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The Good Playlist : L’Impératrice aux commandes

Projet mystère né au début des années 2010 des fantasmes du compositeur et claviériste Charles Dugros de Boisseguin, le groupe L’Impératrice s’est vite confronté à la scène et s’est enrichi de quatre musiciens : Hagni Gwon, David ­Gaugué, Achille Trocellier et Tom Daveau. L'envie commune du groupe ? Redonner du sens au groove sous forme instrumentale, quand l’époque privilégie les ordinateurs et les machines.

Le groupe L’Impératrice.
Le groupe L’Impératrice. Skyler Dahan

Le groupe prend sa forme définitive en 2016 avec l’arrivée de Flore Benguigui, qui s’installe brillamment au poste non prévu de chanteuse. La magie opère, tant sur scène qu’en studio, ­L’Impératrice publiant deux albums, Matahari (2017) et Tako Tsubo (2021), multipliant concerts et tournées aux quatre coins d’un monde conquis par leur cocktail de disco, de funk et de jazz, enrobé d’un parfum de pop French touch. Pour conclure cette interview, l’Impératrice a sélectionnée pour The Good Life huit titres enchanteurs. 

Charles Dugros de Boisseguin et Hagni Gwon du groupe L’Impératrice.
Charles Dugros de Boisseguin et Hagni Gwon du groupe L’Impératrice. Timothé Chambovet

The Good Life : Par votre attachement à l’instrument, au studio et au format album, vous paraissez presque anachroniques. D’où cette passion vous vient-elle ?

Charles Dugros : On prend plaisir à jouer ensemble, et à ce que toute notre musique soit jouée et non créée sur ordinateur. Cela a pris une place cruciale dans le projet. Nous restons attachés à la chaleur et au côté organique du son. En live, on a la chance d’avoir une section rythmique hypercarrée, le métronome de morceaux sur lesquels on pose les arrangements. C’est de plus en plus rare, car la plupart des artistes utilisent des bandes ou un ordinateur. 

The Good Life : Charles, quand tu as démarré seul, quels étaient tes modèles ?

Charles Dugros : J’étais obsédé par des compositeurs de bandes originales de films, comme Ennio Morricone, François de Roubaix, mais aussi par Chic, le groupe de Nile Rodgers, et Bernard Edwards, par leur sens du groove. Enfin, j’adorais des saxophonistes de jazz tels que Grover Washington, Jr. ou Paul Desmond. J’ai essayé de faire un mélange de toutes ces ­références tout en étant fan absolu de Daft Punk, qui a ­toujours ouvert la voie. Quand le duo a travaillé avec Nile ­Rodgers sur l’album Random Access Memories, en 2013, notre premier EP était déjà sorti et ça m’a persuadé de continuer dans cette voie-là. 

« On prend plaisir à jouer ensemble, et à ce que toute notre musique soit jouée et non créée sur ordinateur. »
« On prend plaisir à jouer ensemble, et à ce que toute notre musique soit jouée et non créée sur ordinateur. » Timothé Chambovet

The Good Life : Quel a été votre cheminement entre vos deux albums ?

Hagni Gwon : Les deux correspondent à des expériences différentes sur lesquelles on a beaucoup appris. Sur Matahari, le producteur Renaud Letang nous a fait passer un cap en nous faisant comprendre comment jouer en studio en groupe. 

Charles Dugros : Sur le deuxième, il nous a aidés à assumer davantage nos influences, à aller plus loin dans l’arrangement, à être moins sages, en nous expliquant que la musique n’est pas figée dans un schéma. Il nous a guidés sur l’émotion, le groove, grâce à sa justesse de la prise, son expérience du studio. Il a joué un vrai rôle de producteur et de réalisateur sur le premier, puis plus d’arrangement, de direction musicale sur le deuxième qu’on a produit nous-mêmes. 

The Good Life : En studio, testez-vous vos chansons sur les enceintes ou au casque ?

Hagni Gwon : Les deux. Cela est lié au process de production du ­deuxième album. On y a poussé l’exigence très loin, au point qu’elle s’impose comme une composante à part entière. On l’a même fait mixer en Dolby Atmos. On a une certaine facilité à travailler au casque, car on connaît nos modèles par cœur, l’acoustique est plus simple à maîtriser. Maintenant qu’on possède notre propre studio, qu’on a monté il y a deux ans, on prend l’habitude de travailler avec les enceintes. 

« Maintenant qu’on possède notre propre studio, qu’on a monté il y a deux ans, on prend l’habitude de travailler avec les enceintes. »
« Maintenant qu’on possède notre propre studio, qu’on a monté il y a deux ans, on prend l’habitude de travailler avec les enceintes. » Timothé Chambovet

The Good Life : Vous êtes l’un des gros succès français à l’international, quelle en est la clé ?

Charles Dugros : Notre musique est universelle, car très portée sur les émotions qu’elle véhicule, la sensibilité, la rencontre entre joie et mélancolie. En studio, on travaille beaucoup cette ­dimension sentimentale quasiment psychologique en ­matière d’harmonies, et ça parle beaucoup aux Américains, aux ­Mexicains, aux Canadiens… L’attirance s’explique aussi par le fait qu’on est un groupe très French touch dans nos harmonies, nos mélodies, issu de la scène Air, Phoenix ou Daft Punk qui ont beaucoup tourné à l’étranger. Enfin, le français suggère un exotisme, un érotisme aussi. 

The Good Life : Votre troisième album est-il pour bientôt ?

Charles Dugros : Nous sommes dessus sans être dessus… Ça sera un album dansant, plein d’énergie. Nous n’avons pas encore défini sa direction artistique ; il nous prendra une année de travail et sortira donc plutôt en 2024. 

Retrouvez la playlist exclusive de Frédéric Hutman pour « The Good Sound : L’Impératrice x B&O » juste ici : 

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