En près de trente ans d’existence, la start-up fondée par Henri Seydoux n’a cessé de se renouveler. Elle mise aujourd’hui notamment sur la sécurité des données pour se démarquer d’une concurrence féroce et s’est recentrée sur le marché professionnel.

A son origine spécialisée dans la technologie de la reconnaissance vocale, la start-up Parrot s’est depuis largement diversifiée… Avant de se lancer dans les drones professionnels, équipant notamment l’armée américaine.
A son origine spécialisée dans la technologie de la reconnaissance vocale, la start-up Parrot s’est depuis largement diversifiée… Avant de se lancer dans les drones professionnels, équipant notamment l’armée américaine. DR

A l’origine, une start-up de reconnaissance vocale

S’il devait y avoir un maître-mot chez Parrot, ce serait l’adaptabilité. Aujourd’hui reconnue comme une entreprise de drones professionnels, cette start-up, née il y a vingt-huit ans, a d’abord opéré sur un tout autre marché. “Le projet initial était d’utiliser la reconnaissance vocale pour faire des produits électroniques grand public”, explique son fondateur et dirigeant Henri Seydoux. D’où le nom de Parrot (perroquet en français): “Vous parlez à une machine et elle vous répond”, décrypte-t-il. Après des premières années difficiles, le succès est enfin là, couronné par une introduction en Bourse en 2006. “Nous avons été les innovateurs et les principaux développeurs et industriels du téléphone bluetooth à reconnaissance vocale dans les voitures. Nous étions le Nokia du secteur”, poursuit Henri Seydoux, en évoquant le chiffre de 40 millions de produits vendus… dont à Tesla, l’un de ses clients d’alors.

Conscient que dans les télécoms, il faut se renouveler ou dépérir, comme l’a montré la chute brutale de l’ancien géant finlandais, le dirigeant décide de réorienter son entreprise à la fin des années 2000. “Nous nous sommes lancés dans l’extension du jeu vidéo, mais nous voulions  que les décors aient l’air réels. C’est comme ça que  nous avons développé les drones grand public”. En 2010, Parrot commercialise son premier appareil: l’AR Drone. S’ensuit une période d’expansion, durant laquelle l’entreprise acquiert une série de start-up, dont Varioptic (lentilles optiques), Dibcom (circuits intégrés) et SenseFly (drones professionnels). Elle ouvre même sa première boutique de drones, à Paris.

Henri Seydoux, fondateur de Parrot, pose dans son bureau.
Henri Seydoux, fondateur de Parrot, pose dans son bureau. Parrot

Les Américains ont vu les appareils qu’on faisait pour le grand public et nous ont proposé de travailler sur une version militarisée » – Henri Seydoux, fondateur et dirigeant de Parrot.

 

Rivalité des drones

Son activité grand public commence toutefois à battre de l’aile à partir de 2015. De puissants rivaux émergent, dont le chinois DJI. L’entreprise se déleste de certaines de ses filiales, se réorganise, puis décide de se recentrer sur les clients professionnels. “Je suis un entrepreneur. Quand on crée une start-up, il faut viser grand, pas un marché de niche. Le drone reste un produit valable, il permet de faire des centaines de tâches différentes”. De la cartographie à la maintenance des infrastructures, de l’agriculture à la défense, le potentiel de ces engins volants est immense. Les Etats-Unis, l’un des pays qui en est le plus conscient, sont venus toquer à la porte de Parrot en 2018. “Les Américains ont vu les appareils qu’on faisait pour le grand public et nous ont proposé de travailler sur une version militarisée ». C’est ainsi qu’est né le drone Anafi-USA. Outre le département américain de la Défense, les forces armées françaises, espagnoles et britanniques ont elles aussi acheté ce produit fabriqué sur le sol américain. Avec la guerre en Ukraine, qui a mis en lumière l’intérêt crucial des drones — des appareils Parrot sont utilisés sur les théâtres d’opérations de ce conflit —, le carnet de commandes s’est encore étoffé.

Face aux réserves émises par Parrot au sujet de la sécurité de ses drones, le géant chinois DJI s’insurge : « Un grand nombre d’agences publiques aux Etats-Unis continuent de s’appuyer sur les drones DJI et de les utiliser au quotidien. »
Face aux réserves émises par Parrot au sujet de la sécurité de ses drones, le géant chinois DJI s’insurge : « Un grand nombre d’agences publiques aux Etats-Unis continuent de s’appuyer sur les drones DJI et de les utiliser au quotidien. » DR

Une filière, deux lobbys

Face à la concurrence internationale, les Français et les Européens s’organisent. Le dirigeant du constructeur de drones Delair, Bastien Mancini, a fondé en 2021 l’Association du Drone de l’Industrie Française (ADIF). Elle compte une trentaine de membres, dont Parrot. La même année, Victor Vuillard a créé Drones4Sec, une organisation professionnelle à portée européenne qui regroupe fabricants de drones — dont Delair — et de robots, fournisseurs de composants stratégiques et entreprises de logiciels. Ces deux lobbys, qui assurent être complémentaires, veulent structurer la filière afin de faire entendre leur voix auprès des décideurs politiques.

Pour répondre aux lourdes exigences réglementaires du secteur, Parrot a œuvré à la sécurité de ses deux drones (l’Anafi-USA et l’Afani-Ai), à rebours, selon elle, des produits DJI, devenu entre-temps le numéro 1 du segment grand public. “Leurs appareils posent un énorme problème de sécurité, ce sont des espions volants. Les Américains les ont interdits pour toute opération gouvernementale. Les Européens finiront par faire de même.

Contactée, l’entreprise chinoise s’insurge : “DJI intègre des protections de confidentialité dans ses systèmes et donne aux utilisateurs le contrôle sur la manière dont les données de leurs drones sont collectées, stockées et transmises. Un grand nombre d’agences publiques aux Etats-Unis continuent de s’appuyer sur les drones DJI et de les utiliser au quotidien.”  Parrot n’en assure pas moins que les données des utilisateurs de ses drones sont parmi les mieux sécurisées du marché. “Nous sollicitons des audits externes pour nous en assurer, affirme Victor Vuillard, responsable sécurité de l’entreprise et fondateur de l’association Drones4Sec (voir encadré). Nous participons aussi à des « bug bounty » (programmes de récompenses aux personnes qui rapportent des bugs, ndlr) et des concours de piratage. Nous sommes les seuls fabricants de drones à le faire et, jusqu’ici, personne n’a trouvé la moindre faille. » Parrot, chevalier blanc de la transparence ?

G.A-C


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