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The Good Business

Quel avenir pour le Silencio, le club le plus secret de Paris ?

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Une décennie aura suffit au Silencio pour s’imposer comme l'un des clubs les plus mythiques de Paris. Le plus mystérieux, aussi. La nuit parisienne a-t-elle pris quelques rides ? Nous avons profité d'un 5 à 7 avec Arnaud Frisch pour connaître les secrets de sa longévité...

A son ouverture, les photos au Silencio étaient interdites. Les temps changent…
A son ouverture, les photos au Silencio étaient interdites. Les temps changent… © ALEXANDRE GUIRKINGER

Né dans la nuit, le Silencio fête cette année ses dix ans. La cave de David Lynch s’est néanmoins dupliquée dans une version diurne du côté de Saint-Germain-des-Près, modelée par le Studio KO et cuisinée par le chef étoilé Guillaume Sanchez. Au sous-sol, une salle de cinéma rappelle l’attachement du club le plus secret de la capitale au 7e art. La suite, quant à elle, pourrait bien s’écrire entre chien et loup, sous la forme d’un hôtel, nous a confié son grand patron, Arnaud Frisch. Une affaire à suivre…

La nouvelle ère des clubs parisiens

Au début des années 2010, le Silencio s’installe dans une cave avoisinant le Social Club, une boîte de nuit appartenant à la même bande d’oiseaux de nuit mélomanes et cinéphiles. La carte de la nuit parisienne migre alors vers le centre-ouest. On y croise une faune qui s’habille en skinny jeans et en perfecto de cuir noir. Ces jeunes-là ne viennent pas que danser, ils viennent aussi écouter de la (bonne) musique.

Le Social Club a fermé ses portes en 2016.
Le Social Club a fermé ses portes en 2016. DR

Arnaud Frisch, Manu Barron et Antoine Caton font se rencontrer le monde de la culture – jusqu’alors confiné aux cimaises des musées, aux salles de concert ou de cinéma – et celui de la nuit, dans un sous-marin modelé par David Lynch : excusez du peu.

Il est interdit d’y prendre des photos. On y croise souvent des célébrités mais la règle tacite dicte qu’on les traite comme Monsieur Tout-le-monde. Les files d’attente devant le videur ne tarissent pas. Le mystère enfle. Dix ans plus tard, que reste-t-il de tout ça ?

Interview d’Arnaud Frisch, cofondateur du groupe Assembly, propriétaire du Silencio Club

The Good Life. Bonjour Arnaud Frisch. Quel est votre rapport à la nuit ?

Arnaud Frisch. Ce que j’aime, la nuit, c’est cette relation au temps qui est différent du jour. On la vit sans impératif ni contrainte : on n’est pas pressé. C’est en sortant la nuit que j’ai fait les rencontres les plus intéressantes de ma vie. De ce constat est née l’envie de faire bouger la vie nocturne parisienne qui se cantonnait jusqu’alors à des boîtes de nuit dansantes où l’on croisait les doigts avant de se confronter au videur. L’idée de notre côté était plutôt de permettre à des gens de tous horizons, pas forcément des « habitués » ou des fêtards invétérés, de venir dans nos clubs pour découvrir des nouveaux artistes.

Le plafond constellé du Silencio.
Le plafond constellé du Silencio. © ALEXANDRE GUIRKINGER

TGL. Vous avez donc créé le Social Club avec Manu Barron et Antoine Craton.

A. F. Le Social, que nous avons lancé en 2006, est très vite devenu un lieu référent de la musique électronique à Paris. Il a émergé en même temps que la French Touch. Nous y avons fait vivre l’esprit cette musique nouvelle, dont nous produisions pas mal d’artistes, grâce à un cercle de graphistes, de créatifs, de gens de la mode… Tout le monde se retrouvait au Social.

TGL. Puis au Silencio…

A. F. Le Silencio est né est 2013 d’une réflexion notamment murie autour des voyages que nous avons réalisés en accompagnant nos artistes en tournée. À l’époque, Paris commençait à être une ville de plus en plus cosmopolite. Nous voulions ainsi offrir à ses visiteurs, tout comme à ses habitants d’ailleurs, une expérience différente, construite autour des idées qui avaient germé lors de nos voyages. Mais aussi d’une valeur forte : celle du partage. Nous avons alors imaginé le Silencio comme une version adulte du Social Club, un lieu centré sur la culture, doté d’une programmation riche et plurielle.

Les Top Chefs Adrien Cachot et Guillaume Sanchez aux fourneaux du Silencio des Prés, Rive Gauche à Paris.
Les Top Chefs Adrien Cachot et Guillaume Sanchez aux fourneaux du Silencio des Prés, Rive Gauche à Paris.

« Ce que j’aime, la nuit, c’est cette relation au temps qui est différent du jour. On la vit sans impératif ni contrainte : on n’est pas pressé. C’est en sortant la nuit que j’ai fait les rencontres les plus intéressantes de ma vie. » – Arnaud Frisch

TGL. Comment David Lynch a-t-il accepté de rejoindre l’aventure ?

A. F. Après Inland Empire (2006), il avait envie de faire autre chose. On l’a approché car on connaissait la transversalité de son art — il venait notamment de participer à une exposition à la Fondation Cartier. La dimension historique du lieu que nous avions trouvé l’a particulièrement touché : il s’avère que c’est à cette adresse que s’imprimaient deux journaux de la Troisième République, l’Aurore et l’Humanité. J’accuse y a aussi été tiré. Il a également été séduit par ce projet multiculturel qui mêlait cinéma, musique, art, mode et architecture.

Alors nous avons travaillé pendant un an, entre Paris et Los Angeles, en collaboration avec Raphaël Navot, afin de dessiner le Silencio. Sa participation à l’écriture de cette histoire nous a permis d’attirer rapidement d’autres artistes comme Virgil Abloh, Pharrell Williams et Lana Del Rey dans son sillage, qui ont aidé à élever le club.

La petite salle de cinéma du Silencio.
La petite salle de cinéma du Silencio. DR

TGL. Le Silencio fête cette année ses dix ans. Votre philosophie a-t-elle changé ?

A. F. Nous cherchons en permanence à coller avec l’air du temps. Ces dix années ont fait mûrir beaucoup de réflexion, notamment post-Covid, dont le milieu de la nuit a beaucoup souffert. Nous avons notamment évolué sur le sujet de l’image : jusque-là, nous n’autorisions aucune photo ni vidéo dans l’enceinte du club. Il nous est désormais impossible de nous priver de ce genre de contenu devenu primordial pour les artistes.

El Silencio, à Ibiza : restaurant et club de plein air.
El Silencio, à Ibiza : restaurant et club de plein air. DR

Nous nous sommes également ouverts. A Ibiza, d’abord, où nous avons inauguré une plage avec Jean Imbert et Pharrell Williams en 2021. Le chef étoilé Mauro Colagreco en tient les rênes depuis l’an dernier dans une logique de changement vers le développement durable en cuisine, sujet dont il est ambassadeur pour l’Unesco.

À Paris, c’est Rive gauche que nous avons ouvert un lieu qui vit le jour, le Silencio des Prés, complémentaire à notre cachette festive. Nous faisons aussi voyager la marque dans le monde en créant des lieux éphémères au fil des manifestations culturelles, comme le Salone Del Mobile de Milan ou Miami Art Basel.

« L’emplacement du Silencio, à Paris, est historique. Deux journaux de la Troisième République s’y fabriquaient. J’accuse y a été tiré. » – Arnaud Frisch

Le Silencio Des Prés.
Le Silencio Des Prés. Yann Deret

TGL. La culture fait donc de plus en plus partie de l’ADN du Silencio, au détriment de la fête ?

A. F. Le Silencio est autant un endroit de fête autant que de culture. Depuis sa réouverture après la pandémie, nous avons accueilli de grands DJ comme Carl Craig, Seth Troxler, Birds of Minds… Notre programmation est très forte musicalement. Couplée à nos événements culturels, c’est ce qui nous différencie des autres adresses de nuit parisiennes.

« Il est vrai que nous cherchons à accompagner nos artistes en leur donnant de plus grands moyens d’expression. Nous avons essayé de faire du Silencio un lieu également ouvert le jour, sans succès. C’est pourquoi nous nous sommes dupliqués. » – Arnaud Frisch

La fête bat toujours son plein au Silencio.
La fête bat toujours son plein au Silencio. DR

Il est cependant vrai que nous cherchons à accompagner nos artistes en leur donnant de plus grands moyens d’expression. Nous avons essayé de faire du Silencio un lieu également ouvert le jour, sans succès. C’est pourquoi nous nous sommes dupliqués Rive gauche où nous accueillons désormais nos clients du matin au soir, du petit déjeuner au dîner (Guillaume Sanchez signe la carte du restaurant, ndlr) mais aussi pour une séance de cinéma dans une véritable salle qui peut également accueillir des conférences ou des expositions.

Nous cherchons a répondre au mieux aux attentes de notre communauté, c’est pour cela que nous avons introduit un programme de membership qui ouvre des invitations à des avant-premières, des soirées exclusives, des rencontres…

Le réalisateur Quentin Dupieux en promotion sur la scène du Silencio des Prés.
Le réalisateur Quentin Dupieux en promotion sur la scène du Silencio des Prés. DR

TGL. Que vous souhaiter pour le futur, Arnaud Frisch ?

A. F. Nous avons envie d’implanter de façon pérenne le Silencio à l’étranger mais l’ouverture d’un hôtel sera probablement notre prochaine étape… Rien n’est signé pour le moment mais nous espérons pouvoir prochainement inaugurer à Paris, notre ville, où les arts se mélangent comme nulle part ailleurs et qui nous a vu naître, un lieu qui réconciliera le monde du jour et de la nuit. Une suite logique.

Propos recueillis par F.L.G.


Silencio
142 Rue Montmartre, 75002 Paris

Silencio des Prés
22 Rue Guillaume Apollinaire, 75006 Paris

El Silencio Ibiza,
Av. de Cala Molí, 30, 07830 Sant Josep de sa Talaia,
Illes Balears, Espagne

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