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MONTE-CARLO, MONACO - MAY 17: Jean-Eric Vergne of France driving the (25) Citroen Racing e-CX on track during practice, ahead of the Monaco E-Prix, Round 10 of the 2026 FIA Formula E World Championship at Circuit de Monaco on May 17, 2026 in Monte-Carlo, Monaco. (Photo by Jordan McKean/LAT Images)
Jordan McKean/LAT Images

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La Formula E est-elle le futur (silencieux) de la F1 ? Prise de température au E-Prix de Monaco

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Quelques semaines avant la course Reine, les rues de Monaco accueillent le championnat du monde de Formula E pour un « double header », soit deux E-Prix en un. Nous étions de la partie avec le team Citroën histoire de voir si, même sans rugissements de moteurs, cette discipline à part électrise les fans.

Les rues du Rocher sont fermées, les gradins installés, la signalétique guide le public : sous un soleil presque estival, l’ambiance est bon enfant, tranquille, pour ce week-end de Formula E. Bien loin de la fièvre du Grand Prix de F1 le plus select du monde. Les billets démarrent à 35 € et restent accessibles à tous. Au total, 40 000 spectateurs se sont déplacés et, à vue d’œil, les tribunes sont remplies aux deux tiers, tandis que le week-end de F1 draine plus de 200 000 personnes. Forcément, l’enjeu n’est pas le même pour la discipline 100 % électrique, qui cherche sa place au soleil dans l’ombre de la discipline reine.


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Formula E : l’autre course

Ici, pas de sponsoring LVMH, pas de loges ultra-VIP au prix d’un appartement à l’année, mais tout de même quelques pilotes de Formule 1 se fendent d’un tour des stands, comme le champion du monde Lando Norris, Carlos Sainz Jr., Nico Hülkenberg ou Gabriel Bortoleto. Un peu de glam en plus pour une discipline qui avait bénéficié, il y a quelques années, de l’attention de Leonardo DiCaprio himself avec son documentaire « And We Go Green », montées des marches à Cannes comprises. À propos de green, notons que le bilan carbone du championnat se veut exemplaire, juste quelque peu terni par l’usage de générateurs fonctionnant à l’huile végétale recyclée pour ses épreuves dans les pays sans énergie électrique renouvelable.

Carlos Sainz Jr. et sa compagne lors du E-Prix de Monaco.
Carlos Sainz Jr. et sa compagne lors du E-Prix de Monaco.

Pourtant, si, à quelques exceptions près (le Français Jean-Éric Vergne chez DS Penske), les pilotes ne sont pas les plus connus du grand public, ils ne manquent pas de mérite, avec des courses demandant au moins autant de qualités de stratège que de pilotage pur. « L’approche de course est très différente, le pilote doit faire une grosse partie du boulot pour la gestion d’énergie et c’est une autre vision de la course », résume Doriane Pin, pilote d’essai de l’équipe aux Chevrons depuis quelques semaines et jeune espoir féminin du sport auto.

Car la Formula E est une discipline hautement complexe, entre la gestion de la batterie, les contraintes de course (Attack Mode à utiliser, recharge express Pit Boost de 600 kW pour récupérer 10 % de batterie en 30 secondes) et la gestion, à chaque virage, de la répartition entre régénération et freinage. La stratégie y est si cruciale que la communication radio entre chaque pilote et son ingénieur de course se fait en langage codé afin de garder le secret face aux autres équipes, potentiellement indiscrètes.

Doriane Pin.
Doriane Pin. Joao Filipe / DPPI

382 dépassements

Dans une course, le leadership change en permanence et pas moins de… 382 dépassements ont émaillé le week-end monégasque. Autant dire qu’il vaut mieux avoir un écran et de bons commentaires dans les oreilles pour suivre ! Une moyenne de 33 millions de téléspectateurs cumulés aurait suivi la saison dernière, selon les organisateurs.

Quel autre championnat permet à une équipe de gagner dès sa deuxième course, comme Citroën au Mexique cette année ? Comme dans une formule monotype où les voitures sont quasi identiques (le moteur principal étant la seule grande spécificité technique propre à chaque équipe), la Formula E donne sa chance à tous. À condition d’avoir un bon team manager et des pilotes affûtés, rompus à l’exercice. De quoi attirer des constructeurs comme DS, Citroën, Porsche, Jaguar ou Nissan, pour un budget accessible face aux disciplines reines, avec un maximum autorisé de 25 millions d’euros — soit dix fois moins qu’en F1 pour les dépenses impactant les performances.

« Nous sommes très contents d’être enfin revenus dans le sport automobile », nous explique Xavier Chardon, CEO de Citroën. « Le propre de Citroën est d’aller là où on ne nous attend pas. La Formula E est un banc d’essai fantastique pour faire progresser notre électrification. Nous venons chercher de l’exposition, de la notoriété, mais aussi une plateforme pour redonner de la fierté à nos équipes en interne. » Pour ce week-end-là, pas de chance pour les pilotes de la marque française : ce sont Nyck de Vries (Mahindra Racing) et le champion du monde en titre Oliver Rowland (Nissan Formula E Team) qui ont remporté les deux manches sur le Rocher.

Nick Cassidy (Nouvelle-Zélande) de Citroën Racing se prépare à prendre la piste.
Nick Cassidy (Nouvelle-Zélande) de Citroën Racing se prépare à prendre la piste. Photo by Simon Galloway/LAT Images

Des accélérations plus fortes qu’en F1

Les performances des monoplaces électriques sont imbattables de 0 à 100 km/h, avec seulement 1,82 seconde, soit quelques dixièmes de moins qu’une F1 ! Mais sur un tour de piste du circuit de Monaco, emprunté par les deux disciplines, une FE demande une vingtaine de secondes supplémentaires pour boucler un tour de qualifications dans les rues étroites de la principauté. Et cela se voit depuis notre terrasse panoramique, face au port, devant la portion de piste entre la Piscine et la Rascasse. Quant au sifflement des moteurs, aussi puissant soit-il, il ne peut évidemment pas rivaliser, en termes d’intensité, avec les sensations offertes par des cylindres, même hybridés. Mais au-delà de la puissance, un des facteurs limitants majeurs reste le choix de pneus étroits et sculptés. Cependant, avec le changement de fournisseur l’an prochain, cet aspect devrait évoluer.

Cela coïncidera avec l’arrivée de la GEN4, prochaine génération autrement plus performante avec ses quelque 815 ch (contre 470 ch maximum aujourd’hui), répartis via une transmission intégrale permanente, 335 km/h en pointe et 954 kg sur la balance. Quant à la capacité de régénération au freinage, avec 700 kW, elle dépasse la puissance délivrée à l’accélération ! Avec la génération actuelle GEN3 EVO, la régénération constitue déjà 50 % de l’énergie utilisée en course, de quoi alimenter une maison pendant deux jours en seulement 45 minutes.

David Coulthard, qui connaît son affaire, a emmené une GEN4 en démonstration sur l’asphalte monégasque : « La première fois que j’ai passé le tunnel, j’avais l’impression d’être dans l’hyperespace, dans Star Wars ! Je suis passé là des milliers de fois, mais jamais comme ça… »

Sans aller jusqu’aux sommets que représentent la F1 et ses circuits de légende, voilà de quoi redonner un sacré piment à ce championnat composé de 17 épreuves, courues souvent en centre-ville. Il ne manque plus — comme en F1 d’ailleurs — qu’un E-Prix de France… Le patron de Stellantis Motorsport, Olivier Jansonnie, plus qu’un retour à Paris, verrait bien Versailles comme hôte de prestige pour une épreuve tricolore. Rendez-vous en 2027 ?

 

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