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sumo le grand retour à paris
Gros plan sur la saisie du mawashi pendant un effort intense entre deux lutteurs (Damien à droite) au club Paris Sumo a Paris, France, le 17 decembre 2023.
Daniel Dorko

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Le retour fracassant du sumo à Paris

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Vénérés dans tout le Japon, les sumotoris débarquent à Paris pour un tournoi légendaire, l’occasion de rappeler que derrière le folklore se dresse une vraie tradition millénaire qui inspire aujourd’hui aussi bien les grands photographes que les marques de luxe.

Ils s’appellent Hōshōryū ou Ōnosato et sont de véritables stars au Japon. Presque inconnus en France, ils débarquent pourtant à l’Accor Arena de Paris les 13 et 14 juin pour un grand tournoi. Petit-neveu du légendaire Asashōryū, Hōshōryū impressionne par sa vitesse, sa technique et son tempérament explosif. Face à lui, Ōnosato incarne la nouvelle génération : un colosse japonais devenu yokozuna (le titre suprême décerné à ceux ayant remporté un grand nombre de combats) à une vitesse record, symbole du renouveau national du sumo.


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Le grand retour du sumo à Paris

« C’est un peu comme si Nadal et Federer venaient faire un match d’exhibition », nous apprend Thibaud Ricci, président de Paris Sumo, l’un des trois clubs français qui pratiquent cet art. « Les vrais tournois se pratiquent durant les mois impairs. Ce genre d’événement sert à promouvoir cette pratique, tout en évitant aux sumotoris de se blesser. L’élite sera là, mais il s’agit d’un cadre bien plus ludique que compétitif. »

Né il y a plus de mille ans, cet art martial puise ses origines dans les rites shintoïstes. Longtemps pratiqué pour honorer les divinités et assurer de bonnes récoltes, ce sport sacré conserve aujourd’hui encore une forte dimension spirituelle : purification au sel, gestes codifiés et combats disputés sur un cercle d’argile appelé dohyō. Plus qu’une simple lutte, le sumo est un art de vivre fondé sur la discipline, la hiérarchie et le respect des traditions. Après plus de trente ans d’absence en France, le retour des sumotoris à Paris prend ainsi des allures d’événement culturel autant que sportif. Un retour en grâce pour une discipline que l’on avait quittée lorsque Jacques Chirac rendait les clés de l’Élysée.

Un extrait de l’exposition « Sumo, forces sacrées » de Bruno Aveillan.
Un extrait de l’exposition « Sumo, forces sacrées » de Bruno Aveillan. Bruno Aveillan - TimpelPictures

Pas de chichi

Grand amoureux du Japon, l’ancien président de la République était aussi un immense passionné de sumo, au point d’en devenir l’un des meilleurs ambassadeurs en France. Il assistait régulièrement aux grands tournois japonais et avait même créé en 2000 la « Coupe de l’amitié franco-japonaise », remise aux vainqueurs. À l’Élysée, il regardait les combats pendant des heures, fasciné par la dimension spirituelle de ce sport ancestral.

Longtemps relégué à un folklore qui prête (parfois) à sourire, cet art a pourtant exercé la même fascination sur Bruno Aveillan, un artiste visuel et photographe qui, en juin 2025, a eu la chance de photographier ces lutteurs japonais dans leur club de Tokyo, le Naruto-beya, l’écurie du maître Kotoōshū Katsunori : « J’ai été réellement sidéré par l’intensité, la puissance et leur abnégation. C’est une discipline qui dépasse tout. Elle vient questionner notre regard occidental sur le confort, les limites, le corps et même le danger. C’est quelque chose d’incroyablement puissant. »

Ses clichés, exposés à la Maison de la culture du Japon à Paris jusqu’au 26 septembre, nous montrent les athlètes en toute intimité : « Ils vivent ensemble, dorment ensemble, mangent ensemble, avec des codes et des rituels inaliénables. C’est une véritable vie en communauté, un peu comme des moines. Et j’avoue avoir aussi été surpris de voir que ces mêmes hommes qui se lèvent à 4 heures du matin pour un entraînement d’une puissance absolue, d’une difficulté extrême, peuvent ensuite, à midi, se retrouver à se faire coiffer avec une précision millimétrée, à faire des étirements qui évoqueraient presque les danseuses du Ballet de l’Opéra de Paris. Il y a énormément de délicatesse, une forme d’élégance même, qui cohabite totalement avec ce déchaînement physique, cette violence charnelle. C’est justement cette dichotomie qui m’a intéressé : cette coexistence entre une brutalité physique extrême et une grâce inattendue. »

Les photographies de Bruno Aveillan s’exposent à Paris.
Les photographies de Bruno Aveillan s’exposent à Paris. Bruno Aveillan - TimpelPictures

Sumo : à bas les idées reçues

Si, dans l’imaginaire commun, le sumo est un Japonais obèse coiffé d’un chignon, la réalité est on ne peut plus nuancée. C’est ce que l’on découvre dans les images d’une autre exposition au concept store His Paris, où les photographies de Daniel Dorko s’immiscent dans les coulisses du club Paris Sumo de Thibaud Ricci. On y découvre sa vingtaine d’adhérents aux profils et physionomies plus que variés, bien loin des clichés : « Le sumo est souvent mal compris, parce qu’on imagine que c’est uniquement un sport d’obèses », analyse Thibaud Ricci, qui prépare actuellement les championnats d’Europe qui se dérouleront en Écosse le 26 juin. « Certaines personnes en surpoids viennent en pensant avoir un avantage, alors qu’elles n’ont pas du tout le niveau physique nécessaire et se font littéralement détruire dès la première séance. À l’inverse, beaucoup de gens qui auraient totalement le niveau physique et technique n’osent pas essayer parce qu’ils pensent que ce n’est pas fait pour eux, ce qui est complètement faux. »

En réalité, pratiquer le sumo demande une qualité première : la souplesse, et est même ouvert à la pratique féminine. « Tous les sumotoris savent faire le grand écart. Ça les préserve des blessures et leur permet d’avoir un centre de gravité assez bas. Le sumo n’a rien de si différent d’autres disciplines de combat. Je dirais que c’est un mélange de rugby, parce qu’on s’élance de toute sa puissance au début du combat, de lutte, parce que c’est un sport de préhension et de saisie du corps de l’adversaire, et de judo, qui est sans doute l’art martial le plus proche de nous. »

Les membres effectuent l’exercice du shiko pendant l’entrainement du club Paris Sumo à Paris, le 1er fevrier 2026.
Les membres effectuent l’exercice du shiko pendant l’entrainement du club Paris Sumo à Paris, le 1er fevrier 2026. Daniel Dorko

Une pratique qui a donc le vent en poupe et qui attire les grandes marques, à l’instar de Tudor, qui vient de signer un partenariat avec la Japan Sumo Association. On pourra retrouver son logo lors du tournoi à l’Accor Arena, mais pas question pour autant de diffuser des spots publicitaires sur écran géant : « On perpétue une tradition qui consiste à mêler les apports modernes aux traditions visuelles du sumo », nous indique Thibaud Ricci. « Les annonceurs achètent des bannières publicitaires brodées, qui sont ensuite portées par des porteurs en tenue protocolaire traditionnelle.

Au Japon, ces porteurs font le tour du dohyō avant les combats. Il existe un forfait fixe pour chaque bannière et les marques choisissent ensuite le combat qu’elles veulent sponsoriser. Évidemment, si vous sponsorisez le dernier combat de la journée, avec deux yokozuna, vous êtes sur le moment le plus regardé du tournoi. Mais certaines marques préfèrent aussi miser sur des lutteurs très populaires programmés plus tôt dans la journée, pour une autre logique de visibilité. C’est assez drôle de voir parfois cinq bannières McDonald’s défiler, portées par des personnes habillées en costumes traditionnels, au cœur d’un cérémonial extrêmement codifié. C’est leur manière à eux d’intégrer la publicité dans les tournois de sumo. » Parce que même chez les sumotoris, il faut savoir vivre avec son temps.


Tournoi de Paris de Sumo, 13 et 14 juin 2026 à l’Accor Arena.

« Paris Sumo » chez His Paris, du 2 au 30 juin 2026, 2 rue du Renard, 75004 Paris
« Sumo, forces sacrées » de Bruno Aveillan, exposée à la Maison de la culture du Japon à Paris, du 9 juin au 26 septembre 2026, 101 bis quai Jacques-Chirac, 75015 Paris


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