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Longtemps monopole de Swatch Group, la maîtrise du spiral a fait l’objet de recherches approfondies pour obtenir une alternative au métal, 2023 - The Good Life
Longtemps monopole de Swatch Group, la maîtrise du spiral a fait l’objet de recherches approfondies pour obtenir une alternative au métal.
Marine Mimouni

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Le spiral, le ressort minuscule qui a bouleversé l’horlogerie

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Véritable cœur et organe de régulation, ce minuscule ressort est sans doute l’élément le plus sensible d’une montre mécanique. Longtemps monopole de Swatch Group, la maîtrise du spiral a fait l’objet de recherches approfondies pour obtenir une alternative au métal. Comment un composant de 0,05 g valant quelques euros a-t-il bousculé toute l’industrie horlogère ?

Son origine remonterait à l’Antiquité, son application dans l’horlogerie, au xviie siècle. Une longue histoire pour un simple fil métallique enroulé à usage de ressort. Une drôle d’histoire aussi, car ce très petit élément nommé « spiral » a fait l’objet de grandes spéculations dans l’industrie horlogère ces deux dernières décennies. Associé à un volant pour former le balancier spiral, ce composant d’à peine 0,05 g joue un rôle déterminant comme organe de régulation de la montre mécanique. Il en assure l’essentiel : sa précision. Son importance s’avère inversement proportionnelle à son coût réel : quelques euros tout au plus.


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L’assemblage du mouvement est un travail manuel de haute précision.
L’assemblage du mouvement est un travail manuel de haute précision. Rolex

Alors pourquoi tant d’intérêt pour une pièce dont toute manufacture pourrait obtenir la maîtrise technique ? Il faut aller chercher la réponse dans les évolutions technologiques et le besoin d’innovation dont se nourrit l’industrie horlogère, ainsi que dans la rivalité feutrée qu’entretiennent les grandes maisons suisses. Il était une fois cinq fabricants de spiraux se regroupant pour partager leurs savoir-faire et donner naissance à la Société des fabriques de spiraux réunies.

En 1919, ils mettent au point, avec le concours du physicien Charles Édouard Guillaume, qui sera Prix Nobel l’année suivante, le premier alliage compensateur pour spiraux d’horlogerie, baptisé « élinvar ». En 1933, ils le perfectionnent avec le Nivarox, un alliage complexe de métaux qui établit la norme pour des décennies. Il se trouve qu’en absorbant la quasi-totalité des ateliers du secteur, l’entreprise Nivarox, créée en 1937, va détenir déjà une sorte d’exclusivité.

Ⓒ Rolex.
Ⓒ Rolex.

La crainte du monopole

Quand Nicolas George Hayek s’empare de la société, au début des années 1980, c’est d’abord pour la sauvegarder alors que l’industrie horlogère suisse vit sa plus grande crise. Nivarox–FAR devient une filiale de la SMH, bientôt Swatch Group, et s’impose sans conteste comme le leader de la production des pièces oscillantes et d’échappement pour les montres mécaniques les plus prestigieuses. Son siège se trouve au Locle, ses quatre usines sont également implantées au cœur du Jura horloger.

Et la discrétion, habituellement de mise, relève plutôt ici du secret : « Notre entreprise n’est pas visitable et nous ne donnons pas d’interview, au regard, en particulier, des nombreux brevets sur nos procédés de fabrication », répond poliment la direction de l’entreprise à toute demande. Quelques mots sur un site web minimaliste rappellent toutefois sa mission : « Être un partenaire industriel permettant d’assurer l’autonomie et la position de leader de Swatch Group. »


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Ⓒ Ulysse Nardin.
Ⓒ Ulysse Nardin.

C’est bien cette crainte qui interpelle de nombreuses manufactures au tournant des années 2000 : se retrouver pieds et poignets liés à un seul fournisseur, de surcroît propriété du numéro un d’un marché qui a redémarré très fort. « La peur s’est accentuée quand Swatch Group a annoncé vouloir réduire la fourniture de ses composants à des tiers. Cela a servi de signal d’alarme, parce que, sans spiral, il n’y a pas de montre mécanique », raconte Christophe Roulet, rédacteur en chef du journal de la Fondation de la haute horlogerie.

Si, jusque-là, la fabrication de cette pièce a largement été sous-traitée à Nivarox par les grandes marques horlogères, ce n’est pas un hasard de l’histoire : on se trouve dans le côté industriel, voire métallurgique, du secteur, dans un savoir–faire d’ingénieurs et non pas d’horlogers. Un autre métier, en somme, qu’il n’apparaissait pas forcément judicieux de maîtriser : composant complexe à fabriquer, le spiral demande de lourds investissements pour des volumes limités si une marque s’en tient à sa production. Ou alors, il faut avoir la volonté de rester totalement indépendant.

Parmi la multitude de pièces et de rouages, l’ajout du spiral est une opération délicate. Chez Rolex, cet organe prestigieux se démarque par sa couleur bleue caractéristique.
Parmi la multitude de pièces et de rouages, l’ajout du spiral est une opération délicate. Chez Rolex, cet organe prestigieux se démarque par sa couleur bleue caractéristique. Rolex

Tout en sortant moins de 1 000 garde-temps chaque année, une maison artisanale comme Bovet tient à contrôler entièrement cet organe. Pour trouver des alternatives au spiral classique et à la dépendance au groupe Swatch, l’industrie a cherché des solutions techniques. Entre autres innovations, Rolex met au point, en interne, dès 2005, son Parachrom, à la couleur bleutée caractéristique, et Precision Engineering élabore un nouvel alliage de niobium et de titane pour sa société sœur H. Moser & Cie. Plus récemment, en 2019, TAG Heuer lance un spiral en composite de carbone, une première mondiale…


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Ⓒ Rolex.
Ⓒ Rolex.

Les temps nouveaux

C’est surtout l’avènement du silicium qui offre le plus de perspectives. Ce métalloïde possède des propriétés adaptées à la micromécanique de précision comme l’horlogerie le réclame. Léger et résistant, inoxydable et insensible au magnétisme comme aux variations de température, il semble être le matériau idéal.

« Il est réputé plus stable et plus fiable, même si certains estiment que nous n’avons pas encore assez de recul pour en juger. D’autres assurent qu’il faut sortir de procédés qui datent de plus de trois siècles. C’est l’éternelle bataille des anciens et des modernes », s’amuse Christophe Roulet. Parmi les modernes se trouve Ulysse Nardin, précurseur au début des années 2000 avec sa filiale industrielle Sigatec, mais aussi Rolex et Patek Philippe, qui se sont associées au même moment pour développer des spiraux en silicium avec… Swatch Group.

Vue d’un spiral des montres Ulysse Jardin.
Vue d’un spiral des montres Ulysse Jardin. ulysse-nardin

Les brevets mis au point en collaboration avec le Centre suisse d’électronique et de microtechnique (CSEM) ont été déposés dès novembre 2002 et ont donné un avantage compétitif à ces acteurs, qui ont intégré progressivement les nouveaux spiraux dans leurs mouvements : le Siloxy chez Rolex, le Spiromax de Patek Philippe. Depuis la fin de l’année dernière, ces brevets sont tombés dans le domaine public. « Ce qui avait bloqué en partie le reste de l’industrie va libérer le paysage. Le sujet devient moins sensible : suffisamment de producteurs sont aujourd’hui sur le marché pour trouver des spiraux même si l’on n’est pas dans les petits papiers de Swatch Group ! » conclut Christophe Roulet. 


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