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Mark Niedermann

Evasions // Architecture

Fondation Beyeler : Peter Zumthor signe une extension spectaculaire en Suisse

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À Riehen, près de Bâle, la Fondation Beyeler pousse les murs. Près de dix ans après le lancement du projet, l’institution dévoile une extension imaginée par Peter Zumthor : trois nouveaux bâtiments, un parc agrandi et de nouveaux espaces dédiés à l’exposition, aux événements et à la vie culturelle. Une nouvelle étape pour l’un des musées d’art moderne et contemporain les plus réputés d’Europe.

À l’évocation de la Suisse, la plupart des gens penseront aux grands classiques : les montres, les banques et le chocolat. Mais le territoire helvétique est également une terre promise pour les musées. Parmi ces institutions, la Fondation Beyeler. Véritable Mecque de l’art moderne et contemporain, le musée, installé dans la petite commune de Riehen, a accueilli les plus grands artistes, de Yayoi Kusama à Matisse, en passant par Basquiat, exposant des œuvres prêtées, mais valorisant avant tout les 450 pièces de sa propre collection. Elle inaugurait le 26 septembre 2026 ses nouveaux espaces.

L’ambition derrière cet agrandissement ? Montrer ses chefs-d’œuvre. Lancé il y a dix ans, le projet d’extension, situé sur le parc voisin, acquis en 2011, est un nouvel ensemble qui ne fait pas dans la demi-mesure : trois bâtiments signés Peter Zumthor, un parc doublant la superficie de la fondation et planté d’arbres bicentenaires, un jardin en cours de création par Vogt Landschaftsarchitekten et la réhabilitation des anciennes bâtisses du site. Un projet qui a de quoi faire pâlir les plus grandes institutions mondiales.


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L’histoire d’une success story

Petit retour dans le passé. En 1952 précisément, à Bâle. C’est cette année-là que le couple Ernst et Hildy Beyeler décide de transformer sa librairie et son commerce d’art ancien en galerie. Pendant près de 50 ans, ils évoluent dans l’univers de l’art moderne, constituant parallèlement une collection personnelle qui aboutira à la création de leur fondation en 1982.

Quinze ans plus tard, ils décident de la rendre accessible au public, et le couple ne fait pas les choses à moitié. « Beyeler l’a confié à Renzo Piano, sans concours », nous dit-on à la Fondation Beyeler. Le célèbre architecte imagine alors pour eux un bâtiment de briques et de verre, en constant dialogue avec le parc environnant, ses arbres centenaires et ses bassins. Pour les collectionneurs, l’union entre art, architecture et nature était en effet essentielle au projet, qui allait coûter 60 millions de francs suisses et fut inauguré en 1997.

Vingt-neuf ans plus tard et 16 ans après le décès de celui qui lui donna son nom, la fondation pousse les murs et double de taille.

Le nouvel ensemble élargi de la Fondation Beyeler, le Wyss Museum, conçu par l’Atelier Peter Zumthor. A gauche, Maman de Louise Bourgeois, 1999, (bronze à la patine de nitrate d’argent, acier inoxydable et marbre). Collection The Easton Foundation, New York.
Le nouvel ensemble élargi de la Fondation Beyeler, le Wyss Museum, conçu par l’Atelier Peter Zumthor. A gauche, Maman de Louise Bourgeois, 1999, (bronze à la patine de nitrate d’argent, acier inoxydable et marbre). Collection The Easton Foundation, New York. © The Easton Foundation / 2026

Peter Zumthor fait mouche auprès du jury

Sans surprise, le lancement du concours d’architecture destiné à l’agrandissement de la Fondation Beyeler a attiré de nombreux studios internationaux, dont onze ont au final présenté un projet. Mais pour le jury, notamment composé de Hansjörg Wyss, président de la fondation, mais aussi de Jean Nouvel, la décision est tombée comme une évidence : le projet de Peter Zumthor est choisi à l’unanimité.

« La particularité du projet imaginé par le célèbre architecte était de ne pas se limiter à un grand bâtiment unique, mais de proposer trois édifices de plus petite taille, dotés de fonctions, de formes et de matériaux distincts, qui s’intègrent harmonieusement dans le parc et le paysage environnants », expliquent les équipes.

Acteur majeur de l’architecture contemporaine – un film sur son œuvre réalisé par Wim Wenders et produit par Brad Pitt sortira en novembre –, Peter Zumthor est une figure discrète mais acclamée. Prix Pritzker 2009, il a noté œuvré aux thermes de Vals, pour les hôtels du complexe 7132, en Suisse, et la Secular Retreat, une maison brutaliste isolée dans le hameau de Chivelstone, en Angleterre.

Fondation Beyeler : constellation architecturale

Trois bâtiments pour trois fonctions. Le premier d’entre eux, le Wyss Museum, du nom du président et mécène principal de la fondation, vient répondre aux besoins en termes d’espaces d’exposition avec 1 500 m² créés sur trois étages. Logé entre plusieurs arbres centenaires qu’il était capital de conserver, le bâtiment monolithique construit en pierre locale s’accorde avec les valeurs du couple Beyeler, invitant l’architecture à dialoguer avec le parc de la fondation, mais aussi avec les paysages environnants. Les salles d’exposition offrent ainsi de nombreuses ouvertures sur l’extérieur. On se laisse alors surprendre par une Maman – araignée géante faite de métal signée Louise Bourgeois – trônant au milieu des arbres.

Le second bâtiment, l’Ammanm Pavillon, a lui été pensé comme un lieu de détente pour les visiteurs durant la journée, se transformant en espace événementiel le soir. Les mêmes codes sont ici appliqués, le bâtiment faisant la part belle au verre pour permettre un dialogue constant avec le parc.

L’ensemble élargi de la Fondation Beyeler, l’Ammann Pavillon, conçu par l’Atelier Peter Zumthor.
L’ensemble élargi de la Fondation Beyeler, l’Ammann Pavillon, conçu par l’Atelier Peter Zumthor. © 2026 Calder Foundation

Le dernier bâtiment vient, lui, répondre aux besoins logistiques accompagnant l’agrandissement de la fondation. Baptisé Erlen Torhaus – la porte –, il se développe en sous-sol, reliant le Wyss Museum par un tunnel, et sur trois étages, permettant d’accueillir les œuvres et de préparer les expositions.

Du côté des anciens bâtiments, l’un d’entre eux se transforme en Orangerie, accueillant plantes exotiques et café de spécialité, tandis qu’un second se mue en listening room, où trône fièrement une collection de près de 2 000 vinyles, transformant la fondation en bien plus qu’un simple musée : une destination.

Le coût de ce projet titanesque ? 120 millions de francs suisses pour les travaux et les frais des premières années de fonctionnement.

L’ensemble élargi de la Fondation Beyeler, l’Erlen Torhaus, conçu par l’Atelier Peter Zumthor.
L’ensemble élargi de la Fondation Beyeler, l’Erlen Torhaus, conçu par l’Atelier Peter Zumthor. Katalin Deér

Picasso et Pierre Huyghe sont voisins

Si l’ouverture de ces nouveaux espaces sera progressive – entrées limitées chaque jour et horaires restreints jusqu’au 14 janvier –, dès début 2027, les visiteurs pourront accéder librement à cette extension et découvrir une exposition présentant des pièces phares de la collection de la Fondation Beyeler et d’autres collections privées.

Baptisée « Constellations », elle investit le Wyss Museum : les mobiles d’Alexander Calder, présents en nombre, côtoient des acquisitions plus récentes, telles qu’une série de sculptures de Roni Horn trônant devant un imposant Monet. Pierre Huyghe est lui aussi représenté, tout comme Miró, Picasso ou encore Max Ernst et son tableau L’Ange du foyer, symbole du mouvement surréaliste.

En parallèle, l’ancien bâtiment de Renzo Piano, renommé Musée Beyeler, accueillera une rétrospective de Ruth Asawa dès le 18 octobre, à laquelle succéderont Frida Kahlo et Louise Bourgeois. On vous avait prévenu : à Beyeler, on ne fait pas les choses à moitié.

Le salon, ensemble élargi de la Fondation Beyeler.
Le salon, ensemble élargi de la Fondation Beyeler. Mark Niedermann

Fondation Beyeler
Baselstrasse 101, 4125 Riehen, Suisse
Site internet


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