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Lancer un élevage de saumons à l’autre bout du monde dans les îles Kerguelen n’a rien d’une bonne idée. Reportage, 2023 - TGL
Lancer un élevage de saumons à l’autre bout du monde dans les îles Kerguelen n’a rien d’une bonne idée. Reportage, 2023 - TGL

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La folle aventure des saumons de la « désolation »

Lancer un élevage de saumons à l’autre bout du monde dans un archipel surnommé îles de la Désolation n’a, a priori, rien d’une bonne idée. C’est pourtant ce que l’État français et une entreprise de pêche réunionnaise ont essayé de mettre en place dans les années 80. The Good Life a retrouvé ceux qui ont vécu cette folle aventure.

S’ils pouvaient parler, ils se demanderaient certainement ce qu’ils font si loin de leur Danemark natal. Dans la station de Port-aux-Français, dans les îles Kerguelen, des milliers d’alevins de saumons attendent d’éclore.


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Le saumon est un animal surprenant. Il est à l’aise dans l’eau douce comme dans l’eau salée – une particularité qu’on ne retrouve que chez 1 % des poissons.
Le saumon est un animal surprenant. Il est à l’aise dans l’eau douce comme dans l’eau salée – une particularité qu’on ne retrouve que chez 1 % des poissons. Marcos Paulo / Unsplash

En cette année 1978, l’État français voit une occasion unique pour investir le juteux marché des poissons à la chair rosée en les implantant dans les îles ­Kerguelen, une terre inhospitalière isolée entre Madagascar et l’Antarctique, peuplée seulement d’une poignée de courageux scientifiques et militaires.

Drôle d’endroit pour lancer un business rentable, à 12 000 kilomètres de Paris ! D’autant que les îles de la Désolation méritent bien leur surnom : la température y est froide, sans être glaciale, et, surtout, rien n’y pousse, à cause d’un vent à « déboiser » les rennes, présents en nombre sur ce territoire devenu français en 1772 quand un marin breton y posa le pied le premier.

Erreur de GPS

Une autre variété de saumons importée sur place, le coho, offre des résultats plus prometteurs.
Une autre variété de saumons importée sur place, le coho, offre des résultats plus prometteurs. Karl Muscat / Unsplash

Le saumon est un animal surprenant. Il est à l’aise dans l’eau douce comme dans l’eau salée – une particularité qu’on ne retrouve que chez 1 % des poissons. Né dans une rivière, il part faire sa vie en mer, puis revient des années plus tard pour pondre ses œufs dans le même cours d’eau où il a vu le jour.

C’est cet incroyable sens de l’orientation que tentent d’exploiter des scientifiques français dans les années 70. Leur plan : faire naître des saumons dans les rivières de Kerguelen afin qu’ils partent grandir en mer avant de les piéger au moment où ils reviendront sur leur lieu de naissance.

Mais le GPS des saumons atlantiques, importés du Danemark, était alors en panne. « Ils se sont paumés », rigole Edward Beall, ancien chercheur à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA). Ce retraité basque de 75 ans a passé une partie de ses jeunes années sur l’île, auprès des saumons.

Une autre variété de saumons importée sur place, le coho, offre des résultats plus prometteurs. L’espèce, visiblement plus casanière, fait son retour dans les rivières de Kerguelen. « Face à ces premières expérimentations positives, une idée commence à germer », poursuit Edward Beall.

Grâce à son action, l’État pense flairer un bon coup. Comme une partie des poissons revient, pourquoi ne pas lancer un élevage ? « La consommation de saumon augmente régulièrement – 15 000 tonnes importées en 1979, 21 000 en 1983. Ce qui contribue notablement au déficit de la balance commerciale de la France, regrette un document d’époque rédigé par les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), l’équivalent de la préfecture de ­Kerguelen. Le saumon coho a une bonne valeur nutritive et il se vend bien aux États-Unis. Une joint-venture entre les TAAF et une entreprise de pêche de la Réunion, la Sapmer, est alors lancée. »

C’est ainsi que ce professeur de biologie marine se retrouve embarqué à l’autre bout du monde dans cette folle aventure piscicole. Le projet se trouve même un nom : Aquasaumon.

L’Armor du risque

Surnommé le Marduf, ce bateau se charge de ravitailler les Terres australes et antarctiques françaises du sud de l’océan Indien, mais aussi parfois de venir en aide à des marins du Vendée Globe en détresse.
Surnommé le Marduf, ce bateau se charge de ravitailler les Terres australes et antarctiques françaises du sud de l’océan Indien, mais aussi parfois de venir en aide à des marins du Vendée Globe en détresse. Wynand Van / Unsplash

En 1983, démarre alors un chantier titanesque. Il faudra trois ans – et beaucoup d’argent – pour monter cet élevage autour du lac d’Armor, une étendue d’eau froide et complètement isolée, située sur le plateau central de Kerguelen. L’endroit ressemble à s’y méprendre aux côtes norvégiennes, avec une roche noire et des fjords d’eau salée qui mordent dans les terres. Bref, le lieu rêvé pour élever du saumon.

Une grande partie du matériel nécessaire à cette activité est transporté depuis Marseille, port d’attache du Marion Dufresne. Surnommé le Marduf, ce bateau se charge de ravitailler les Terres australes et antarctiques françaises du sud de l’océan Indien, mais aussi parfois de venir en aide à des marins du Vendée Globe en détresse.

Dernier en date, le skipper Kito de Pavant a été sauvé il y a sept ans par le vieux navire, alors qu’il était en route pour un énième voyage vers les îles Kerguelen. La fin des travaux, en 1986, de l’élevage du lac d’Armor sonne le début des hostilités. Aquasaumon choisit la technique dite du sea ranching.

L’idée est simple : faire naître des alevins dans de grands bassins circulaires construits sur la terre ferme. Ensuite, quand les saumons sont de fringants adolescents, les transférer dans de grandes cages fermées, qui flottent à la surface du lac grâce à du polystyrène.

Dernière étape : relâcher les saumons en mer quand ils deviennent de jeunes adultes. Les poissons entament alors leur tour du monde, puis seront capturés lorsqu’ils reviendront donner naissance à leur progéniture, à Kerguelen.

Pour assurer la pérennité de l’entreprise, deux salariés réunionnais de la Sapmer, deux techniciens venus de métropole et un scientifique son systématiquement sur place pour développer le projet. ­Frédéric Essob s’y rendra ainsi trois fois pour l’entreprise réunionnaise. Son rôle ? Homme à tout faire.

Pour assurer la pérennité de l’entreprise, deux salariés réunionnais de la Sapmer, deux techniciens venus de métropole et un scientifique son systématiquement sur place pour développer le projet.
Pour assurer la pérennité de l’entreprise, deux salariés réunionnais de la Sapmer, deux techniciens venus de métropole et un scientifique son systématiquement sur place pour développer le projet. fredrik Ohlander / Unsplash

Il passera plus de trois ans de sa vie aux côtés des saumons et, au total, près de seize ans à ­Kerguelen. Et même s’il était loin de chez lui, il en parle encore avec émotion : « Je m’y plaisais beaucoup. Bien sûr, le climat était différent de celui de la Réunion, mais le froid ne me dérangeait pas. L’endroit était agréable. En revanche, pour pouvoir y revenir, il fallait prouver qu’on était un bon gars. »

Pour s’assurer que seuls de « bons gars » ­s’occupent des saumons, une évaluation est obligatoire. « Comme il fallait cohabiter pendant des mois, ­coupés de tout, ­l’administration nous ­faisait passer des tests psychologiques et des visites ­médicales approfondies. Nous devions prouver que nous étions aptes à vivre dans des ­conditions d’isolement extrêmes », complète Edward Beall.

Mais l’éloignement ­géographique est loin d’être le seul souci de ces ­aventuriers des mers australes. Sur place, les conditions météo sont dignes d’un film catastrophe. L’île est située dans les quarantièmes ­rugissants, une zone du globe où la force du vent est épouvantable. Ce n’est pas un hasard s’il n’y a aucune végétation à ­Kerguelen : les bourrasques empêchent tout arbre d’y pousser.

Il y a, en moyenne, 35 km/h de vent chaque jour. Mais ce chiffre est trompeur. « Il y a des pointes de vent à 100 km/h au moins une fois par semaine, à 150 km/h une fois par mois et à 250 km/h une fois par an, décrit Edward Beall. Et quand le vent souffle, il apporte de la neige, du blizzard, de la pluie… »

Super Mario et rougail

Les résidents des îles Kerguelen dévorent une quantité astronomique de… saumon.
Les résidents des îles Kerguelen dévorent une quantité astronomique de… saumon. Brandon / Unsplash

Certains jours, il est donc impossible pour ce petit groupe de travailler. Heureusement, ils ne sont pas trop mal lotis. Au prix d’une consommation de pétrole faramineuse, l’équipe a droit à son petit confort. Pendant que les tempêtes soufflent au-dehors, à l’intérieur, ils vivent douillettement.

« Nous avions l’électricité grâce à deux groupes électrogènes fonctionnant au gasoil, se remémore Marc Latapie, envoyé sur place en 1988, pendant son service militaire. Au début, l’électricité servait pour le chauffage, mais l’installation disjonctait tout le temps à cause des pompes utilisées pour apporter l’eau dans l’élevage de saumons. Il a donc fallu installer une chaudière au fioul pour remplacer le chauffage électrique. »

Les commodités ne se limitent pas seulement à un foyer douillet. « Nous avions des bouquins et même des jeux vidéo. Un volontaire avait apporté sa console de jeux Nintendo, avec Super Mario! Et puis, la nuit tombée, notre occupation favorite était de faire à manger, se rappelle Edward avec appétit. Les deux employés de la Sapmer nous ont fait découvrir la cuisine réunionnaise, notamment le rougail. C’est délicieux et, en plus, c’est une cuisine qui réchauffe ! »

Les résidents dévorent aussi une quantité astronomique de… saumon. Le poisson est présent dans les bacs d’élevage, mais aussi à l’état sauvage du fait de son introduction. « C’était succulent. On le cuisinait cru, en ceviche, avec des citrons verts importés de la ­Réunion. Chacun avait sa manière de le préparer. »

Les rennes et les saumons ne sont pas les seuls à avoir été introduits, plus ou moins volontairement, à Kerguelen.
Les rennes et les saumons ne sont pas les seuls à avoir été introduits, plus ou moins volontairement, à Kerguelen. Austin Neill / Unsplash

Quand l’équipe d’aventuriers fait une overdose de poisson cru, le saumon est grillé au barbecue. Les jours de fête, l’équipe s’ouvre une bouteille de vin et l’accompagne de viande de renne. Edward Beall succombe à sa chair délicieuse dès la première bouchée : « Un jour, nous avons rencontré un cuisinier de la base de Port-aux-­Français qui venait d’abattre un renne à quelques kilomètres de notre station. Il nous a demandé de l’aide. Nous l’avons alors dépecé, débité, cuisiné et mangé. Je peux vous dire qu’il n’y a pas meilleure viande que celle-ci ! »

Les rennes et les saumons ne sont pas les seuls à avoir été introduits, plus ou moins volontairement, à Kerguelen. Les moutons, les chats ou encore les lapins ont également été séduits par le climat local, pourtant peu chaleureux. Problème : certaines de ces espèces sont devenues invasives.

À Armor, à la fin des années 80, alors que l’élevage est tout juste opérationnel, les problèmes se multiplient. Tout commence par un incident sanitaire.
À Armor, à la fin des années 80, alors que l’élevage est tout juste opérationnel, les problèmes se multiplient. Tout commence par un incident sanitaire. Krisztian Tabor / Unsplash

« Il y a eu une campagne pour éradiquer les lapins, détaille la médecin Véronique Mérour. L’idée était de propager la myxomatose, une maladie virale qui touche les lapins. Mais comme la région n’est pas propice à son développement, cela n’a pas fonctionné. » À Kerguelen, difficile de trouver une activité à mettre en place. Nicolas Dupont-Aignan est l’un des derniers à s’y être essayé.

Alors que la menace terroriste battait son plein après l’attentat des frères Kouachi, le multiple candidat à l’élection présidentielle voyait dans ce bout de France un moyen d’éloigner les djihadistes. « On ne peut pas prendre le risque d’avoir des bombes volantes sur notre sol », déclare-t-il en 2016.

C’est sûr qu’au beau milieu des manchots le risque est moins grand. Cette idée de bagne austral, restée lettre morte, en rappelle un autre : celui de la Guyane, où la France a envoyé des prisonniers jusque dans les années 50.

Un gouffre financier

Les saumons chinook importés s’avèrent malades. Ils portent en eux un parasite appelé PKD, sans danger pour l’homme, mais qui détruit les reins des poissons.
Les saumons chinook importés s’avèrent malades. Ils portent en eux un parasite appelé PKD, sans danger pour l’homme, mais qui détruit les reins des poissons. Mathieu Le Roux / Unsplash

À Armor, à la fin des années 80, alors que l’élevage est tout juste opérationnel, les problèmes se multiplient. Tout commence par un incident sanitaire. En 1987, l’entreprise décide d’importer des saumons chinook depuis l’ouest des États-Unis, d’où ils sont originaires. « C’est la plus grande espèce de saumon, ils peuvent peser jusqu’à 60 kg [contre 35 pour le saumon atlantique que nous connaissons en France, NDLR], avec une très bonne chair », explique Edward Beall.

L’idée est séduisante sur le papier, alors cette variété de poisson est ajoutée aux autres salmonidés présents sur place. Cet appétit causera leur perte. « Parmi ces saumons, il y avait une mortalité importante, mais nous ne savions pas trop pourquoi. Nous avons donc envoyé des échantillons à la base de Port-aux-Français et c’est là-bas qu’ils ont trouvé la raison. »

Les saumons chinook importés s’avèrent malades. Ils portent en eux un parasite appelé PKD, sans danger pour l’homme, mais qui détruit les reins des poissons. « Nous avons alors éliminé tous ceux que nous pouvions, mais la bactérie était déjà là. »

Résultat : elle se transmet aux saumons coho, la variété sur laquelle Aquasaumon comptait pour remplir ses caisses. « Quand je suis revenu sur place, l’année suivante, il restait toujours des saumons coho, mais en moins grand nombre qu’auparavant », soupire le biologiste béarnais.

L’entreprise de pêche réunionnaise  Sapmer connaît à ce moment un changement de direction, mais la nouvelle équipe ne voit pas d’un très bon œil l’initiative.
L’entreprise de pêche réunionnaise  Sapmer connaît à ce moment un changement de direction, mais la nouvelle équipe ne voit pas d’un très bon œil l’initiative. Marco Tjokro / Unsplash

Autre problème : les affaires ne sont pas aussi florissantes qu’espéré. Alors qu’approche le dixième anniversaire de l’élevage, la Sapmer s’impatiente. Pas un seul saumon n’a encore été vendu. L’entreprise de pêche réunionnaise connaît à ce moment un changement de direction, mais la nouvelle équipe ne voit pas d’un très bon œil l’initiative. Surtout, elle regarde ses dépenses et soupire.

Aquasaumon coûte cher. Beaucoup trop cher. Pour la seule année 1984, l’entreprise engloutit 1,3 million de francs, soit un peu plus de 430 000 euros aujourd’hui. Un gouffre financier creusé par le salaire d’une demi-­douzaine d’employés, mais surtout par la très onéreuse construction de l’élevage.

Des rapports d’époque nous apprennent que le chantier nécessite une voiture, un tracteur, deux bateaux de transport et même… des hélicoptères, prêtés par l’armée. « La Sapmer croyait réellement en ce projet ; leurs dirigeants ont quand même payé deux personnes à temps plein pour le développer », nuance Frédéric Essob.

Pour l’ancien salarié du bout du monde, l’idée n’était d’ailleurs pas si farfelue. L’entreprise avait l’habitude de pêcher la légine et la langouste dans les eaux froides du sud de l’océan Indien. Les chalutiers auraient donc pu faire un détour si le projet Aquasaumon avait été mené à son terme.

Né dans une rivière, le saumon part faire sa vie en mer, puis revient des années plus tard pour pondre ses œufs dans le même cours d’eau où il a vu le jour.
Né dans une rivière, le saumon part faire sa vie en mer, puis revient des années plus tard pour pondre ses œufs dans le même cours d’eau où il a vu le jour. Linus Nylund / Unsplash

Troisième et dernier clou dans le cercueil : les élevages de ­Norvège et d’Écosse inondent alors le marché européen de saumon. Ce qui était considéré comme un produit de luxe devient banal.

Tout à coup, élever des poissons à 12 000 km de la métropole n’apparaît plus comme une idée lumineuse. L’entreprise Aquasaumon est abandonnée sans tambour ni trompette en 1993, les employés sont renvoyés à la maison et la station sera partiellement démontée en 1999.

« À cette période, j’étais chef du district de Kerguelen, se souvient Bruno Navez. Les TAAF voulaient démonter la station. J’ai reçu le feu vert pour détruire un ­bâtiment fabriqué en bois de récupération et contreplaqué. Le matériau avait gonflé, le toit était percé et, surtout, c’était devenu un refuge à souris. Nous l’avons vidé et démantelé, avant de brûler le bois sur place. »

Kerguelen à l’Unesco

Troisième et dernier clou dans le cercueil : les élevages de ­Norvège et d’Écosse inondent alors le marché européen de saumon.
Troisième et dernier clou dans le cercueil : les élevages de ­Norvège et d’Écosse inondent alors le marché européen de saumon. Eva Bronzini / Pexels

Aujourd’hui encore, une bonne partie de la station reste visible, vingt ans après son arrêt. « Lorsqu’on arrive sur place, il y a un petit côté postapocalyptique, sourit le chercheur Jacques Labonne, qui suit l’évolution des salmonidés à Kerguelen pour l’INRAE. Le complexe est perdu au beau milieu de Kerguelen, un endroit où les teintes sont fades, et quand on débarque à Armor, on découvre une sorte d’oasis colorée. Les peintures bleues, jaunes, vertes ont tenu le coup, je n’ose même pas imaginer leur composition chimique ! »

Ce scientifique se rend tous les trois ou quatre ans à l’ancienne station, car elle est devenue un « terrain de jeu fascinant » pour tout biologiste. « Huit espèces de salmonidés ont été introduites à ­Kerguelen depuis les années 50 et sont suivies encore aujourd’hui : des truites, des saumons, des ombles. C’est quasiment unique au monde. C’est très rare de pouvoir étudier des populations dans un temps et un espace aussi resserrés. »

À Kerguelen, dans cette région subpolaire, le changement climatique est particulièrement violent. Jacques Labonne et son équipe étudient donc l’adaptation de ces poissons : « Leur taille et leur vitesse de croissance évoluent en seulement trente, quarante ans, et non sur plusieurs siècles. C’est passionnant ! »

À Kerguelen, dans cette région subpolaire, le changement climatique est particulièrement violent.
À Kerguelen, dans cette région subpolaire, le changement climatique est particulièrement violent. DR

En 2005, la France tirera finalement les leçons de l’échec économique et environnemental de l’élevage de ­saumons. Les îles Kerguelen sont classées réserve naturelle nationale, puis inscrites en 2019 au patrimoine mondial de l’Unesco.

Pour l’État français, fini les aventures fumeuses à l’autre bout de la planète, aucun chiffre d’affaires ne sera jamais réalisé sur cette terre lointaine. La valeur des îles de la Désolation réside dans son intérêt écologique et scientifique. Tant pis pour le marché du saumon, toujours dominé par la Norvège. Tant pis aussi pour ­Frédéric Essob, dont les dix années sur place laissent un goût amer d’inachevé.

« Nous avons fait le maximum pour y arriver, pour que la station fructifie. Nous ne pouvions pas faire plus à notre échelle ! » Reste, à ce pilier d’un projet hors norme, le souvenir d’inoubliables moments passés près de ­l’Antarctique. Et ça, même le vent des îles Kerguelen ne pourra le balayer.


 

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