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Tomás Mosciatti, Directeur de la radio Bío-Bío
Tomás Mosciatti, Directeur de la radio Bío-Bío
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The Good Business

Huit acteurs de l’économie de Santiago du Chili

The Good Business

Tomás Mosciatti, Directeur de la radio Bío-Bío

« La radio Bío-Bío est avant tout au service des auditeurs ! » lance Tomás Mosciatti, l’aîné de sept frères qui ont tous, de très près ou d’un peu plus loin, un lien avec la radio la plus écoutée du Chili. C’est leur père, Nibaldo, qui la crée en 1966 à Concepción, la deuxième ville du pays, avec une vingtaine de personnes. Ils sont aujourd’hui 350 employés. « La Bío- Bío », comme l’appellent les Chiliens, doit son nom à une région du Sud et se réfère au chant d’un oiseau en mapudungun, la langue des Indiens mapuches. C’est la seule radio à avoir développé des antennes régionales indépendantes. C’est également la seule, issue de la province, à avoir réussi à devenir leader dans la capitale. A Santiago, presque tous les taxis sont branchés sur sa fréquence, 99.7, et pour cause : la radio informe de tous les accidents ou incidents à peine quelques minutes, voire parfois quelques secondes seulement, après qu’ils aient eu lieu. « Nous avons un numéro vert qui fonctionne en permanence ; les auditeurs nous appellent d’eux-mêmes et racontent, en direct sur nos ondes, ce qui se passe », explique fièrement son directeur, dont le bureau est constamment envahi de montagnes de papiers. C’est ainsi que la radio a été la première à informer, en 2006, que l’ancien dictateur Augusto Pinochet entrait à l’hôpital en urgence, avant de mourir une semaine plus tard. Et ce, grâce à un auditeur qui passait dans la rue et l’a vu sortir d’une ambulance sur une civière. « La relation de proximité avec nos auditeurs est telle que les gens nous parlent comme s’ils étaient les propriétaires de la radio, sourit Tomás, qui ne se défait jamais de ses bretelles ni de sa cravate, qui lui donnent des airs de Larry King. « Et je pense que c’est vrai : sans auditeurs, la radio n’existerait pas. » C’est pour maintenir cette relation que son site Internet et ses réseaux sociaux ont également été développés. Si l’aîné des Mosciatti domine les manettes de la transmission radio dès l’âge de 13 ans et présente en direct les journaux à 16, il ne pensait pas en faire son métier. Il étudie le droit à Santiago, qu’il n’aura jamais l’occasion de pratiquer : lorsque la radio se lance à la conquête de la capitale, en 1997, c’est naturellement à l’aîné que revient la mission de la développer. Au début, il dirige le journal du matin, « parce qu’il n’y avait pas de fonds pour embaucher quelqu’un ». Aujourd’hui, le « 6-9 » est le journal radio le plus suivi de la capitale, et Tomás mène, en plus, deux émissions d’interviews, sur le câble avec CNN Chile et sur la chaîne ouverte Mega. Il est devenu le journaliste le plus redouté du monde économique et politique. Pourquoi ? « A cause de mon indépendance ! » s’exclame sans hésiter cet insatiable dévoreur d’actualité, qui aime gratter là où personne n’oserait se risquer. C. M.

Victor Pérez, Directeur de la planification commerciale et du développement des marchés de Codelco

Victor Pérez, Directeur de la planification commerciale et du développement des marchés de Codelco
Victor Pérez, Directeur de la planification commerciale et du développement des marchés de Codelco jean-francois-guggenheim

 

Victor Pérez n’a pas un parcours commun : il a gravi les échelons à une vitesse vertigineuse, devenant, à 47 ans, l’un des plus jeunes directeurs de l’industrie minière. C’est aussi l’un de ceux qui voyagent le plus entre la Chine, les Etats-Unis et l’Europe, les marchés de prédilection de la première entreprise productrice de cuivre du monde, la Corporación nacional del cobre de Chile (Codelco). « Cette société est très spéciale : elle fonctionne comme une entité privée tout en étant une entreprise publique », explique-t-il tout en buvant son café dans un salon du Ritz-Carlton, avant de rejoindre, au sous-sol, la réunion annuelle de l’International Molybdenum Association (IMOA), l’association internationale des industries du molybdène, métal dont Codelco est le deuxième producteur du monde.

Fondée par le président socialiste Salvador Allende, après la nationalisation de l’extraction du cuivre en 1971, Codelco est restée un leader de l’industrie, même si elle ne représente plus que 30 % de la production du pays. En quarante-quatre ans d’existence, elle a reversé 115 milliards de dollars au Trésor chilien. « Travailler pour cette entreprise est très gratifiant, non seulement parce qu’elle se trouve à la pointe de l’innovation minière mondiale, mais aussi parce qu’elle permet de construire des hôpitaux et des écoles au Chili », souligne Victor Pérez. C’est pour cela qu’il l’a choisie dès ses 25 ans, presque au sortir de l’université. Au-delà de la production de cathodes raffinées et de plaques de cuivre extrêmement fines, qui constitue la principale activité de l’entreprise, Victor Pérez se passionne pour les projets de recherche et d’innovation. « Codelco est le seul producteur de cuivre au monde à avoir formé un pôle d’innovation chargé de protéger la demande de ce minerai », pointe-t-il. Autrement dit, si cet « or rouge » vient un jour à être remplacé par un substitut synthétique, Codelco lui aura, entre-temps, créé d’autres usages pour en pérenniser la demande. « Nous avons lancé de nombreux instruments, comme, par exemple, un fonds d’investissement de capital-risque avec un objectif de 80 millions de dollars, le fonds le plus important du monde au sein de notre industrie, qui permet à des entreprises de créer et de commercialiser des produits issus de l’innovation chilienne, mais à portée mondiale. » Une vingtaine de produits existent déjà, depuis des cages pour l’aquaculture, qui fonctionnent en haute mer et ont déjà trouvé clients en Corée, en Norvège, au Canada, au Japon ou encore en Australie, jusqu’à des textiles qui utilisent les propriétés fongicides du cuivre. C. M.

José Miguel Sanchez, Doyen de la faculté des sciences économiques et administratives de l’Université pontificale catholique

José Miguel Sánchez, Doyen de la faculté des sciences économiques et administratives de l’Université pontificale catholique
José Miguel Sánchez, Doyen de la faculté des sciences économiques et administratives de l’Université pontificale catholique jean-francois-guggenheim

C’est un homme pondéré et réfléchi, à l’image de son bureau aux murs débordants d’imposants ouvrages et à la table parfaitement ordonnée, qui a réussi à se hisser à l’un des postes parmi les plus influents de l’économie chilienne. Car c’est de la faculté des sciences économiques, dont il est le doyen, que sont sortis les principaux penseurs du néolibéralisme que l’ancien dictateur Augusto Pinochet a imposé au pays pendant les années 80 et qui s’est vu renforcé après le retour à la démocratie en 1990. En sont également issus les chefs d’entreprise les plus importants du pays. Une tradition qui ne s’altère pas, d’autant que l’Université, dirigée directement par le Saint-Siège, est aujourd’hui numéro un en Amérique latine, selon le classement de Shanghai et les QS World University Rankings.

The Good Life : On parle d’une faible croissance pour cette année…

José Miguel Sánchez : Les pronostics varient entre 2 et 2,5 %. Je pense qu’on sera plus proche des 2 %, ce qui est peu pour ce pays. Nous avions l’habitude de tourner autour des 5 % de croissance jusqu’ici.

TGL : Quelles en sont les raisons ?

J. M. S. : Il est certain que la perte de vitesse de la Chine a des conséquences directes sur notre économie, puisqu’elle est notre principal partenaire commercial. Elle représente 40 % de nos ventes de cuivre et notre principal marché d’exportation. Si la Chine achète moins, le prix des matières premières baisse, et cela nous affecte directement. Mais les baisses d’investissements sont antérieures à ce problème externe. Elles sont en partie dues aux réformes menées par le gouvernement actuel, mal perçues par le monde économique, notamment parce qu’elles apportent leur lot d’incertitudes. Cela a commencé avec une réforme des impôts, qui est mauvaise à mon avis, à laquelle feront suite des réformes du travail et de l’éducation, qui restent encore à définir.

TGL : Quelles pourraient être les conséquences de cette petite croissance ?

J. M. S. : Même si les chiffres ne le reflètent pas encore, il y a un risque d’augmentation du chômage. Le secteur privé a tendance à ralentir ses projets ou à les stopper, ce qui empêche une reprise. Il y aura sûrement moins d’impôts collectés et donc moins de dépenses sociales possibles. Néanmoins, je pense que le Chili a des institutions économiques solides et qu’il a les capacités humaines et matérielles pour supporter ce ralentissement. C. M.

Javiera Montes (4) Secrétaire d’Etat au Tourisme

 

Javiera Montes, Secrétaire d’Etat au Tourisme
Javiera Montes, Secrétaire d’Etat au Tourisme jean-francois-guggenheim

« Santiago est devenue le lieu de connexion essentiel pour l’ensemble du territoire chilien. » Secrétaire d’Etat au Tourisme depuis mars 2014, Javiera Montes, 42 ans, diplômée de l’Université pontificale catholique en géographie puis en gestion des villes, et qui a tout de même pris le temps d’avoir deux enfants, nous reçoit dans son ministère. « Le tourisme a évolué de plus de 100 % au cours de ces dix dernières années. Jusqu’alors, la majeure partie des voyageurs ne faisaient que transiter par Santiago, pour se rendre du côté des plages ou des stations de ski, en Patagonie, dans le parc national Torres del Paine ou encore dans le désert d’Atacama. Aujourd’hui, compte tenu de son économie florissante, la ville est devenue une plate-forme économique essentielle en Amérique latine, générant un grand nombre de congrès et des dizaines de milliers de séjours d’hommes d’affaires. Les restaurants ont commencé à apparaître ici et là, avec une offre gastronomique qui n’existait pas auparavant. Les grandes chaînes hôtelières internationales ont suivi le mouvement. W, le groupe Hyatt, Marriott, Accor, Radisson, Hilton et Sheraton se sont implantés en ville. Plus récemment, de nombreux boutique-hôtels ont également vu le jour. La ville s’est adaptée au tourisme, en créant des secteurs piétonniers, comme dans le Barrio Lastarria. De nombreux autres quartiers ont évolué, eux aussi, dans ce sens, proposant restaurants, bars et galeries : Barrio Italia, Barrio Brasil, Barrio Bellavista ou encore Barrio Huemul. L’offre culturelle s’est également étoffée ces dernières années. Sanfic, par exemple, est un festival international de cinéma mondialement reconnu, tandis que Teatro a Mil est un festival de théâtre au succès incontestable. Concerts de rock et de musique classique se succèdent quant à eux tout au long de l’année, et Santiago est devenue une étape incontournable de toute tournée internationale passant en Amérique du Sud. Et puis, il y a le vin ! Depuis Santiago, on peut visiter parmi les propriétés viticoles les plus intéressantes du Chili. Quant au ski, les stations les plus proches se situent à tout juste une demi-heure d’ici. C’est pour toutes ces raisons que nous construisons un second terminal à l’aéroport international. D’ici à 2018, notre budget dédié à la promotion du tourisme dans l’ensemble du Chili va doubler, pour atteindre 25 millions de dollars [22 millions d’euros]. » J.-F. G.

Rodrigo Azócar, Président du directoire de Metro SA

Rodrigo Azócar, Président du directoire de Metro SA
Rodrigo Azócar, Président du directoire de Metro SA jean-francois-guggenheim

L’allure discrète et simple de cet homme de 60 ans tranche avec son brillant parcours dans la finance, puis à la direction, successivement, d’une dizaine des plus grandes entreprises privées et publiques du pays. S’il est de retour à la tête du métro – qu’il a dirigé entre 1997 et 2006 –, c’est par amour pour ce moyen de transport qu’il prend chaque fois qu’il le peut, malgré sa voiture de fonction avec chauffeur, mais aussi pour jouer les pompiers ! Une série de dysfonctionnements, qui connaît son pic le 14 novembre 2014, obligeant plus de 500 000 usagers à rejoindre leur travail à pied, endommage l’image du moyen de transport le plus utilisé, le plus sûr et le plus rapide de Santiago. Rodrigo Azócar est alors nommé par la présidente Michelle Bachelet pour rendre aux usagers « leur confiance et leur affection pour le métro », qui a symbolisé, lors de sa mise en service en 1975, l’accès à la modernité des habitants de la ville. « C’est une oasis dans Santiago, ose son désormais président. On s’y sent en sécurité, il est propre et moderne. C’est le deuxième métro au monde qui ait habilité le signal des téléphones portables, et 30 % des stations proposent le wi-fi gratuit. » Novateur, toujours à la pointe, le métro utilise son étrange statut, à la fois d’entreprise publique et de société anonyme, pour ouvrir ses portes à la publicité, qui lui fournit 18 % de ses recettes. Il est ainsi devenu l’une des vitrines privilégiées des entreprises privées, obtenant, par exemple, les premiers écrans plats du pays. « Ça m’a presque valu une enquête parlementaire, rit ce “workaholic”, comme il se dé.init lui-même. Ils n’ont pas insisté quand je leur ai dit que l’entreprise distributrice des écrans payait le métro pour pouvoir les exposer dans ses rames. » Il fournit un accès à la technologie, mais aussi à la culture ! Bibliometro, un réseau de bibliothèques dispersées dans les 20 stations les plus visitées des 108 existantes, en est l’exemple parfait. Ses peintures aussi. Selon BBC.com, la station Universidad-de-Chile fait partie des 7 stations de métro les plus belles du monde, avec sa peinture murale de 1 200 m2, peinte par Mario Toral. « Et il n’y a aucun graffiti, souligne Rodrigo Azócar. Les usagers ont du respect pour le métro, ils le protègent, ils s’y comportent de manière plus civique que dans la rue. » En expansion constante, il comptera bientôt 50 % de lignes en plus, avec des trains et des stations entièrement automatisés, d’accès universel. C. M.

Felipe Sahli, Président des hôtels Singular

Felipe Sahli, Président des hôtels Singular
Felipe Sahli, Président des hôtels Singular jean-francois-guggenheim

Elégant, gentleman jusqu’au bout des ongles, Felipe Sahli reçoit en français dans le tout nouveau boutique-hôtel à la mode, le Singular Santiago. L’ambiance est chic, épurée ; le Pisco Sour maison, étudié.

The Good Life : Votre intérêt pour l’univers de l’hôtellerie de luxe est-il récent ?

Felipe Sahli : Pas tout à fait. C’est une longue histoire. Mes grands-parents paternels étaient suisses, et mon grand-père est parti vivre à Madrid, où il était représentant pour Longines. Mes grands-parents sont finalement venus s’installer à Santiago en 1913. Après le décès de son mari, ma grand-mère a ouvert un salon de thé, Novia, qui est bientôt devenu la coqueluche de la ville. Elle s’était fait une spécialité de petits sandwichs et de jus de fruits frais. Mon père l’aidait au salon, jusqu’au jour où il a eu l’opportunité, après avoir suivi des études à l’université, de reprendre l’hôtel Crillón voisin. Gamin, j’y passais mes vacances à travailler. A 18 ans, en 1968, j’ai eu la possibilité d’aller faire mes études hôtelières à Lausanne. Ici, ç’a été une drôle de période. Allende, démocrate-chrétien, était soutenu par la gauche locale. On avait 1 000 % d’inflation par an ! Les mines, mais aussi les grandes propriétés, ont été nationalisées. Le gouvernement logeait les délégations des pays de l’Est au Crillón, tous les autres hôtels appartenant à des chaînes américaines. L’ambiance avait changé. On n’était plus comme en 1962, lorsque le Crillón avait accueilli l’équipe de football du Brésil, avec Pelé, qui allait gagner la coupe du monde organisée par le Chili cette année-là. De mon côté, je poursuivais mes études et allais en stage à Bâle, puis à Berne. Je me souviens d’y avoir croisé Jean-Paul Belmondo en compagnie d’Ursula Andress. Puis j’ai travaillé à Madrid. C’était sous Franco. Toute la ville était sous surveillance. Je peux dire que j’ai connu deux dictatures, avec celle de Pinochet. En.in, j’ai travaillé à Buenos Aires, avant de rentrer au Chili en 1974. En 1978, le Crillón a fait faillite. Je me suis marié et j’ai aujourd’hui neuf enfants et 28 petits- enfants. Ma femme est la descendante de l’un des premiers colons de Patagonie. A l’époque, au XIXe siècle, il n’y avait que cinq familles en Terre de Feu. Le trafic commercial y était considérable. C’était des aventuriers en terra incognita. Des fortunes importantes s’y sont construites. Simultanément, la Patagonie a accueilli toute une colonie d’anarchistes, lituaniens et russes, qui venaient se cacher au bout du monde. J’ai commencé à travailler avec ma belle-famille à l’aube des années 80, dans les surgelés, les fruits et légumes et les semences. Puis nous avons créé une chaîne hôtelière franchise d’Holiday Inn, une compagnie aérienne et la plus grande agence de tourisme du Chili. En 2007 nous avons décidé, en famille, de céder la totalité des activés, à l’exception de la partie semences. En 2011, nous avons ouvert Singular Patagonie. Retour aux sources. Dans d’anciens établissements d’équarrissage de moutons, les fameux agneaux de Magellan, en réalité importés, il y a un siècle, de Nouvelle-Zélande, nous avons construit un hôtel dont la philosophie est issue de mes voyages et de mes expériences : un luxe simple, la relation avec le patrimoine naturel et historique, un hôtel unique et différent, une cuisine et un service optimaux. Le Singular Santiago ouvert en 2014 en est la prolongation citadine. Mon fils aîné est en grande partie associé à cette nouvelle aventure. J.-F. G.

Jérôme Reynes (7) Importateur de la gastronomie française

Jérôme Reynes, Importateur de la gastronomie française
Jérôme Reynes, Importateur de la gastronomie française jean-francois-guggenheim

Il est devenu pour les habitants de Santiago ce que les frères Costes sont pour les Parisiens : l’empereur de la branchitude dans la capitale chilienne. Mais qu’est donc allé faire le Français Jérôme Reynes au Chili ? A sa sortie de l’Essec, en 1986, il crée Vitesse, une agence de publicité. Le succès vient naturellement. « A cette époque, les annonceurs avaient de l’argent et la créativité bâtait son plein. » A tel point qu’en 1992 ladite agence est rachetée à 70 % par Euro RSCG (aujourd’hui Havas Worldwide). Jérôme y reste aux commandes cinq ans durant. Mais il rêve d’ailleurs, d’exotisme. Son projet, il le sait, est au Chili. Il a prévenu de son départ. Alain de Pouzilhac lui demande alors de reprendre momentanément les rênes d’Euro RSCG Chili, dont le patron vient de partir. Jérôme Reynes les tiendra pendant six mois, accompagné d’un acolyte qui gardera la maison tandis que lui s’envolera vers sa propre destinée. Ça sera Le Fournil, un concept de boulangerie-bistrot qu’il met au point avec Christian Vabret, et qui va essaimer à travers la ville. « On y vendait 45 variétés de pains, alors qu’il n’en existait que deux à l’époque au Chili, et un savoir-vivre à la française. » Il ouvre dix de ces établissements en ville et devient le concessionnaire d’un centre d’événements accueillant 250 000 clients par an. « Les entrepreneurs ont tendance à ne jamais parler de leurs échecs. Or, c’est cela l’entrepreneuriat. Au bout de dix ans, j’ai perdu cette concession, j’y ai laissé 45 % de mon chiffre d’affaires. Breden Master, le plus gros fabricant de pain au Chili, a heureusement racheté Le Fournil. Je suis resté six ans aux commandes. En 2013, ils ont revendu l’entreprise que j’avais créée à un fonds d’investissement et j’ai repris ma liberté. » L’homme ne perd pas son temps. Dès 2013, il monte un nouveau groupe gastronomique, ouvre pas moins de dix restaurants sur le modèle des boutique-hôtels. « L’évolution de la gastronomie est très récente au Chili. Lorsque je suis arrivé, on ne comptait pas trois restaurants dignes de ce nom en ville. Il faut dire qu’il y régnait encore le couvre-feu. Il reste plein d’opportunités, tant à Santiago que dans d’autres villes chiliennes. Ma réputation est faite, je crois, et les propositions de créations restent d’actualité. » J.-F. G.

Esteban Calvo, CEO d’Havas Media Chile

Esteban Calvo, CEO d’Havas Media Chile
Esteban Calvo, CEO d’Havas Media Chile jean-francois-guggenheim

« Havas est en pleine réorganisation à Santiago, où j’ai créé l’agence en 2000. Je suis né ici et, après être passé par l’Université pontificale catholique, j’ai obtenu un MBA à l’IESE Business School de Barcelone, puis j’ai intégré l’Harvard Business School. » Esteban Calvo a l’air d’un homme pressé. Père de six enfants, ce cadre sup de 43 ans semble avoir l’habitude de se faire comprendre rapidement. « Vous connaissez le fonctionnement d’Havas en France ? Ici, nous appliquons le même business-plan. J’ai créé Havas Santiago ex nihilo. J’avais été approché à cette fin lors de mon séjour à Barcelone. Nous lançons actuellement Havas Village. Un concept qui réunit sous la même coupe Havas Media Group et Havas Creative Group. Jusqu’à présent, l’agence a fonctionné sur le même modèle que les autres agences sud-américaines. Avec un réel succès, compte tenu du niveau d’évolution du marché ces dernières années, Havas se situe parmi les premières agences, aux côtés des plus grandes sociétés de publicité internationales. Même si la croissance du Chili est au ralenti, les prévisions restent de l’ordre de 2 à 2,5 % pour les années à venir, après les 5 % des quinze dernières années. La croissance de l’entreprise, elle, a été réalisée naturellement en interne. Près de 300 personnes travaillent pour Havas, au travers d’Havas Media, d’Arena, de Forward et d’Havas Sport Event pour la partie Media Group, et d’Havas, de Groenlandia et d’Islandia pour Havas Creative Group. Nos clients sont les plus grands annonceurs, et ce dans tous les domaines d’activité : télécommunications et médias, banques et secteur automobile. Notre positionnement est très important dans celui média. Nous venons de nous renforcer en croissance externe en acquérant deux agences créatives au travers de Groenlandia et d’Islandia. Le secteur créatif étant, à ce jour, porteur de nombreuses opportunités. Santiago est aujourd’hui, je pense, l’une des villes les plus intéressantes du monde. Sa situation, entre les vignes et les resorts de ski, et la sécurité qu’elle offre en ont fait l’une des premières villes du continent pour les congrès et les rencontres professionnelles. Je rêverais d’y organiser les jeux Olympiques d’hiver. Bien sûr, ça serait au mois de juillet. Ici, Killy a remporté le championnat du monde de descente et de combiné en 1966. Ça serait une vitrine extraordinaire pour Santiago ! » J.-F. G

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