Jess Bailey / Unspash

The Good Perfumes :
11 parfums iconiques

L’industrie du parfum ne fabrique pas seulement… du parfum ! Elle donne aussi naissance à des objets culturels, étroitement liés au contexte historique et social de leur création. Onze pépites, véritables parfums iconiques à (re)redécouvrir dans The Good Life.

Les onze parfums que la rédaction de The Good Life a sélectionné sont parvenues à capturer l’air de leur temps dans des sillages qui sont, depuis, devenus des classiques. Découverte.

1. L’intemporel Cuir de Russie de Chanel

Il y a un siècle, à Paris, Gabrielle Chanel comptait parmi ses amis quelques exilés russes ayant fui la révolution de 1917. C’est à cette époque qu’elle proposa son propre « cuir de Russie » – un archétype de la parfumerie, inspiré par le tannage des peaux à l’écorce de bouleau. Ernest Beaux (auteur de No 5) a composé pour elle cette fragrance entre puissance et douceur, qui tempère le caractère fumé et goudronné du bouleau grâce aux volutes rondes et chaleureuses du tabac blond. Une sophistication indémodable. 

Cuir de Russie, de Chanel.
Cuir de Russie, de Chanel. andrea-locci

2. Le fidèle Pour un Homme de Caron

Il fallait un certain génie pour proposer aux hommes le premier parfum de l’histoire à leur être explicitement dédié. Et une bonne dose de créativité pour imaginer ce sillage reconnaissable entre mille, qui marie la fraîcheur aromatique
de la lavande à la tendresse enveloppante de la vanille. Homme d’affaires autant qu’artiste, Ernest Daltroff, fondateur de Caron, cumulait les deux. Et cette création a fait date : chantée par Serge Gainsbourg, portée par des célébrités de tous bords, de Jacques Chirac à James Dean, de Tom Ford à Arnold Schwarzenegger, elle est aujourd’hui remise sur le devant de la scène par l’acteur Tahar Rahim dans une nouvelle campagne. L’occasion rêvée de découvrir ce parfum auquel on reste souvent fidèle toute sa vie. 

Pour un Homme, de Caron.
Pour un Homme, de Caron. andrea-locci

3. Le puissant Fracas de Piguet

À l’heure où tant de parfums revendiquent des overdoses d’ingrédients, on ne s’émeut plus des compositions qui poussent à l’extrême tel ou tel composant. Mais quand Piguet présente ce parfum, peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale, c’est une énorme claque dans le paysage olfactif de l’époque. La tubéreuse, cette fleur à la séduction ambivalente – dont l’odeur est à la fois solaire et ténébreuse, animale, fruitée et lactée –, est jouée en majeur dans un sillage on ne peut plus glamour, qui en inspirera beaucoup d’autres. Sa créatrice, Germaine Cellier, n’avait pas froid aux yeux. Et comme l’audace est un concept qui se galvaude lui aussi, on vous suggère de lui redonner ses lettres de noblesse. Comment ? En découvrant par vous‑même l’effet dingue qu’un parfum de femme fatale peut faire lorsqu’il est porté par un homme. On vous aura prévenu.

Fracas, de Piguet.
Fracas, de Piguet. andrea-locci

4. Le végétal Vétiver de Guerlain

Au mitan des trente glorieuses, la France est devenue une grande puissance industrielle, et la parfumerie n’est pas en reste. Maison historique du secteur, Guerlain vise l’international : elle souhaite créer une fragrance à base de vétiver pour le marché mexicain qui aime beaucoup les notes boisées. Jean-Paul Guerlain s’inspire de l’impression olfactive que lui a laissée un jardinier fumeur de Gitanes pour imaginer cette composition. Les notes végétales, terreuses et fumées du vétiver – qui est une racine – sont soutenues par un accord tabac et illuminées par un départ façon cologne, qui laisse sur la peau une sensation durable de propre. D’une classe impeccable, ce parfum a dépassé de très loin le succès qu’il visait pour devenir un emblème olfactif de l’élégance à la française. Classique, mais jamais ennuyeuse, son empreinte continue de faire des merveilles sur des hommes de tous les âges. Merci Guerlain ! 

Vétiver, de Guerlain.
Vétiver, de Guerlain. andrea-locci

5. L’accessible Brut de Fabergé

Alors que le parfum a longtemps été l’apanage des élites, l’essor de l’industrie et l’émergence des classes moyennes au milieu du xxe siècle précipitent l’importante mutation dont témoigne ce flacon incontournable des grandessurfaces : l’apparition d’une offre de masse. Pas chère, mais pas cheap pour autant, cette eau de toilette est une interprétation assez classique de l’accord fougère qu’on retrouve dans tant de mousses à raser. Elle greffe autour d’une lavande puissante les notes florales du géranium et quelques aromates qui renforcent son côté propre, puis évolue vers la chaleur poudrée d’une vanille aux accents amandés. Perçu à tort comme l’expression d’une virilité sans nuances, ce parfum constitue sûrement l’un des meilleurs rapports qualité‑prix du (super)marché. 

Brut, de Fabergé.
Brut, de Fabergé. andrea-locci

6. Le verdoyant Polo de Ralph Lauren

Du flacon à l’odeur, tout est vert dans ce parfum emblématique des seventies. Il y a d’abord ces notes aromatiques, très en vogue à l’époque, qui offrent une fraîcheur élégante en tête : menthe, sauge et armoise – green comme le gazon d’un terrain de polo. Et puis cette structure chyprée qui repose sur un fond magistral de patchouli : ingrédient fétiche des hippies, c’est lui qui donne sa profondeur et son élégance au cœur de cuir et d’épices. Près d’un demi‑siècle plus tard, ce monument olfactif n’a rien perdu de son attrait. 

Polo, de Ralph Lauren.
Polo, de Ralph Lauren. andrea-locci

7. L’audacieux Kouros d’Yves Saint Laurent

Tapageurs et volontiers provocants, les parfums des années 80 sont à l’image de leur époque. Chez Yves Saint Laurent, tandis que les femmes s’aspergent d’un scandale nommé Opium, on propose aux hommes un sillage guère plus fréquentable : « l’odeur des draps après une nuit d’amour », demandée par Yves Saint Laurent au parfumeur Pierre Bourdon. Concrètement, c’est une fougère bien propre aux accents de lavande et de savon, qui laisse pointer quelques notes animales, un peu bestiales. Son créateur a dit qu’il s’agissait de « l’un des parfums les plus audacieux qu’il [lui] ait été donné de faire ». Et le succès fut immense – une preuve de plus que l’audace paie. 

Kouros, d’Yves Saint Laurent.
Kouros, d’Yves Saint Laurent. andrea-locci

8. L’Eau d’Issey pour Homme d’Issey Miyake

Le créateur japonais Issey Miyake voulait « l’odeur de l’eau » ; le parfumeur grassois Jacques Cavallier Belletrud lui a offert le raz‑de‑marée dont toutes les marques rêvent. Rapidement décliné au masculin, L’Eau d’Issey est l’un des plus grands succès de la tendance aquatique qui a déferlé sur la parfumerie dans les années 90, notamment permise par la découverte d’une molécule nommée calone, reconnaissable à sa puissante odeur d’embruns. Dans cette version pour homme, la calone donne une immense fraîcheur à un accord d’agrumes, d’épices et de bois, et signe un parfum en parfaite adéquation avec son époque éprise de pureté. 

L’Eau d’Issey pour Homme, de Issey Miyake.
L’Eau d’Issey pour Homme, de Issey Miyake. andrea-locci

9. L’enivrant Bois d’Argent de Christian Dior

Sa créatrice, Annick Menardo, l’a imaginé pour un dandy : il est devenu le parfum culte des rappeurs (et des chauffeurs Uber). Si rien ne laissait présager cette trajectoire originale qui a déjà fait couler beaucoup d’encre, on ne peut que se réjouir du succès de cette composition basée sur l’iris et l’encens, qui déploie sur la peau un jeu de textures captivant, boisé, sec, chaud et poudré. Composé à la demande d’Hedi Silmane, alors directeur artistique de Dior Homme, c’est probablement le succès le plus éclatant des lignes premium lancées par les grandes marques au début des années 2000, en réponse au succès croissant d’une parfumerie indépendante venue grignoter leurs parts de marché et bousculer les attentes des consommateurs. 

Bois d’Argent, de Christian Dior.
Bois d’Argent, de Christian Dior. andrea-locci

10. Le guerrier Invictus de Paco Rabanne

Qui d’autre que Paco Rabanne pouvait assumer de pousser le bouchon de la virilité conquérante jusqu’aux frontières de la caricature, non sans une bonne dose d’humour ? Dans ce véritable blockbuster des années 2010, tout concourt
à l’idée d’une puissance que rien ne peut arrêter : campagne musclée, flacon de champion, mais aussi, et surtout, ce jus au sillage démentiel, propulsé par une grande rasade de bois ambrés. Grâce à ces molécules encore relativement nouvelles, les parfumeurs (ils étaient quatre à l’œuvre) ont donné une diffusion et une rémanence ahurissantes à un accord marin, mâtiné de pamplemousse acidulé et de laurier. S’il faisait l’effet d’une claque à son lancement, force
est de constater que nos nez se sont vite habitués à sa puissance, au point qu’elle est aujourd’hui devenue 
assez standard dans le paysage des masculins contemporains. 

Invictus, de Paco Rabanne.
Invictus, de Paco Rabanne. andrea-locci

11. Le naturel H24 d’Hermès

Conciliant naturalité et modernité, le dernier‑né d’Hermès réussit la prouesse de se poser à l’endroit exact de nos aspirations contemporaines. Pourtant, s’attaquer au registre vert n’est pas chose aisée de nos jours… La parfumeuse maison, Christine Nagel, est parvenue à trouver le point d’équilibre parfait entre, d’un côté, un accord végétal très vif, où une fleur de narcisse rencontre l’amertume de la sauge et quelques accents anisés, et de l’autre, une impression aquatique, fruitée et métallique, qui l’ancre résolument dans la parfumerie de notre époque et ne manquera pas de trouver un écho chez les citadins connectés. Les fameux bois ambrés, incontournables, sont présents, mais employés sans excès, laissant respirer le parfum (et ceux qui le portent) et permettant à ses nuances de se déployer lumineusement sur la peau. Sacré meilleur nouveau parfum pour homme de 2021 par un jury de professionnels aux Fifi Awards, tout juste décliné dans une version eau de parfum, cette année, il est à adopter dans un flacon rechargeable… évidemment. 

H24, d’Hermès.
H24, d’Hermès. andrea-locci

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