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Voyage

Conditions extrêmes : on a testé l’école d’explorateurs polaires d’Alban Michon

Alban Michon est explorateur polaire. A l’occasion de la parution de son dernier livre, The Good Life est allé à sa rencontre pour tutoyer les extrêmes dans son école d’explorateurs de Tignes. Il y partage sa vision décomplexée de l’exploit et sa passion des grandes odyssées. De quoi rappeler le potentiel de force mentale enfoui en chacun d’entre nous.

Alban Michon nous a reçus à Tignes, où il prépare les amateurs aux conditions polaires extrêmes…
Alban Michon nous a reçus à Tignes, où il prépare les amateurs aux conditions polaires extrêmes… Andy Parant

Explorateur, pas aventurier

« Je suis d’un optimisme persévérant. C’est important à mes yeux de ne pas céder au discours alarmiste, mais plutôt de montrer qu’il y a encore de belles choses qui méritent d’être préservées. Il faut les partager et y ajouter une dimension scientifique ». Inspiré par des personnalités telles que Bertrand Picard ou Jean-Louis Etienne, membre de la prestigieuse Société des Explorateurs Français,  cet amoureux de la glace illustre sa propre définition de l’explorateur, qu’il distingue de celle d’aventurier. Au contraire de ce dernier qui vise la performance, il envisage son métier au service de la collectivité. Explorer revient à construire le monde de demain, à œuvrer pour le bien commun. « Alors que l’aventurier va plus vite, plus loin, et part le plus léger possible, je peux avoir entre 5 et 8 kilos de matériel scientifique sur le dos ! » Une dimension utilitaire qui l’a accompagné dès sa première exploration – 1000 kilomètres le long de la côte ouest du Groënland en kayak -, pendant laquelle il a mesuré la pollution atmosphérique pour le CNRS.

En pleine expédition.
En pleine expédition. Andy Parant

Lors de sa dernière expédition, en 2019, sur le passage ouest du Grand Nord canadien, il plongeait sous la banquise pour prélever du plancton, la base de la chaîne alimentaire pour laquelle le corps scientifique n’avait plus de suivi depuis cinq ans. « Les pôles, ce sont un peu les climatiseurs de la planète. Ils impactent le changement des courants océaniques et le changement climatique, c’est passionnant de pouvoir fournir des suivis quand les scientifiques n’en n’ont pas toujours les moyens. Je suis tombé amoureux du monde polaire en observant le carottage en Antarctique, ce qui revient à étudier le climat du passé ».

Biodysseus, prochaine expédition fin 2025

Pour sa prochaine expédition de 6 mois, baptisée Biodysseus et prévue fin 2025, sur laquelle il travaille déjà depuis 3 ans – il faut compter un an de préparation par mois d’expédition, prévient-il -, cet expert de la glace ambitionne cette fois-ci de recréer un habitat sous-marin modulable, transportable et évolutif. Une base sous-marine inspirée des Précontinent I, II, et III du commandant Cousteau, mais augmentée des dernières technologies.

Et si le légendaire écologiste visionnaire au bonnet rouge avait ainsi prouvé qu’il pouvait y avoir une vie sous l’eau en faisant vivre trois personnes à 100 mètres de profondeur pendant presqu’un mois, Alban Michon accueillera, lui, scientifiques et ingénieurs à tour de rôle pour leur permettre d’observer durablement le monde marin et la glace depuis le dessous : une première. « Il s’agit de vivre avec l’environnement pendant six mois. La recherche spatiale me passionne. Plus nous aurons d’informations sur les mondes extrêmes, mieux nous les protégerons et pourrons anticiper les changements. Notre base sous-marine servira également à tester des technologies qui pourront ainsi être améliorées en vue de missions à venir ».

 

Les trois étapes-clé d’une expédition

Un projet estimé à 15 millions d’euros et qui, là encore, résonne avec l’ambition de servir le bien commun en mutualisant les coûts pour les différentes missions, d’exploration, de science ou d’ingénierie. Et justement, parlons-en. La recherche de financement est bien l’une des trois étapes-clé de l’expédition.

Extrait du livre récemment paru aux éditions EPA d’Alban Michon, L’école des explorateurs (2022).
Extrait du livre récemment paru aux éditions EPA d’Alban Michon, L’école des explorateurs (2022).

La première, la préparation, n’est peut-être pas la plus difficile mais certainement celle qui fera la différence. Alban Michon nous l’explique, ceux qui arrivent à partir sont ceux qui travaillent d’arrache-pied en amont, font preuve de patience et de persévérance.

La troisième et dernière étape, l’expédition en elle-même, est toujours un rêve qui se réalise. Certes. « Mais tu tutoies l’inconfort. Quand tu évolues à moins 60 degrés, que tu peux potentiellement croiser des ours ou des loups arctiques… Tu mesures pleinement l’importance des deux étapes précédentes : ne pas risquer ta vie par manque de préparation physique ou par manque de moyens, ni par une mauvaise anticipation des risques. ». On ajoutera donc une ultime étape : le partage. Qui fait écho, justement, au métier d’origine de ce casse-cou de l’extrême… professeur de plongée.

Comment monter une tente en pleine tempête de neige ? C’est ce qu’Alban Michon tente d’inculquer aux apprentis explorateurs, dans son école de Tignes. 
Comment monter une tente en pleine tempête de neige ? C’est ce qu’Alban Michon tente d’inculquer aux apprentis explorateurs, dans son école de Tignes.  Alban Michon

A l’école d’explorateurs polaires

C’est qu’Alban Michon possède un grand sens de la pédagogie. Preuve en est, les images, les films diffusés et les conférences données dans les écoles. « J’aime expliquer pourquoi je fais les choses », insiste-t-il. Un « goût des autres » qui l’a naturellement poussé à créer en 2020 sa propre école d’explorateurs à Tignes. Le terme laisse rêveur. « Beaucoup de gens me posaient des questions et il a fallu se réinventer pendant la pandémie. J’ai donc décidé d’accompagner le grand public dans ses rêves d’aventure ». Plusieurs formules possibles : l’ice floating, le stage de survie polaire (comment monter une tente en pleine tempête de neige ?) ou encore l’accompagnement sur-mesure pendant deux jours, avec pour objectif la réalisation d’un projet personnel.  In fine, il s’agit bien d’une suite logique aux écoles de plongée sous glace qu’il avaient créées depuis début 2000, l’une déjà à Tignes, l’autre à Val Thorens et une dernière, consacrée à la plongée souterraine à Rocamadour. Des écoles que l’explorateur avait depuis revendues pour mieux se concentrer sur ses explorations polaires.

La plongée sous glace était déjà une discipline enseignée par Alban Michon depuis les années 2000.
La plongée sous glace était déjà une discipline enseignée par Alban Michon depuis les années 2000. Andy Parant

Désormais, après avoir plongé sous la glace, Alban Michon y flotte. L’ice floating consiste à surnager dans l’eau glacée en combinaison parfaitement étanche. « C’est une expérience de relaxation qui correspond à mes yeux à la montagne de demain : une montagne douce, méditative, tout en représentant un premier pas vers l’aventure…accessible à tous. En une heure seulement, certains repartent avec les bénéfices d’un massage, apaisés, débarrassés du stress accumulé avant d’arriver mais avec la satisfaction, tout de même, d’être sorti de leur zone de confort, d’avoir dépassé leurs appréhensions. »

A l’école d’explorateurs, on apprendra notamment à se préparer aux situations extrêmes.
A l’école d’explorateurs, on apprendra notamment à se préparer aux situations extrêmes. Andy Parant

Convaincu que l’exploit est à la portée de quiconque dès lors qu’il y a une motivation et une bonne préparation, Alban Michon s’apprête aussi à développer, dans son école d’explorateurs, l’immersion dans l’eau froide en maillot de bain. Un challenge « grand public » d’une durée de 10 secondes à 3 minutes, qui convoque un travail de respiration et de force mentale. « Comme lorsque je prépare un « explorateur amateur » pendant deux jours, ma démarche reste la même : démontrer à chacun qu’il dispose de ressources qu’il ne soupçonne pas. Et d’une manière générale, que le froid n’est pas un ennemi. Il s’agit uniquement d’apprendre à gérer la souffrance ».  

L.G


Alban Michon, L’Ecole des Explorateurs, Préface Denis Brogniart, éd. EPA, 25 €.

L’Ecole des Explorateurs
Base aventure
73320 Tignes

Plusieurs formules possibles.
Journée découverte à partir de 140 € par personne. Montage de tente en pleine tempête, tomber dans l’eau gelée avec combinaison de survie, gestes de secours…
Entraînement et survie polaire, même programme augmenté de la construction d’un ingloo ou d’un traîneau de secours, reconnaître l’état de le type de glace en fonction de sa couleur ou encore faire face à un ours polaire ou aux gelures et hypothermie. Formation à la carte.
Ice floating, durée d’une heure, 50 € par personne ou 65 € de nuit. 
Bivouac en conditions réelles, 90 € par personne.
Voyage polaire sur-mesure, encadré par Alban Michon, devis sur demande.

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