Rémy Dessarts

Christian Meunier :
Le Français qui électrise Jeep

Il est aux manettes du constructeur automobile américain Jeep depuis 2019. À Detroit, il dévoile à The Good Life la stratégie de la marque du groupe Stellantis pour fabriquer des voitures zéro carbone. L’occasion aussi de revenir sur sa carrière fulgurante.

Portrait de Christian Meunier.
Portrait de Christian Meunier. Nick Hagen

Il a construit sa carrière loin de la France. Christian ­Meunier est l’un des poids lourds qui comptent au sein du groupe ­Stellantis, fruit de la fusion entre le français PSA et l’italien FCA. À la tête de Jeep, il dirige l’une des marques les plus rentables du nouveau géant de l’automobile. Quel chemin parcouru pour ce jeune Parisien du quartier de Montparnasse, dont le père collectionnait les belles voitures anglaises, telles des Morgan ou des Sunbeam Alpine, et les modèles réduits. Sa passion pour les 4-roues date de cette époque. Enchaînant les jobs et les responsabilités sur tous les continents, il incarne la nouvelle vague des dirigeants d’un secteur lancé à pleine vitesse vers l’électrique. Rencontre. 

Retour sur le parcours de Christian Meunier

  • 1990 : diplômé de l’Edhec Business School à Lille. 
  • 1992-1996 : Ford France.
  • 1996-1999 : Land Rover France (BMW Group).
  • 1999-2002 : Mercedes‑Benz USA.
  • 2002-2006 : Nissan Europe.
  • 2007-2010 : Nissan Motor Corporation, vice-président marketing États-Unis.
  • 2010-2013 : Nissan Brazil, président.
  • 2013-2014 : Nissan Canada, président.
  • 2016-2017 : Nissan North America, vice-président chargé des ventes, du marketing et des opérations.
  • 2017-2018 : Infiniti Global (division automobiles de luxe de Nissan), vice‑président ventes, marketing et opérations.
  • 2017-2019 : Infiniti Motor, président.
  • Mai 2019 : président de Jeep (groupe Stellantis depuis 2021).

Le modèle Avenger de Jeep.
Le modèle Avenger de Jeep. Jeep

The Good Life : Comment un Français est-il arrivé à la tête d’une entreprise mondiale à Detroit ? 

Christian ­Meunier : Une succession d’occasions se sont présentées : en sortant de l’Edhec, j’ai commencé chez Ford, ce qui m’a permis d’avoir une première vision de la façon de faire des Américains dans le business. Je suis ensuite entré chez Land Rover en France, une marque spécialisée dans les voitures tout-terrain qui m’a donné le goût de l’aventure et de l’esprit du style de vie qui va avec. 

The Good Life : Après ces deux expériences, vous partez aux États-Unis. Pour quelle raison ? 

Christian ­Meunier : Avec mon épouse, nous avions trente ans et un enfant de six mois. On avait envie de partir aux États-Unis. L’avenir était devant nous. Comme elle était américaine, on pouvait obtenir un permis de travail. J’ai plaqué mon boulot en France et je suis parti sans savoir ce que j’allais faire. Ainsi, je suis entré chez Mercedes dans le New Jersey. Les trois ans que j’y ai passés ont été un déclic : j’ai eu envie d’avoir une carrière mondiale et pas simplement européenne. 

The Good Life : Qu’avez-vous appris chez Mercedes ? 

Christian ­Meunier : À l’époque, Daimler fusionnait avec Chrysler. Je voyais donc à la fois le côté allemand et le côté américain, ce qui fonctionnait, ce qui ne fonctionnait pas. Il y avait pas mal de choses qui ne fonctionnaient pas, d’ailleurs. J’avais du recul. Certes, j’étais chez Mercedes, mais aux États-Unis, dans une filière commerciale qui, pourtant, était très influente dans l’entreprise et qui rapportait beaucoup d’argent à la maison mère de Stuttgart.

Jeep
Jeep Jeep

The Good Life : Que faisiez-vous concrètement ?

Christian ­Meunier : Je m’occupais du marché des 4 x 4. J’étais arrivé avec l’expérience de Land Rover et ma passion pour ce segment. Je me suis dit qu’il n’était pas possible de ne pas importer le fameux Classe G. Cela faisait vingt-cinq ans que ce véhicule militaire et utilitaire existait en Europe. Il avait une belle image, tout de suite, j’ai vu le potentiel qu’il avait aux États-Unis. C’était le début de la mode des tout-terrain, l’époque des Hummer. Il y avait un importateur indépendant que nous avons racheté, et j’ai convaincu la direction à Stuttgart de faire venir ce véhicule. Un grand succès : quand je rencontre, aujourd’hui, des concessionnaires qui vendent Mercedes aux États-Unis, je leur demande de me remercier parce que c’est le véhicule qui leur rapporte le plus d’argent ! 

The Good Life : Cela a-t-il été compliqué de convaincre votre maison mère ? 

Christian ­Meunier : Oui, car le classe G n’était pas à la pointe de la technologie. C’était un véhicule relativement ancien. ll y avait pas mal de choses qui n’étaient pas complètement aux normes de Mercedes. Ils craignaient d’abîmer l’image technologique de l’entreprise. Mais cela a apporté une légitimité à la marque sur le marché du quatre-roues motrices et a aidé le modèle classe M à devenir une référence sur le marché américain. C’était la voiture la plus populaire de Beverly Hills : toutes les stars voulaient rouler en Classe G. Si vous allez aujourd’hui dans les Hampton’s ou à New York, dans les coins les plus chic des États-Unis, c’est le classe G qui est toujours la référence. 

The Good Life : Combien de temps êtes-vous resté chez Mercedes États-Unis ?

Christian ­Meunier : Trois ans. Ensuite, j’ai été recruté par mon ex-patron de Land Rover France, chez Nissan Europe. Je suis donc rentré à Paris pour être vice-président des ventes Europe et chef de produit pour les 4 x 4 et les pick-up trucks. J’ai obtenu à nouveau un bon succès : les ventes ont explosé. On a imposé une image avec les gammes X Trail, Pathfinder, Navara… La dynamique de ces produits m’a permis de passer chez Nissan Amérique du Nord, où j’ai été nommé patron du marketing produit et publicité. C’était un gros job. J’avais 38 ans et j’étais le plus jeune vice-président de l’entreprise. Les Japonais me faisaient d’ailleurs comprendre que c’était assez exceptionnel et que je n’avais pas besoin d’une augmentation !

Portrait de Christian Meunier.
Portrait de Christian Meunier. Nick Hagen

The Good Life : Renault s’était-il déjà allié à Nissan ?

Christian ­Meunier : Oui, bien sûr. Mais Nissan avait une grande autonomie. Certes, il y avait beaucoup de choses qui se passaient entre Paris et Tokyo. Mais, en étant aux États-Unis, on échappait à l’influence de Renault. J’avais très peu de relations avec la France. 

The Good Life : Pendant ce long passage chez Nissan avez-vous travaillé ­directement avec Carlos Ghosn ?

Christian ­Meunier : J’ai eu en effet beaucoup d’interactions avec Carlos Ghosn, mais aussi avec Carlos Tavares, le patron de Stellantis, qui était à l’époque président de Nissan Amérique du Nord. 

The Good Life : Vous aviez donc les deux Carlos au-dessus de vous ? 

Christian ­Meunier : Oui. Carlos Tavares m’a ensuite envoyé au Brésil pour redresser les activités de Nissan qui étaient dans un état catastrophique depuis une dizaine d’années. Il a été un coach absolument remarquable. Il m’a notamment aidé à essayer d’équilibrer un peu ma vie professionnelle et ma vie familiale. Car j’avais mis le paquet sur la vie professionnelle. Et parfois trop… Carlos Tavares a été mon boss pendant trois ans. Ensemble, nous avons complètement remonté le business au Brésil. Il s’écoulait seulement 15 000 à 20 000 voitures par an sur un gros marché comme celui-là, l’usine Nissan marchait à 10 % de sa capacité. En un an, on a multiplié les ventes par sept ou huit et la rentabilité est revenue. Du coup, l’usine a recommencé à tourner à fond. Natif du Brésil, Carlos Ghosn revenait assez régulièrement au bercail et je faisais des points business avec lui. 

Jeep
Jeep Nick Hagen

The Good Life : Après le Brésil, dans quel autre pays posez-vous vos valises ? 

Christian ­Meunier : J’ai été nommé président de Nissan Canada. Avant de revenir aux États-Unis, en tant que patron des ventes et ­marketing de toutes les opérations en Amérique du Nord. Puis j’ai été nommé président d’Infiniti Global, un poste réparti entre les États-Unis, Hong Kong et le Japon, avec, à la clé, beaucoup de voyages entre les trois pays. Là, j’ai appris énormément sur la partie industrielle du métier : la gestion de la qualité, la production, les achats, la gestion des coûts… C’est en mai 2019 que je suis passé chez Jeep, qui appartenait à FCA (Fiat-Chrysler), bien avant la fusion de ce groupe avec Stellantis. 

The Good Life : Avez-vous été heureux de retrouver Carlos Tavares quand il a été nommé patron de Stellantis ?

Christian ­Meunier : Oui, cela a été une belle surprise de renouer avec mon ancien patron. J’avais adoré travailler pour lui au Brésil. 

The Good Life : Comment se portait Jeep à votre arrivée ? Était-ce déjà une entreprise en forme ?

Christian ­Meunier : Jeep allait déjà très bien en 2019. En 2009, la marque vendait 300 000 voitures, dont 90 % en Amérique du Nord. ­Depuis six ans, on en vend entre 1,2 million et 1,5 million chaque année. Pourtant, l’objectif n’est pas d’être numéro un. Nous travaillons plutôt sur la rentabilité et la marque. Malgré tout, Jeep a eu une expansion absolument exceptionnelle. Non seulement en Amérique du Nord, mais aussi sur d’autres continents, comme l’Amérique du Sud, où nous sommes leaders sur le marché des SUV, ou l’Italie, où nous faisons un véritable carton. Dans le reste de l’Europe, nous sommes encore petits, mais nous avons beaucoup d’ambition, notamment pour le marché français où notre performance est dix fois moindre qu’en Italie. L’électrification peut être un moyen pour nous d’entrer sur des marchés où on n’avait pas forcément les bonnes motorisations, comme la France, l’Allemagne ou l’Angleterre. 

Jeep en chiffres

  • Création : 1941.
  • Nombre de voitures produites en 2021 : 1 470 000, dont 60 % vendues aux États-Unis.
  • Nombre de modèles : 8.
  • Nombre d’usines dans le monde : 7.
  • Part de marché en Italie : 5 %.
  • Part de marché en France : 0,5 %.

Jeep
Jeep Nick Hagen

The Good Life : Avez-vous joué un rôle décisif dans l’électrification de la gamme ? 

Christian ­Meunier : J’étais déjà sensibilisé à l’électrification. Chez Nissan, elle a débuté dès 2012 avec la Nissan Leaf. Cela faisait partie de la culture de l’entreprise. J’avais ensuite poussé énormément le développement des Infiniti électrifiées. J’avais donc eu l’occasion de conduire plusieurs types de prototypes électriques. Je me suis très vite rendu compte du potentiel de l’électrique pour le tout-terrain. En partant de zéro régime, la courbe linéaire de couple d’accélération est assez remarquable. S’y ajoute la conduite en silence. À bord d’un modèle tout-terrain, la sensation est exceptionnelle. 

The Good Life : Comment avez-vous convaincu les équipes de Jeep ?

Christian ­Meunier : Il y avait pas mal de travail à faire en interne pour convaincre du potentiel de l’électrique, faire en sorte que les clients l’adoptent. Ce n’était pas forcément évident, car l’idée dominante était que le moteur devait être le plus puissant possible. Beaucoup de clients, aux États-Unis notamment, modifient leur Jeep pour renforcer sa puissance et son couple. Mais l’électrique vous offre tout ça avec zéro émission. Progressivement, nous avons converti les gens en interne et lancé une grosse dynamique. Sachant que nous étions poussés, de toute façon, par les gouvernements pour aller dans cette direction. Pour Jeep, l’électrification n’est pas une contrainte, mais plutôt un fort potentiel de développement. 

The Good Life : En quoi l’électrique peut-il être un atout pour les tout-terrain ? 

Christian ­Meunier : Parce qu’on accroît les capacités des véhicules. On les rend plus agréables à conduire, avec plus d’accélérations, plus de fun. On dispose d’une « e-pédale » d’accélération qui permet de monter en régime, mais aussi de freiner. Et j’insiste sur le silence : j’ai conduit de nombreuses fois une Jeep Wrangler sans portes, sans toit, sans vitres. La seule chose que vous entendez, ce sont les oiseaux et les pneus qui crissent sur le terrain. Cette technologie a beaucoup de potentiel. Mike Manley, l’ancien patron de FCA, en était aussi convaincu, ­Stellantis nous apporte une dimension supérieure pour aller encore plus vite. 

La Jeep Avenger.
La Jeep Avenger. Jeep

The Good Life : Comment cela se traduit-il dans la gamme Jeep ? 

Christian ­Meunier : Avant la création de Stellantis, nous avons lancé la Renegade et la Compass. Ensuite, en mars 2021, juste après la fusion, nous avons mis la Wrangler « 4xe » sur le marché. Depuis la création de Stellantis, nous avons accéléré les programmes de deux SUV qui étaient dans les tuyaux : la Jeep Recon et la Wagoneer S. Ils seront lancés en 2024 dans tous les pays. Par ailleurs, à la fin de l’année 2022, nous allons commencer la production de l’Avenger (un SUV compact), pour une commercialisation en Europe, mais aussi au Japon et en Corée du Sud, dans la première partie de l’année 2023. 

The Good Life : Comment transforme-t-on une entreprise qui produisait des voitures thermiques en champion de l’électrique ? 

Christian ­Meunier : Beaucoup de choses changent : des usines qui faisaient des moteurs vont devoir faire des batteries, des ingénieurs vont être formés pour devenir des experts de l’électrique. Il n’y a aucune envie de séparer les anciens et les nouveaux, le thermique et le futur. Les employés ont tous la possibilité de participer à l’avenir de Stellantis et à son passage à l’électrique. Cette transition se déroule plutôt bien. Bien sûr, les gens n’ont pas vraiment le choix, nous devons nous adapter. Le monde évolue, nous devons évoluer avec lui. Il faut qu’on respecte la nature. On sait que l’environnement est menacé, que la planète doit être protégée. Ce n’est pas une option. Les objectifs de Stellantis sont très ambitieux : nous voulons être zéro carbone en 2038. Nous avons donc un plan que l’on est en train de dérouler, auquel chacun doit contribuer. 

The Good Life : Jeep est-il en avance sur ce plan dans le groupe ? 

Christian ­Meunier : Je ne suis pas en concurrence avec mes collègues du groupe. Ce que je vois, c’est le potentiel pour Jeep. Il est clair qu’on progresse rapidement. Avec déjà des succès : le Renegade, qu’on passe en version 4xe en Europe, va conforter notre position en Italie, où nous sommes numéro un sur le segment des ­véhicules à faibles émissions. Le Wrangler 4xe est numéro un aux États-Unis dans la catégorie des « plug in », devant des marques comme Toyota, qui était pourtant la référence sur le marché. Et on l’a fait en moins d’un an. Jeep a inventé le 4 x 4 il y a quatre-vingt-un ans et le réinvente avec le 4xe. 

« Pour Jeep, l’électrification n’est pas une contrainte, mais plutôt un fort potentiel »

La Jeep Avenger.
La Jeep Avenger. Jeep

The Good Life : Quand aurez-vous une gamme 100 % électrique ? 

Christian ­Meunier : Notre objectif est d’atteindre le 100 % électrique, c’est-à-dire zéro émission, en Europe en 2030, et 50 % en Amérique du Nord. Sachant qu’en Amérique du Nord il est difficile de prévoir à quelle vitesse l’accélération va se produire. Le gouvernement actuel va faire passer des mesures très favorables à l’électrification qui vont stimuler le marché. La Californie a déjà annoncé qu’en 2035 il n’y aurait plus de modèles à combustion.

The Good Life : L’autonomie des voitures électriques va-t-elle progresser dans les années à venir ? 

Christian ­Meunier : Tout le monde y travaille. On pense qu’à un horizon relativement court des améliorations vont aider à réduire les coûts, à réduire le poids des véhicules et à augmenter l’autonomie. Des innovations technologiques dans le domaine de la chimie vont nous permettre d’accélérer l’électrification et favoriser la popularité des véhicules avec une autonomie minimale. Plusieurs types d’offres vont être proposés dans les années qui viennent par différents constructeurs. Mais Jeep restera sur un segment plutôt haut de gamme, avec des offres qui se caractériseront par un maximum d’autonomie : l’Avenger, par exemple, proposera 400 kilomètres d’autonomie. 

« Stellantis investit 30 M € entre 2021 et 2025 dans l’électrique et le développement de logiciel »

Portrait de Christian Meunier.
Portrait de Christian Meunier. Nick Hagen

The Good Life : Pensez-vous pouvoir faire encore mieux ?

Christian ­Meunier : Pour l’Europe, nous pensons que 400 kilomètres d’autonomie sur le segment B, c’est bien. Aux États-Unis, notre objectif est d’atteindre 400 miles (640 kilomètres) avec la Wagoneer 6. Mais cela demande du temps. 

The Good Life : À terme, les prix des voitures 100 % électrique s’aligneront-ils sur ceux de leurs équivalents thermiques ?

Christian ­Meunier : Cela aussi va prendre du temps. Les initiatives des gouvernements pour rendre plus acceptable le prix des véhicules électriques sont donc très importantes. Mon objectif, en tant que responsable de la marque Jeep, c’est de faire en sorte que les véhicules électriques que nous lançons aient une bonne rentabilité et un retour sur investissement qui soit suffisant. ­Stellantis investit 30 milliards d’euros entre 2021 et 2025 dans l’électrique et le développement de logiciels. C’est beaucoup d’argent. Jeep, comme d’autres marques, se doit d’assurer la pérennité de l’entreprise. 

The Good Life : Selon vous, l’installation de bornes de recharge progresse-t-elle assez rapidement ? 

Christian ­Meunier : Cela dépend énormément des pays. Aux États-Unis, il y a plus de bornes de recharge sur les côtes que dans le centre du pays. En Europe, la Scandinavie est très en avance sur l’Italie et l’Espagne, qui ne sont pas équipées aujourd’hui. Il y a énormément de travail à faire pour qu’il y ait suffisamment d’infrastructures en place pour que le client soit confiant et achète un véhicule électrique. En fait, trois choses sont nécessaires pour que la propulsion électrique se développe. D’abord, il faut que les gouvernements arrivent à délivrer une électricité propre. Cela impose d’avoir les moyens de la produire dans des conditions qui soient pérennes pour le futur.

La Jeep Avenger.
La Jeep Avenger. Jeep

Ensuite, il faut une infrastructure : ce sont les réseaux de charge publics et les équipements à la maison pour ceux qui ont la possibilité d’installer un point de recharge chez eux. Il y a encore beaucoup de travail à fournir dans les parkings souterrains et dans les maisons individuelles pour faciliter l’acquisition des chargeurs. Enfin, il faut des produits. Sur ce plan, Jeep est vraiment en avance. Avec les modèles qui vont arriver en 2024, nous serons très bien positionnés pour soutenir les efforts d’électrification. Notre objectif est d’être leader du marché des 4 x 4 dans le monde. C’est une ambition et c’est clairement la mission que nous nous sommes donnée. 

The Good Life : Restera-t-il une place pour le moteur thermique dans le futur ?

Christian ­Meunier : En Europe, sur la base de ce que je peux entendre ou lire, il est clair que non. Le zéro-émission va être une norme aussi en Amérique du Nord, mais à plus long terme. Nous avons une responsabilité envers nos enfants, nos petits-enfants, nos arrière-petits-enfants. On ne peut pas continuer comme ça. Le réchauffement climatique existe. Nous avons une responsabilité collective. L’objectif, c’est de passer à autre chose. L’hydrogène sera certainement l’une des options à plus long terme, après l’électrification. Stellantis travaille dessus également, surtout dans le domaine des véhicules commerciaux. Je rêve d’avoir une Jeep, un Wrangler, par exemple, qui fonctionnera à l’hydrogène. Mais ce n’est pas encore pour demain. 

The Good Life : Comment imaginez-vous les mobilités de demain, c’est-à-dire dans vingt ou trente ans ? L’automobile existera-t-elle toujours ? 

Christian ­Meunier : Les situations varieront selon les différentes régions et les différents endroits de la planète. Je pense que, dans les villes européennes, des solutions de transport en commun plus favorables pour l’environnement vont se développer. Les partages d’automobile vont également poursuivre leur ­progression. Stellantis investit d’ailleurs beaucoup dans ce domaine. Ce sera aussi le cas dans les grandes métropoles, aux États-Unis. Je pense que l’automobile a encore de beaux jours devant elle. Elle crée un sentiment de liberté de mobilité qui, à mon avis, perdurera.

« L’automobile a encore de beaux jours devant elle »

La Jeep Avenger.
La Jeep Avenger. Jeep

En revanche, je ne sais pas ce que sera le design d’une voiture dans trente ans. Il est clair que Jeep sera toujours là. Et que les gens auront toujours envie d’aventure, de liberté, surtout après les années Covid. Le succès de Jeep dans le monde est aussi porté par cette valeur de liberté, cette capacité à aller partout où l’on veut aller. Quand il fait mauvais, quand il neige, quand il gèle, une Jeep ne vous laisse jamais tomber. C’est pour cela qu’à New York vous voyez des ­Wrangler et des Grand Cherokee à tous les coins de rue. 

The Good Life : Comment vit un Français qui travaille à Detroit ? Que faites-vous lorsque vous ne travaillez pas ?

Christian ­Meunier : Je vis entre Detroit et Nashville où vivent mes trois enfants. La distance est complètement gérable à l’échelle des États-Unis. C’est presque la banlieue. J’essaie, autant que je peux, de voir mes amis, de passer du bon temps, de profiter de la vie, de faire un peu de bateau sur un lac avec mes enfants, de faire du ski nautique, de les voir le plus possible, d’aller à la salle de gym avec mon fils de 16 ans. Ce sont des choses qui sont très importantes, plus importantes que mon travail. Il y a la partie amis-loisirs-hobbies, la partie familiale et la partie travail. Pour avoir du succès dans la vie, je pense qu’il faut être capable d’équilibrer les trois. J’ai commis des erreurs dans le passé en me focalisant trop sur mon travail. J’ai fini par divorcer.

The Good Life : Comment trouver cet équilibre quand on dirige une entreprise mondiale ?

Christian ­Meunier : J’ai des visioconférences la nuit : je travaille avec la Chine, ­l’Europe et l’Amérique du Sud. Les décalages horaires vous ­impactent même quand vous ne voyagez pas. Il faut être capable de gérer tout ça. Il faut avoir une discipline et une hygiène de vie qui vous permettent de vous sentir bien, d’avoir l’énergie pour passer du bon temps avec vos amis, avec vos copains, ou avec votre famille.