×
Four Seasons Hotel George V paris palace de luxe
La Tour Eiffel est un invité de choix de ce penthouse exceptionnel.

Hôtels // Evasions

Palaces en France : comment fonctionne (vraiment) la distinction la plus convoitée de l’hôtellerie de luxe ?

  • Evasions>
  • Hôtels>

Tous les trois ans, le même frisson traverse les couloirs capitonnés des grands hôtels français. Derrière les bouquets monumentaux, les suites présidentielles et les conciergeries millimétrées, une autre bataille se joue : celle de la distinction Palace.

Créé en 2010 pour distinguer l’élite des établissements cinq étoiles français, ce label d’État reste l’un des plus opaques (et des plus désirés) du monde du luxe. De nouveaux noms viennent de rejoindre le club très fermé des Palaces de France, annoncé ce mardi 2 juin par Serge Papin, ministre des Petites et moyennes entreprises. Certains monuments viennent au contraire d’en sortir car depuis quelques mois, les règles du jeu se sont encore durcies.⁠


Lire aussi : Four Seasons Hotel George V : le plus exceptionnel des palaces parisiens ?


Les Palaces de France et leurs rumeurs…

Le prochain palmarès des Palaces de France vient d’être officiellement dévoilé officiellement. À Paris, trois hôtels remporte le Graal : le Bulgari Hotel, incarnation ultra-contemporaine du luxe romain version avenue George-V, l’Hôtel Fouquet’s, dont le retour en grâce auprès de la clientèle internationale nourrit les spéculations, et le Cheval Blanc qui semble avoir été créé pour ce propos. A l’est, le Royal Champagne devient le premier hôtel de la région à se voir offrir la distinction palace alors que le Four Seasons Megève donne enfin à la station une raison de s’élever devant Courchevel, déjà bien pourvue de palaces. Enfin, dans le sud, c’est le Martinez qui donne à Cannes une raison d’être fier.

Dans le petit monde de l’hôtellerie de prestige, obtenir la distinction Palace n’a pourtant rien d’une évidence. Être un excellent cinq étoiles ne suffit pas. En France, le Palace est pensé comme une catégorie à part, presque émotionnelle. Une forme d’excellence à la française que l’État lui-même encadre.

Créée en 2010, la distinction vise à récompenser des hôtels jugés exceptionnels par leur service, leur histoire, leur architecture, leur localisation ou encore leur capacité à faire rayonner l’art de vivre français à l’international. Mais les critères ont récemment été revus à la hausse, signe que le très haut de gamme français cherche désormais à se repositionner face à une concurrence mondiale devenue féroce.

L’hôtel Bvlgari deviendra-t-il un Palace ?
L’hôtel Bvlgari deviendra-t-il un Palace ? Bvlgari

Un label d’État devenu encore plus exigeant

Contrairement aux étoiles hôtelières classiques, attribuées selon une grille technique relativement objective, la distinction Palace comporte une part de subjectivité assumée. Pour candidater, un établissement doit déjà être classé cinq étoiles. Ensuite seulement commence le véritable examen.

Les nouvelles règles renforcent considérablement les exigences. Désormais, un hôtel nouvellement créé doit avoir au minimum vingt-quatre mois d’activité avant de pouvoir déposer sa candidature, contre douze auparavant. Pour un établissement ayant subi une rénovation totale avec fermeture longue durée, le délai passe à douze mois, contre six précédemment.

Les chambres aussi sont concernées. Toutes devront désormais afficher une superficie minimale de 26 m², sanitaires compris, quelle que soit leur capacité d’accueil. Jusqu’ici, les standards différaient selon qu’il s’agissait d’une chambre simple ou double. Une tolérance demeure toutefois : jusqu’à 10 % des chambres peuvent être légèrement inférieures à cette surface minimale.

Autre changement majeur : la distinction Palace n’est désormais accordée que pour trois ans, contre cinq auparavant. Une manière de maintenir une pression constante sur les établissements distingués. Les hôtels ayant engagé leur procédure de renouvellement avant expiration conserveront néanmoins temporairement leur distinction tant que leur dossier sera jugé recevable.

Même la composition de la commission d’attribution a été repensée. Aux côtés du sous-directeur du tourisme et du directeur général d’Atout France siègent désormais douze personnalités qualifiées issues de secteurs extrêmement ciblés : guides internationaux spécialisés dans le luxe, opérateurs de voyage ultra-premium, experts de la gastronomie, de l’architecture, du design, de l’artisanat d’art ou encore représentants de la clientèle internationale haut de gamme.

Le message est limpide : le Palace ne doit plus seulement être un hôtel exceptionnel. Il doit devenir une référence mondiale crédible face aux standards américains, moyen-orientaux ou asiatiques.

Les critères qui font (ou défont) un Palace

Le fantasme du Palace repose souvent sur les dorures, les spas monumentaux ou les suites à cinq chiffres la nuit. En réalité, les critères d’évaluation sont beaucoup plus précis, et parfois presque industriels.

Les performances économiques de l’établissement entrent désormais dans l’équation. Taux d’occupation, prix moyen par chambre ou revenu généré sont comparés à ceux des autres hôtels cinq étoiles de la même destination. Le ratio employés par chambre fait également office d’indicateur clé : à Paris, un Palace doit quasiment compter deux salariés et demi par clé pour maintenir le niveau de service attendu.

L’emplacement joue lui aussi un rôle décisif. Un Palace doit être implanté dans un environnement jugé exceptionnel, qu’il s’agisse d’une perspective monumentale, d’un site classé ou d’un paysage remarquable. L’architecture fait l’objet d’une attention toute particulière. Un bâtiment historique classé, une signature contemporaine spectaculaire, un décor conçu par un architecte d’intérieur reconnu ou encore la présence d’œuvres d’art participent directement à l’évaluation finale. Le nombre de suites constitue également un marqueur fort. Environ 20 % des chambres doivent correspondre à des suites, définies soit par une superficie minimale de 60 m², soit par la présence d’un salon séparé. Cette générosité spatiale est considérée comme le signe d’un service hautement personnalisé.

Mais ce qui distingue réellement un Palace français reste peut-être l’importance accordée à l’expérience humaine. Le jury observe la rapidité du service, la capacité à anticiper les besoins, l’existence d’une conciergerie et d’un room service opérationnels 24 heures sur 24, ou encore l’attention portée aux familles.

La restauration pèse aussi lourd dans la balance. Restaurant gastronomique reconnu internationalement, cave remarquable, bar signature : l’offre culinaire fait partie intégrante du récit Palace. À cela s’ajoutent désormais des critères liés au développement durable et à la digitalisation. Gestion énergétique, politique sociale, valorisation de l’apprentissage, limitation de la sous-traitance, domotique des chambres ou dématérialisation du parcours client sont désormais examinées avec attention.

Le Plaza Athénée conservera-t-il sa distinction ?
Le Plaza Athénée conservera-t-il sa distinction ?

Les rétrogradations qui ont secoué le luxe français

Cette année, le sujet a pris une tournure presque politique. Pour la première fois depuis la création du label Palaces de France, plusieurs établissements prestigieux ont perdu leur distinction Palace. À Paris, le Park Hyatt Paris-Vendôme et le Mandarin Oriental Paris ont été rétrogradés au rang de simples cinq étoiles. À Saint-Tropez, l’Hôtel Byblos ne figure également plus parmi les établissements distingués. Dans les faits, les raisons exactes restent rarement détaillées publiquement. Mais ces rétrogradations traduisent une réalité plus large : le niveau d’exigence a changé. Le luxe hôtelier ne se contente plus d’une adresse prestigieuse ou d’une clientèle célèbre. Il exige désormais une excellence permanente, presque démonstrative.

La nouvelle a provoqué un choc discret mais réel dans le secteur. Car perdre la distinction Palace ne signifie pas seulement perdre un titre. Pour ces hôtels, c’est aussi un enjeu d’image, de recrutement et de positionnement international auprès d’une clientèle ultra-premium devenue extrêmement volatile.

Aujourd’hui, la France compte encore une poignée d’établissements officiellement distingués Palace, entre Paris, la Côte d’Azur, les Alpes ou Saint-Barthélemy. Un club fermé où l’on retrouve aussi bien des monuments historiques que des hôtels contemporains devenus vitrines du luxe mondial.

Notre avis sur les Palaces de France

Notre avis sur le Four Seasons Paris George V
Notre avis sur le Four Seasons Paris George V
Notre avis sur le Meurice
Notre avis sur le Meurice
Notre avis sur le Bristol
Notre avis sur le Bristol Franck Bohbot.

 

Notre avis sur l’hôtel Martinez
Notre avis sur l’hôtel Martinez JF Romero
Voir plus d’articles sur le sujet
Continuer la lecture