin, venant de faire face à une catastrophe naturelle ou vivant sur un territoire en conflit. « Lorsque je suis devenu architecte, j’ai pris conscience que la plupart des architectes travaillaient pour des personnes privilégiées. Je me suis alors demandé si je pouvais mettre mes connaissances au service de ceux qui avaient perdu leur logement à la suite de catastrophes. J’ai commencé auprès des réfugiés rwandais, puis à Kobe après le tremblement de terre. Après une catastrophe, les gens ont besoin d’un abri, mais aussi d’intimité et de dignité », confie Shigeru Ban.

Une architecture éphémère répondant à une urgence humanitaire, qui lui vaut d’être qualifié d’« équivalent, en architecture, de Médecins sans frontières » par le professeur Riichi Miyake. De la Syrie au Pakistan, des feux de Los Angeles à la guerre en Ukraine et au tremblement de terre ayant frappé le Venezuela cette année, il imagine des structures éphémères en tissu, bois ou carton. Une méthode bien différente de celle appliquée à ses projets institutionnels.

Avec cette maison ouverte sur la forêt, Shigeru Ban pousse à l’extrême le principe de transparence. Débarrassé de ses cloisons permanentes, l’espace intérieur se prolonge vers le paysage, tandis que la structure révèle toute son ingénieuse simplicité.
Avec cette maison ouverte sur la forêt, Shigeru Ban pousse à l’extrême le principe de transparence. Débarrassé de ses cloisons permanentes, l’espace intérieur se prolonge vers le paysage, tandis que la structure révèle toute son ingénieuse simplicité.

Des bâtiments emblématiques

Sa création la plus célèbre reste sans doute le Centre Pompidou-Metz, un écrin parfait pour célébrer sa carrière. Avec ses allures de maison de Schtroumpf, le musée figure parmi ses créations les plus admirées. Un projet qui tient aussi une place particulière dans son cœur : « Si je devais ne citer qu’un seul projet ayant marqué ma carrière, je dirais le Centre Pompidou-Metz. C’était mon premier grand projet en Europe. J’ai rapidement compris que mes habitudes de travail au Japon ne fonctionnaient pas là-bas et dû apprendre à travailler avec les entrepreneurs et les nombreuses personnes impliquées. À plusieurs reprises, j’ai pensé que le projet ne verrait peut-être jamais le jour. Mais une nouvelle idée ou une rencontre me permettait à chaque fois d’avancer. Avec le recul, ces défis m’ont beaucoup appris. Ce projet m’a permis de m’épanouir en tant qu’architecte, mais aussi en tant que personne », raconte-t-il.

Le Centre Pompidou-Metz, conçu par Shigeru Ban avec Jean de Gastines et inauguré en 2010. Sa spectaculaire toiture blanche, inspirée d’un chapeau chinois, repose sur une charpente en bois lamellé-collé.
Le Centre Pompidou-Metz, conçu par Shigeru Ban avec Jean de Gastines et inauguré en 2010. Sa spectaculaire toiture blanche, inspirée d’un chapeau chinois, repose sur une charpente en bois lamellé-collé.

Parmi ses autres réalisations figurent le Mont Fuji World Heritage Center de Shizuoka et l’Aspen Art Museum. Il signe également la Cardboard Cathedral de Christchurch, construite en 2013 après le séisme, ainsi que le SIMOSE Art Museum, inauguré au Japon en 2023. Plus récemment, il imaginait le Blue Ocean Dome, un pavillon présenté à l’Exposition universelle d’Osaka en 2025, dont les structures explorent notamment l’usage de matériaux renouvelables. Ces projets illustrent alors une approche parvenant à unir bâtiments institutionnels, expérimentations et intérêt collectif.

Quand nous lui demandons enfin à quoi, selon lui, doit ressembler l’architecture de demain, il conclut notre entretien : « Je ne sais honnêtement pas à quoi elle ressemblera. Je suis entièrement absorbé par la résolution des problèmes d’aujourd’hui. Ma responsabilité en tant qu’architecte n’est pas de prédire l’avenir ni d’essayer de le façonner délibérément, mais d’améliorer la vie des gens en trouvant la meilleure réponse possible à chaque projet et à chaque situation. »

Le Zenbo Seinei, un centre de bien-être et de retraite zen situé sur l’île d’Awaji au Japon.
Le Zenbo Seinei, un centre de bien-être et de retraite zen situé sur l’île d’Awaji au Japon.

Exposition Shigeru Ban. Bâtir un monde meilleur
Au Centre Pompidou-Metz, du 5 décembre 2026 au 30 août 2027.
Réservations


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