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The Good Culture // Books

Les 10 livres de moins de 400 pages à lire facilement

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The Good Culture

Ils se lisent d’une traite, comme on enfile une assiette de tapas ou un cocktail glacé.

Tous font moins de 400 pages, comme une mini-série percutante, ils n’imposent pas de dernier rebondissement qu’on aurait préféré zapper. Ils sont concis, forts, lumineux. A glisser dans toutes les poches, valises ou sacs, ils sont 10 à nous avoir conquis avec leurs ouvrages parus en ce début d’année. Premier livre, ouvrage d’actrice ou d’un prix Goncourt, histoire de familles, enquête ou autobiographie, tous les genres sont dans la nature, et permettre de lire facilement !


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10 livres à lire facilement pour se remettre à la lecture

« La Gosse » de Nadia Daam, 180 pages

D’abord, Nadia Daam, journaliste française de nos petits écrans qu’on a pu apercevoir aux Maternelles en premier lieu, à 28 minutes ensuite, et sur France Inter désormais. « La Gosse » est son cinquième ouvrage. Elle y raconte avec finesse et autodérision l’aventure « pas banale » d’être la mère d’une fille, de la petite enfance à l’adolescence. Qui plus est lorsqu’on est féministe et mère célibataire. Le livre débute ainsi : « On est un petit miracle d’ébénisterie, un tabouret dont le troisième pied s’est décroché et qui tient encoure debout. » Mais parfois, c’est plus violent : « On l’entend pas trop la gosse d’ailleurs. Normal, vu que son père est mort. Ça calme. »

La question de « faire famille » égrène les pages de ce carnet de bord avec fracas où elle consignait, avant de penser à le publier, les journées difficiles qu’elle franchissait. La franchise de Nadia Daam n’a d’égale que ses remises en question perpétuelles. Elle raconte nos incohérences, avec un ton passant sans cesse du grave au léger, notre envie de transmission, ce qu’on dit puis ce qu’on fait avec un féminisme à l’épreuve du réel, la difficulté d’être une fille aussi, la volonté de protéger toujours.

« La Gosse » de Nadia Daam, 180 pages aux éditions Grasset, 17 €

« L’origine des larmes » de Jean-Paul Dubois, 256 pages

Comédie burlesque ou drame familial ? Le 26ème livre du très discret Prix Goncourt 2019 dérange. Jusqu’au malaise. Mais il est diablement intéressant… Le topo : Paul Sorenson a commis un parricide post mortem. Oui, vous pouvez relire la phrase. Son héros a tué son père, alors qu’il était déjà mort. Et le livre de raconter le récit de Paul à son psychanalyste qui, chapitre après chapitre, décortique l’insensé.

« Mon seul et unique projet fut de grandir contre lui » relate le narrateur qui voue une haine à son géniteur. S’il parle à son psy, ce n’est pas de gaieté de cœur, c’est un médecin commis d’office par la justice qui tente d’expliquer son crime. Le meilleur ? La noirceur dans la douceur et l’étrangeté du bouquin. Ou lorsque le héros s’en remet à l’I.A. pour sonder son âme. Tous les portraits sont ciselés, impeccables, on est dans un film de haut-vol, entre sourire et terreur, bravo pour le grand-écart.

« L’origine des larmes » de Jean-Paul Dubois, 256 pages aux éditions de L’Olivier, 21 €

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« Mary Sidney alias Shakespeare » d’Aurore Evain, 288 pages

Voici une enquête palpitante. Et si la personne qui avait écrit l’œuvre qu’on attribue aujourd’hui à William Shakespeare était une femme ? Alors oui, Aurore Evain sait qu’elle va froisser, que les gens vont rugir et penser qu’elle souhaite faire le buzz, voire profiter d’une relecture féministe ambiante. Pourtant, elle prévient ! « Je tiens à rassurer (…) mon but n’est pas de prouver que Mary Sidney a écrit les œuvres attribuées à Shakespeare. J’espère seulement présenter suffisamment de faits sourcés, de preuves documentées, soupoudrées de coïncidences surprenantes et assaisonnées de démonstrations troublantes pour éveiller votre curiosité. »

Les preuves pleuvent : le visage de W. Shakespeare n’a jamais été identifié, toute sa famille était illettrée, on ne lui connait aucune formation, aucun livre n’est listé dans son héritage, personne ne relaie sa mort en 1616… Sans compter sur la biographie de la suspecte numéro 2 : ladite Mary Sidney née dans une des familles les plus influentes de l’Angleterre et éditrice d’une des pièces de théatre qui donnera se forme à ceux de Shakespeare. Tout est troublant. Bref, si cette hypothèse n’est pas totalement vérifiable en l’état des recherches, elle est du moins tout à fait vraisemblable.

« Mary Sidney alias Shakespeare » d’Aurore Evain, 288 pages aux éditions Talents Hauts, 22 €

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« Kim et les papys braqueurs » de Patricia Touranchea, 240 pages

La couverture n’a pas l’air tout à fait sérieuse, mais l’affaire, elle, l’est complètement. Audiard n’a qu’à se rhabiller, la verve de l’autrice emprunte au langage du milieu (et un lexique nous sauve gentiment la mise). La journaliste et documentariste Patricia Tourancheau, qu’on connait pour sa coréalisation de Grégory sur Netflix ou son adaptation du Magot sur Canal +, retrace ici le cambriolage en octobre 2016, à Paris, de la star américaine Kim Kardashian.

Dans la nuit du 2 au 3 octobre, cinq voleurs voyous entrent dans l’hôtel du comte de Pourtalès et réclament « ring » et « money ». Car sur les réseaux sociaux, la bague de fiançailles chapeautée d’un diamant de 18,8 carats estimé à quatre millions de dollars donne des idées à la petite pègre parisienne ( décrite comme des « artistes de 60 à 72 ans »). Le récit est rocambolesque, porté par une Patricia Tourancheau qui pourrait rendre intéressant n’importe quel fait divers. Un délice à lire facilement.

« Kim et les papys braqueurs » de Patricia Tourancheau 240 pages aux éditions du Seuil, 19 €

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« Kaddour » de Rachida Brakni, 197 pages

Il faut l’écouter dans l’émission « Totémic : l’échappée » de Rebecca Manzoni sur France Inter (du vendredi 1e mars) évoquer les mains de son père. L’actrice, chanteuse et metteuse en scène Rachida Brakni, connue pour ses rôles dans Chaos ou Baron Noir, livre ici son premier récit dont l’intensité sied à sa personnalité. Quasi autobiographique le récit puisqu’il s’agit d’un livre sur son père, mort le 15 août 2020, à qui elle rend hommage et tisse le lien qui les unit, elle qui a toujours souhaité « s’extraire de sa condition sans jamais se couper de ses racines ni se renier ».

Le récit bouleversant d’un immigré algérien, père courageux et vénéré, dont la petite histoire façonne la vie de sa fille, l’autrice. Sous la triste difficulté d’un mort du Covid qu’on espère transférer en Algérie pour rejoindre le cimetière de Tipaza, la grande mémoire d’un exilé qui porte la voix de tant d’autres.

« Kaddour » de Rachida Brakni, 197 pages aux éditions Stock, 19,50 €

« L’affaire Rachel » de Caroline O’Donoghue, 368 pages

Si ce livre (The Rachel Incident en VO) est un tantinet plus long que les autres, n’ayez crainte, il se dévore à la même vitesse qu’un petit ouvrage. Caroline O’Donoghue y relate avec un humour grinçant et un style mordant l’histoire de Rachel et James. Elle est hétéro, il est homo. Ils ont la vingtaine, vivent à Cork dans cette Irlande de 2010 frappée par le krach boursier. Ils s’entendent à merveille, partagent un travail dans une librairie et des folles nuits dans les pubs. De simples coloc, ils deviennent meilleurs amis. Que peuvent-ils faire sous ce ciel plombé dans une société où l’économie est en berne ? Projets avortés, petits boulots et luttes des classes sont au rendez-vous de ce roman d’apprentissage, raconté par le personnage principal, Rachel, désormais installée à Londres, qui se remémore son entrée dans l’âge adulte.

Un premier livre cash qui a valu les louanges de la presse à son autrice, déjà comparée à Sally Rooney (Normal People, Conversations entre amis). On rit tout en parlant mensonge, honte, humiliation, avortement et précarité. Un grand livre, drôle, vif, intelligent !

« L’affaire Rachel » de Caroline O’Donoghue, 368 pages aux éditions Mercure de France, traduit de l’anglais par Sylvie Doizelet, 24 €

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« Une demande folle » de Léa Chauvel-Lévy, 200 pages

Autant vous la révéler sans délai, cette demande folle, c’est celle d’un père à sa fille pour effectuer un test de paternité en Suisse. L’attente, qui fait perdre pied à l’autrice, est le moment de tous les doutes, tout y passe, remise en question des souvenirs et de l’enfance, plus grave, de l’amour ? Puis la narratrice devient mère et interroge, d’un nouveau point de vue, le lien filial. Comme fait-on famille est encore une fois la question centrale de cet ouvrage qui interroge un sociologue, un avocat, un juge aux affaires familiales, une ancienne garde des sceaux, un prêtre, pour mieux comprendre.

Un roman court et touchant qui s’interroge sur le les liens du sang et pose l’ultime question : pourquoi se préoccuper de la biologie alors qu’un père (une mère) devrait se définir par la relation qu’il entretient avec son enfant ?

« Une demande folle » de Léa Chauvel-Lévy, 200 pages aux éditions JC Lattès, 20,90 €

« Voltiges » de Valérie Tong Cuong, 240 pages

Comme il est bon, parfois, de se glisser dans de la fiction pure. Nous sommes ici chez les Bauer, couple bleau et « flamboyant » à qui tout réussit. L’homme a un cabinet de conseil à succès et, en plus, c’est un héritier. Leur fille Leni est promise à une brillante carrière de gymnaste. Ils ont tout. Et puis, car il faut bien un rebondissement pour démarrer, Eddie Bauer découvre, alors que son père décède, un frère caché. Premier caillou dans la chaussure. S’ensuit la trahison de son associé et c’est toute son entreprise qui fait faillite. De ce postulat qu’on a déjà lu ailleurs s’ensuit une descente aux enfers inexorable qui se mêle à l’étrange et à la catastrophe climatique : les éléments se déchainent.

L’ancienne chanteuse du groupe pop Quark, Valérie Tong Cuong, continue de délivrer de très bons romans qu’on ne lâche pas. Avec « Voltiges », elle s’intéresse à nos décisions de vie, les chemins qu’on prend et les batailles qu’on mène. Que reste-t-il de nous lorsque le vernis social s’écaille ? Que signifie notre obsession de la réussite ? A-t-on vraiment songé à devenir parent ? A-t-on bien réfléchi à la vie ? Un exercice de liberté à lire facilement.

« Voltiges » de Valérie Tong Cuong, 240 pages aux éditions Gallimard, 20,50 €

« Pleurer au supermarché » de Michelle Zauner, 320 pages

Encore un titre merveilleux (Crying in H Mart en VO). Dans ce roman du pardon et du deuil, la narratrice et autrice conte le décès de sa mère dont l’amour passait avant tout par la nourriture. C’était une femme dure, et exigeante. Michelle Zauner s’en veut pourtant d’avoir perdu peu à peu contact avec elle dès l’adolescence puis d’avoir déménagé à l’autre bout du pays. Son cancer va les rapprocher. Elle écrit : « La culture que nous partagions était active, effervescente dans mes entrailles et dans mes gènes, il fallait que je m’en empare, que je la nourrisse afin qu’elle ne meure pas en moi. » Alors, par la cuisine, elle va raviver le goût de sa mère en même temps que le goût de la vie.

« Depuis que maman est morte, je pleure dans les rayons du H Mart. H Mart est une chaine américaine de supermarchés asiatiques », écrit-elle pour commencer l’ouvrage. Un livre qui se lit avec le cœur, une certaine quête d’identité étant présente, et le ventre, car il raconte le chou transformé en kimchi, le bouillon de pignons de pin dit jatjuk qu’on cuisine pour les malades ou les haricots mungo. On a envie de se prendre un billet direction la Corée environ toutes les six pages. Ce best-seller américain enfin traduit en France est un bonbon, ou devrait-on dire un miyeok-guk ?

« Pleurer au supermarché » de Michelle Zauner, 320 pages aux éditions Bourgois, traduit de l’anglais par Laura Bourgeois, 22 €

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« Les jours mauves » de Kalindi Ramphul, 306 pages

Qui connait Kalindi Ramphul savait que son premier roman serait drôle. Mais peut-être n’imaginait-on pas qu’elle y parlerait de la mort de son père et qu’elle y serait si poignante. C’est l’histoire d’Indira, 30 ans, qui, bien trop éméchée le soir de l’incinération de son père, décide d’honorer la dernière volonté de celui-ci de façon collective et lance l’idée d’un road-trip à toute l’assemblée : « Qui veut m’accompagner balancer papa sur Mars ? » La suite vous dira où se trouve Mars, vous mènera dans mille péripéties à bord d’un car où les dialogues sont autant de prétextes pour remonter le temps, faire son deuil et partir en quête de l’identité (des identités !) de l’héroïne.

C’est l’histoire d’une femme intelligente dont la sensibilité et la politesse ont appris à masquer la peine et la gravité sous une tonne d’humour. Après tout, son père ne le lui a-t-il pas appris ? N’empêche, on ressort mélancolique de cette aventure où, durant 300 pages, on est nous-même un des passagers. Au milieu de cette myriade de personnages – extrêmement bien ficelés – on les observe déjouer les problèmes en s’aimant toujours un peu plus fort. On ne peut qu’applaudir le personnage de la mère à la fois « tragédienne née » et « homme de la situation » puis mourir d’amour pour cet ex au vouvoiement si poétique, Dris, qui raconte un peu du monde bienveillant que s’est construit Indira. On voudrait, encore un peu, rester avec eux.

« Les jours mauves » de Kalindi Ramphul, 306 pages aux éditions JC Lattès, 20,90 €


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