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Il y a une petite phrase que tout voyageur d’affaires finit un jour par prononcer : « Tant qu’à être là… » Tant qu’à être à New York, autant rester deux jours. Tant qu’à être à Rome, autant dîner correctement. Tant qu’à avoir une chambre d’hôtel payée par l’entreprise, autant choisir celle avec une jolie vue...
Bienvenue dans l’ère du bleisure, ce curieux mélange de business et de leisure qui transforme progressivement les déplacements professionnels en prétextes tout trouvés pour voyager. Car si le voyage d’affaires a longtemps été synonyme de halls d’aéroport, de chambres impersonnelles et de déjeuners avalés entre deux visioconférences, les choses semblent avoir changé. Les Français voyagent davantage pour le travail qu’avant la pandémie et passent en moyenne 10,9 nuits par an à l’hôtel dans ce cadre.
Et surtout, ils commencent à comprendre quelque chose d’assez réjouissant : on peut travailler et profiter du voyage. Les deux ne sont pas nécessairement incompatibles.
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Tant qu’à être là…
Il faut dire que le déplacement professionnel possède un avantage assez imbattable : il vous dépose directement quelque part où vous n’auriez peut-être jamais pris le temps d’aller. Paris, Londres, New York, Barcelone, Dubaï, Tokyo, Madrid, Rome, Los Angeles ou Bruxelles figurent parmi les destinations business les plus prisées des Français.
Reste ensuite à ne pas faire l’erreur de repartir immédiatement.
Après tout, pourquoi considérer Londres uniquement comme le décor d’une réunion à 9 heures et d’un vol retour à 18 h 45 ? Pourquoi ne pas dîner dans un bon restaurant une fois l’ordinateur refermé ? Pourquoi ne pas s’offrir un verre au bar de l’hôtel ? Et, soyons ambitieux, pourquoi ne pas poser une journée de congé le lendemain ?
Le voyage d’affaires devient alors une sorte de vacance miniature, débarrassée d’une partie de ses contraintes logistiques. L’avion est déjà pris, l’hôtel réservé, la destination cochée. Il ne reste plus qu’à en profiter.
Bleisure : le costume peut bien attendre demain
Il y a d’ailleurs quelque chose d’assez amusant dans cette évolution : les Français semblent réellement devenir une autre personne lorsqu’ils voyagent pour le travail. Près d’un sur deux (44 %) affirme avoir une personnalité différente entre sa vie professionnelle et sa vie privée, un chiffre qui atteint 55 % chez la Gen Z, selon un nouveau rapport Hotels.com.
En déplacement professionnel, on devient soudain très sérieux. 53 % se montrent particulièrement ponctuels, 47 % se disent plus organisés et 39 % accordent davantage d’importance à leur apparence. On se lève tôt, on planifie, on optimise, on travaille seul si nécessaire.
Puis arrive 18 h.
Et là, le costume s’allège. Près de la moitié des voyageurs se sentent plus détendus dès qu’ils quittent le travail et 26 % se sentent même plus extravertis dans leur vie privée. Comme si l’on avait passé la journée à jouer au parfait professionnel pour pouvoir, une fois la porte de l’ascenseur refermée, redevenir simplement quelqu’un qui se trouve à Tokyo un mardi soir et qui n’a aucune envie de dîner seul devant son ordinateur.
Et si l’hôtel était aussi une destination ?
C’est peut-être là que le changement est le plus visible et que le bleisure commence. Le voyageur professionnel ne cherche plus seulement un hôtel « pratique », idéalement situé entre l’aéroport et le bureau. Il veut aussi y être bien.
Les salariés des secteurs Ventes, Marketing et Médias sont particulièrement révélateurs : 48 % déclarent choisir un hôtel plus luxueux pour leurs déplacements professionnels que pour leurs vacances. Et, pour eux, un bon bar d’hôtel (43 %) ou une chambre avec vue (41 %) peuvent compter davantage que la proximité du lieu de travail (30 %).
Après tout, c’est assez logique. Si l’on doit passer huit heures à parler stratégie, autant avoir quelque chose de réjouissant à regarder en rentrant. Une bonne adresse, un lit confortable, un room-service qui ne ressemble pas à une punition : voilà peut-être les nouveaux petits luxes du voyage professionnel.
Le vrai luxe : rester
Finalement, le meilleur hack du voyage d’affaires n’est peut-être pas de trouver le meilleur Wi-Fi ou de réussir à caser six rendez-vous en vingt-quatre heures. C’est beaucoup plus simple : rester un peu plus longtemps.
Une nuit supplémentaire. Une matinée sans agenda. Un samedi ajouté au déplacement du vendredi. Quelques heures pour marcher dans une ville que l’on n’a habituellement vue qu’à travers la vitre d’un taxi.
Le principe est presque enfantin, mais terriblement efficace : transformer le temps contraint en temps choisi.
D’autant que les compétences professionnelles semblent finalement servir aussi aux vacances. Un tiers des voyageurs français déclarent réutiliser leurs talents d’organisation pour préparer plus attentivement leurs séjours personnels, tandis que 33 % mettent leur efficacité à profit pour dénicher de meilleurs hôtels et 32 % utilisent leur gestion du temps pour optimiser leurs moments de repos.
La boucle est bouclée et le « bleisure » prend tout son sens : on part travailler, on apprend à mieux voyager.
