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Profondément ancré dans la culture chinoise depuis deux siècles, le Mahjong a fait du chemin depuis son apparition. Il séduit désormais autant les réseaux sociaux que les marques de luxe, qui se réapproprient ce jeu devenu un symbole de stratégie et de lenteur.
Pendant longtemps, le Mahjong évoquait avant tout les réunions familiales et les salles de jeux feutrées de Hong Kong. Mais s’il y a bien un jeu « in » en 2026, c’est sans aucun doute celui-ci. Le jeu de tuiles connaît un retour inattendu : des clubs de New York à ceux de Paris, en passant par les cafés branchés du monde entier, les sites de jeux gratuits (ou payants), les vidéos TikTok ultra-esthétiques et les sets design pensés comme de véritables objets de décoration.
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Le Mahjong en majesté
Aux États-Unis, les recherches relatives au Mahjong connaissent un boom. TikTok n’y a pas échappé : les vidéos consacrées au jeu, à son histoire et à ses règles se comptent par milliers, et leurs vues par millions. Sur celles montrant des parties, les gestes précis des joueurs, les tuiles nacrées et les cliquetis fascinent. Dans plusieurs capitales asiatiques et villes américaines, les clubs de Mahjong sont devenus des lieux d’échange social perpétuant son héritage culturel.
Bien avant de devenir instagrammable, le jeu, dont l’origine reste un sujet de débat, est apparu en Chine vers la fin du XIXe siècle, sous la dynastie Qing, avant de se développer chez les commerçants et dans les maisons de thé. Ultra-populaire à Shanghai, il est rapidement adopté à Hong Kong, à Taïwan, au Japon, puis aux États-Unis dès les années 1920. Une décennie durant laquelle Abercrombie & Fitch aurait vendu 12 000 sets de Mahjong.
Depuis, il se joue traditionnellement à quatre personnes autour d’une table recouverte de 144 tuiles ornées de symboles, même si de nombreuses variantes existent selon les pays. Au XXe siècle, il est associé aux salles de jeu enfumées, voire à une esthétique jugée « vieillotte ». Les non-initiés ont notamment pu le découvrir dans les films de Wong Kar-wai, dont le culte « In the Mood for Love » (2000), situé à Hong Kong dans les années 1960. Parmi les films asiatiques ayant eu le plus de succès à l’international ces dernières années figure aussi « Crazy Rich Asians » (2018), porté par Michelle Yeoh et Constance Wu. En mettant en scène une salle de Mahjong où toutes les joueuses sont des femmes, le film a contribué à faire découvrir le jeu à certains cinéphiles. La même année, Julia Roberts révélait, sur le plateau de l’émission « The Late Show with Stephen Colbert », y jouer une fois par semaine avec ses amies.
Mahjong : de la table de jeu à l’objet lifestyle
Plus de cent cinquante ans après sa création, le Mahjong a dépassé le statut d’objet traditionnel pour devenir l’un des accessoires les plus désirables du moment. Des sets et coffrets minimalistes se trouvent désormais facilement sur les sites de marques spécialisées comme Oh My Mahjong et The Mahjong Line.
Le luxe s’en empare aussi. Louis Vuitton célèbre le jeu avec un vanity inspiré du Mahjong, présenté comme « un sublime objet de décoration qui sublimera vos intérieurs ». Derrière ses deux serrures et ses six tiroirs, le set se dévoile à condition de débourser 55 000 euros. Hermès propose, de son côté, un jeu en acajou massif « pour offrir aux joueurs ces sonorités si attendues », ajoute la marque de luxe, qui le vend à 10 600 euros. On reconnaît sa signature grâce au couvercle gainé de cuir.
Si l’on ne souhaite pas dépenser plusieurs milliers d’euros, une autre forme de prestige se développe, surtout à New York. Certains clubs et bars branchés proposent des soirées Mahjong et cocktails pour lesquelles il faut débourser quelques dizaines de dollars minimum.
Un jeu qui se pratique à tout âge, en solitaire ou en club
En France, les soirées mondaines liées au Mahjong n’existent peut-être pas encore, mais la pratique en club compte un certain nombre d’adeptes, avec 950 joueurs licenciés.
Solenn, 32 ans, l’a découvert en décembre 2025 lors d’un voyage en Chine. Partie deux semaines pour suivre des cours de tai-chi, elle se met en parallèle à pratiquer le Mahjong et à en apprendre les rudiments, « une version simple, sans comptage de points ». Peu adepte des jeux comme les échecs, elle se passionne pourtant pour celui-ci, qui allie « stratégie et hasard ».
« Ce n’est pas forcément le plus fun, mais j’aime son côté réflexion », partage-t-elle. De retour à Paris, elle s’inscrit au Magic Mahjong Social Pung, dans le 9e arrondissement, apprend les règles MCR, les « règles officielles chinoises », et, six mois plus tard, les explique avec une pédagogie parfaite. La trentenaire se rend au club chaque lundi soir pendant trois heures. Autour des tables se mélangent joueurs expérimentés, débutants, trentenaires, retraités, Français, Européens et membres de la diaspora asiatique. « Je vais peut-être commencer à faire des tournois », ajoute-t-elle, avec l’intention de conserver cette pratique comme loisir et de ne pas jouer pour de l’argent.
En parallèle du rendez-vous hebdomadaire — aussi important pour elle que le temps consacré aux sorties cinéma et expositions —, un groupe WhatsApp s’est formé, permettant à ceux qui le souhaitent de se retrouver en dehors des heures de pratique pour boire un verre.
Pourtant, en 2026, il n’est pas forcément nécessaire de se rendre dans un club pour y jouer. Le Mahjong se pratique à tout âge : millennials, Gen Z et retraités s’y retrouvent. À 77 ans, Christiane n’a jamais mis les pieds en Chine. Elle est tombée sur une version en ligne du Mahjong par hasard, il y a quelques années, et en a fait son passe-temps favori.
Elle y joue tous les jours, seule, sur son téléphone ou son ordinateur, « pendant que le repas cuit » ou dès qu’elle a « un moment pour soi ». « Persuadée que ça stimule la mémoire », elle aime le défi de chaque partie et la concentration qu’elle requiert. Réflexion, anticipation et maîtrise technique sont nécessaires pour progresser. L’Alsacienne n’a pas réussi à convaincre son époux et ses amies de s’y mettre, mais apprécie le jeu en solitaire autant que ses séances à la salle de sport.
Le retour du temps long
Ce revival n’est pas un hasard et raconte quelque chose de notre époque post-pandémie. Loin de la sursollicitation imposée par les smartphones, les réseaux sociaux et le scrolling permanent entre deux notifications, patience et observation sont de mise pour devenir maître du Mahjong.
Au-delà de la fascination esthétique aperçue sur les réseaux sociaux, les sites marchands et jusque dans les enseignes de luxe, le jeu semble répondre à une autre aspiration contemporaine : le besoin de retrouver de l’attention, un certain rapport au temps long et une forme de luxe devenue rare.
