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Coutumière des sites reculés, Dorte Mandrup exporte jusqu’au cercle polaire arctique son respect viscéral pour la nature, 2023 - TGL
Coutumière des sites reculés, Dorte Mandrup exporte jusqu’au cercle polaire arctique son respect viscéral pour la nature, 2023 - TGL
Marine Mimouni

Horlogerie

Du Groenland à Göteborg, les architectures symbiotiques de Dorte Mandrup

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Cette architecte danoise occupe une place à part sur la scène internationale. Coutumière des sites reculés et difficiles d’accès, Dorte Mandrup exporte jusqu’au cercle polaire arctique son respect viscéral pour la nature. Refusant tout compromis, c’est une femme engagée qui défend ses convictions, mais également l’équité des genres dans le monde encore très masculin de cette discipline.

« Nous travaillons dur à la conception d’un certain nombre de projets culturels et à usages mixtes, comme The Whale, à 300 kilomètres au nord du cercle polaire arctique, en ­Norvège, le musée de l’Exil près de la gare d’Anhalter, à Berlin, et le Kaj 16, l’un des plus grands bâtiments en bois du monde, à Göteborg, en Suède. Ce qui signifie qu’il nous faudra peut-être quelques jours pour revenir vers vous. » Telle fut la réponse reçue lorsque nous avons sollicité une interview de Dorte Mandrup.


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Portrait de Dorte Mandrup.
Portrait de Dorte Mandrup. DR

Dans un monde dominé par l’instantanéité, l’architecte danoise de 61 ans refuse de participer à cette course effrénée. Rejoindre les sites reculés où elle travaille revêt souvent des allures de périple où il est indispensable de savoir prendre le temps.

« L’une des choses les plus importantes pour moi est de ne jamais perdre mon intégrité. J’ai des opinions bien arrêtées sur ce que je fais et je crois fermement que nous avons toujours la possibilité de dire non. »

Dorte Mandrup, artiste pluridisciplinaire

Avant de devenir une architecte renommée et engagée, Dorte Mandrup explore différentes voies. Elle étudie la sculpture et la céramique aux États-Unis, puis la médecine et le droit au Danemark, avant de se tourner vers l’architecture, qui synthétise son intérêt pour l’art, les sciences naturelles et apporte la dimension sociale qu’elle souhaitait donner à son métier.

L’Ilulissat Icefjord Centre s’inscrit harmonieusement dans le paysage arctique de la côte ouest du Groenland, un site classé par l’Unesco.
L’Ilulissat Icefjord Centre s’inscrit harmonieusement dans le paysage arctique de la côte ouest du Groenland, un site classé par l’Unesco. Adam Mørk

Elle se forme à l’école d’architecture d’Aarhus, sa ville natale. Animée par l’envie de « tester ses propres idées », elle crée son studio en 1999, à Copenhague : « À cette époque, j’avais travaillé cinq ans pour Henning Larsen, et bien que j’aie beaucoup de respect pour lui, j’éprouvais le besoin d’aborder ma profession autrement. Pour moi, il s’agissait de créer quelque chose de moins monumental, de moins permanent, de pouvoir travailler avec l’architecture comme quelque chose de temporaire. Avec le recul, cela venait aussi en partie de la prise de conscience que, si vous vouliez percer en tant que femme dans ce domaine, vous deviez le faire vous-même. Sinon, il y avait toujours un homme, attendant naturellement dans les coulisses, pour prendre la vedette. »

Sur cette question, Dorte Mandrup ne mâche pas ses mots : « Ce milieu est encore un endroit solitaire pour les femmes, et il est crucial que nous nous soutenions les unes les autres. »

The Salling Tower, sur le port d’Aarhus, au Danemark, une sculpture urbaine en acier blanc structurée comme un origami.
The Salling Tower, sur le port d’Aarhus, au Danemark, une sculpture urbaine en acier blanc structurée comme un origami. Torben Eskerod

Une architecture engagée

Achevé en 2001, son premier projet est un centre communautaire à Jemtelandsgade, au Danemark, dans un quartier à l’abandon, avec un budget très faible. Un succès pour cette architecte convaincue que la joie de vivre des utilisateurs reste la meilleure des récompenses.

« Notre philosophie est à bien des égards une vision de la vie. Elle est basée sur une croyance forte dans le bien-être, la diversité, la générosité et une insistance sur la nécessité dêtre curieux », résume-t-elle. Mais Dorte Mandrup va forger sa renommée à travers l’intérêt qu’elle porte aux sites fragiles, reculés et difficiles d’accès.

En symbiose avec le paysage, son travail repose sur la déférence envers la nature et les écosystèmes en place. « Pour un humain, la liberté qu’offre un espace infini est redoutable. » Dorte Mandrup n’aborde jamais un projet avec des idées formelles préconçues, préférant « laisser le lieu informer et éclairer l’architecture ».


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Le premier projet de Dorte Mandrup, en 2001, un centre communautaire à Jemtelandsgade, au Danemark, dans un quartier à l’abandon.
Le premier projet de Dorte Mandrup, en 2001, un centre communautaire à Jemtelandsgade, au Danemark, dans un quartier à l’abandon. Jens Markus Lindhe

Parmi ses projets figure l’Ilulissat Icefjord Centre, sur la côte ouest du Groenland, où elle a convoqué l’image d’un harfang prenant son envol pour concevoir un édifice twisté faisant corps avec son environnement naturel.

Au nord de la Norvège, à Andenes, elle vient de réaliser The Whale, un musée face à l’un des meilleurs sites au monde d’observation des baleines.

Mais elle sait aussi se confronter à un cadre plus urbain, où elle fait preuve de la même délicatesse, comme à Berlin, où elle construit le musée de l’Exil, consacré à ceux qui ont fui pendant la Seconde Guerre mondiale.

À Andenes, en Norvège, The Whale est un musée aux allures de cétacé face à l’un des meilleurs sites d’observation des baleines.
À Andenes, en Norvège, The Whale est un musée aux allures de cétacé face à l’un des meilleurs sites d’observation des baleines. volker renner

« À une époque où nous, les humains, sommes devenus une force profonde de la nature, il est de plus en plus important que l’architecture se fasse vecteur des particularités uniques à un contexte et améliore la compréhension et l’expérience qu’on a de chaque lieu, qu’il s’agisse des paysages fragiles ou du cadre social, culturel ou économique. »

Cette vision passionnante se déploie à travers des bâtiments qui ne cherchent jamais à concurrencer la nature, mais à l’exalter. Une belle leçon d’architecture.


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Site internet de Dorte Mandrup. 

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