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Courbelin : une marque horlogère endormie réveillée par une famille de passionnés

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Redonner vie à une maison horlogère disparue n’est jamais un simple exercice de nostalgie. Avec Courbelin, la renaissance passe par une découverte inattendue sur une brocante niçoise, un coup de foudre partagé entre un père et sa fille et une volonté commune de prolonger l’audace d’une marque qui, dès les années 1960, imaginait déjà des montres de plongée destinées aux femmes.

Les histoires de transmission familiale ont ceci de particulier qu’elles se racontent rarement comme on aurait pu l’imaginer. On les croit verticales, préparées, presque mécaniques : un père ou une mère lègue, un enfant reçoit. En réalité, les règles de la transmission sont parfois soumises à celles du hasard. Elles se répondent. Elles se réinventent parfois à la faveur d’un détail auquel personne n’avait prêté attention. Dans le cas de Courbelin, ce détail avait la taille d’une montre.


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Courbelin : une découverte qui relance une maison horlogère oubliée

L’histoire commence loin des salons parisiens et des lancements savamment orchestrés à Genève ou dans la Vallée de Joux. Sur une brocante du sud de la France, à Nice précisément, l’expert horloger et CEO d’Antiquorum, Romain Réa, repère une pièce singulière, comme il arrive parfois aux passionnés d’en dénicher une au premier regard. Une montre Courbelin de la fin des années 1960. Son diamètre intrigue : 33,5 millimètres. Son intention davantage encore. À rebours des conventions de son époque, cette montre de plongée de taille « garçonnet » semble avoir été pensée pour les femmes ou pour les enfants. Une anomalie ? Non, une précurseure.

Romain Réa l’offre à sa fille, Manon, qui n’a pas encore 20 ans. Entre le père et la fille, le coup de foudre partagé pour cette montre au design très attachant est immédiat. Cette montre ancienne devient alors beaucoup plus qu’un objet. Elle ouvre une conversation entre deux générations, réveille la mémoire d’une maison disparue et fait naître une idée un peu folle : redonner vie à Courbelin, emportée comme tant d’autres marques indépendantes par la déferlante du quartz dans les années 1970 et 1980.

La famille Réa.
La famille Réa.

Une marque visionnaire qui imaginait déjà des montres de plongée pour femme

À l’heure où l’horlogerie cultive volontiers ses mythologies avec plus ou moins de vérité historique, cette renaissance possède quelque chose de plus touchant, de plus sincère, de plus vrai. Elle ne repose ni sur la nostalgie ni sur la reconstitution d’un storytelling artificiel. Elle naît d’une émotion face à l’intelligence d’une création oubliée.

Car bien avant son silence, Courbelin semblait déjà avancer à contretemps. Fondée dans les années 1930, la maison accompagne d’abord l’élégance de son époque avec des montres féminines aux influences Art déco et des mouvements de forme signés. Dans les années 1940 et 1950, elle élargit son répertoire avec des chronographes masculins empreints d’une discrétion raffinée.

Puis vient le tournant des années 1960. Alors que la plongée demeure l’univers des professionnels, des commandos et des aventuriers, Courbelin imagine une rare montre de plongée pour femme. Une initiative peu commune. Et une manière d’adresser un hommage silencieux à celles qui découvrent alors les plaisirs de la plongée de loisir et investissent un territoire encore largement masculin.

On parlerait aujourd’hui de vision. À l’époque, c’était peut-être simplement une forme de liberté. C’est précisément cette liberté que Romain et Manon Réa choisissent de prolonger. « Nous voulons que cette énergie, cette exigence perdurent et que nos créations vivent avec leur époque », explique la jeune Manon Réa, encore étudiante.

La Nouvelle Plongée, coloris « Origine ».
La Nouvelle Plongée, coloris « Origine ».

Nouvelle Plongée : la première collection de la renaissance Courbelin

L’enjeu, ici, n’est pas de reproduire le passé ni de céder à la nostalgie devenue argument marketing. Il s’agit plutôt de remettre en mouvement un héritage. « Notre ambition est de faire revivre une maison oubliée avec un projet audacieux, engagé, actuel et respectueux de sa filiation horlogère suisse », poursuit Romain Réa.

Cette nouvelle étape prend aujourd’hui la forme de Nouvelle Plongée, première collection de la maison renaissante (1 880 euros TTC). Une montre automatique équipée d’un mouvement Sellita SW200, Swiss Made, unisexe et pensée pour accompagner celles et ceux qui refusent les catégories trop étroites.

Le détail le plus révélateur de cette philosophie se niche peut-être dans une décision presque imperceptible : faire évoluer le diamètre historique de 33,5 à 35,5 millimètres. Deux millimètres seulement… mais deux millimètres qui suffisent à imaginer un objet destiné à tous les poignets.

Autour de ce cœur battant gravitent d’autres attentions : huit variations chromatiques comme autant de tempéraments, deux bracelets pour accompagner différents moments de vie, la résurrection d’un procédé des années 1970 consistant à sceller la lunette dans la résine afin d’obtenir une profondeur visuelle singulière, ou encore le choix de partenaires français engagés dans une approche plus responsable des matières.

Autant de gestes qui dessinent une vision cohérente sans jamais prendre le pas sur l’essentiel. À noter la gravure d’une plongeuse en relief et polie miroir sur le fond de boîte, comme un clin d’œil aux montres des années 1960 qui arboraient souvent ces signes distinctifs. On apprécie également les bracelets de type Tropic réalisés sur mesure en caoutchouc FKM ainsi que les écrins fabriqués en partie à partir de déchets de coquillages recyclés.

La renaissance de Courbelin démontre qu’une montre oubliée peut traverser les décennies et susciter, chez un père et sa fille, un bel enthousiasme ; que le patrimoine n’a de sens que s’il est réapproprié, discuté, aimé à nouveau.

Avec Manon et Romain Réa, Courbelin a trouvé davantage qu’une stratégie de relance : une raison de repartir, dans une industrie qui parle volontiers de transmission sans toujours l’incarner. Au fond, la plus belle promesse de l’horlogerie n’a jamais consisté à mesurer le temps. Elle réside parfois dans sa capacité à le relier.

Une partie de la famille Nouvelle Plongée.
Une partie de la famille Nouvelle Plongée.

Site internet de Courbelin


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