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Dan Glasser

Evasions // Architecture

Ce musée d’art contemporain en Ouzbékistan renaît dans une ancienne station diesel

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À Tashkent, capitale de l’Ouzbékistan, le CCA Tashkent ouvre ses portes dans une ancienne station diesel construite en 1912. Pour transformer ce bâtiment industriel en nouvelle institution dédiée à l’art contemporain, la fondation ACDF a fait appel aux architectes français de Studio KO, qui signent un projet conjuguant patrimoine historique et architecture contemporaine.

À seulement six heures de vol de Paris, la capitale de l’Ouzbékistan reste une destination relativement confidentielle. Mais sur place, le désir de se faire connaître à l’international grandit, avec au cœur de ce projet un acteur : l’ACDF, l’Uzbekistan Art and Culture Development Foundation. Son but ? Promouvoir la culture ouzbèke sur la scène internationale et développer les coopérations culturelles. Un projet ambitieux qui se manifeste par la création d’un espace dédié : le CCA Tashkent (Centre for Contemprorary Arts Tashkent).


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Initié en 2017, ce musée consacré à l’art et à la culture au sens large voit enfin le jour neuf ans plus tard, accueillant ses premiers visiteurs en septembre dernier. Gayane Umerova, présidente de l’ACDF, souligne l’importance de cette nouvelle institution dans les objectifs de la fondation : « L’ouverture du Centre for Contemporary Arts Tashkent constitue une étape majeure dans le développement culturel de l’Ouzbékistan et vient concrétiser un projet engagé dès 2017. À travers ce Centre, nous réaffirmons notre engagement sur le long terme en faveur du développement d’institutions culturelles et de l’accompagnement des talents, afin de contribuer à la vitalité de la scène créative ouzbèke et d’offrir des perspectives durables à celles et ceux qui façonneront son avenir. Et ce n’est que le début. J’espère que le CCA Tashkent deviendra un lieu où de nouvelles idées pourront émerger, où les collaborations internationales pourront se multiplier et où les générations futures disposeront de la confiance et des moyens nécessaires pour faire rayonner la culture depuis l’Ouzbékistan. » En d’autres termes, un nouveau lieu qui entend trouver sa place sur la carte mondiale des institutions culturelles.

Des gradins à la manière d’un amphithéâtre relient deux galeries.
Des gradins à la manière d’un amphithéâtre relient deux galeries. Dan Glasser

D’une station diesel à un musée au rayonnement international

Les objectifs posés, l’étape suivante consistait à trouver un lieu. Et quoi de mieux qu’un landmark historique ? La fondation jette alors son dévolu sur une ancienne station diesel qui alimentait autrefois la première ligne de tramway. Construit en 1912, le bâtiment, situé en plein centre de la capitale, constitue un emblème de l’architecture industrielle de la ville. Pour la petite histoire, il est le fruit de l’imagination de l’architecte ouzbek Wilhelm Heinzelmann, à qui l’on doit notamment le palais du grand-duc Romanov et la Chambre du Trésor de Tashkent. Une importance culturelle et historique qui en faisait le lieu idéal, mais qui allait poser de nombreux défis aux architectes : sa réhabilitation devait se jouer à la frontière entre préservation patrimoniale et adaptation aux besoins du projet. Pour relever ce défi, ce sont les Français de Studio KO qui sont choisis.

Plusieurs projets sont présentés à la fondation, mais, jugés trop radicaux, ils ne parviennent pas à convaincre le comité, qui décide alors de contacter Studio KO. « C’était notre première rencontre avec l’Ouzbékistan, nous n’en connaissions rien à part les images des dômes bleus du Registan et le nom des villes mythiques de la route de la soie. Si les autres propositions ne laissaient que peu de place à l’architecture préexistante, ce sont les qualités architecturales émanant de cet ancien dépôt de tramway qui ont fini de nous convaincre dès notre première visite : les modénatures des façades de briques jaunes, l’ambiance et la lumière de la grande nef, les traces des différentes époques, l’esprit du lieu… », confient Karl Fournier et Olivier Marty, fondateurs de Studio KO.

Un auditorium habillé de métal est suspendu dans l’ancienne station diesel.
Un auditorium habillé de métal est suspendu dans l’ancienne station diesel. Dan Glasser

CCA Tashkent : une architecture historique

Le site est alors débarrassé de toutes les additions postérieures à sa construction originelle, puis restauré dans le respect des techniques traditionnelles. Ainsi, les façades en briques dites Nicolaï retrouvent leur éclat passé, offrant un contraste saisissant avec les interventions imaginées par Studio KO : « Les nouveaux éléments construits sont volontairement mis en tension avec l’architecture existante. Ils en émergent, ils s’y insèrent, ils les relient ou viennent en refermer la composition. Leur matérialité de béton ou d’inox renforce encore le contraste entre historique et contemporain », précise le duo.

Le défi réside également dans la vocation du musée, qui devait se traduire dans son enveloppe architecturale : « Le projet avait vocation à ouvrir l’accès à l’art contemporain à tous les publics ouzbeks, de manière collective et inclusive. Il devait pouvoir accueillir aussi bien des artistes internationaux, locaux, connus ou en devenir. L’aide des équipes de la Fondation et du CCA a été primordiale. Architecturalement parlant, le lieu devait être adapté à des usages multiples, y compris ceux auxquels nous n’aurions pas pensé. Nous avons donc cherché à concevoir un bâtiment offrant un maximum de flexibilité : espaces d’exposition ouverts et fermés, ateliers, scène ouverte, auditorium, bibliothèque – tous rassemblés autour d’une cour centrale pouvant accueillir expositions, concerts, projections, festivals… Et au final, cela fonctionne : plus de 3 000 visiteurs le premier jour et les nombreux événements organisés depuis ont permis de tester les espaces dans toutes leurs configurations. C’est déjà pour nous une grande satisfaction », confient Karl Fournier et Olivier Marty.

Un tunnel mène à l’espace principal d’exposition, situé en hauteur.
Un tunnel mène à l’espace principal d’exposition, situé en hauteur. Dan Glasser

Les artistes ouzbeks à l’honneur pour l’exposition inaugurale

Depuis septembre, le public peut découvrir le bâtiment réinventé par Studio KO, mais également la première exposition de l’institution.

Intitulée « Hikmah », un mot signifiant la sagesse, elle rassemble des œuvres commandées spécialement pour l’occasion ainsi que des installations récentes de dix artistes contemporains ouzbeks et internationaux. Tous explorent le concept de « hikmah » et dialoguent avec l’architecture du bâtiment ainsi qu’avec l’histoire culturelle du pays. L’excuse parfaite pour prendre un billet pour Tashkent et partir à la découverte de l’Ouzbékistan.


CCA Tashkent
Amir Temur Avenue 6, 100000, Tashkent, Ouzbékistan
Site internet


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