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Test / Fabien Voileau

Gastronomie // Evasions

Ce restaurant est notre coup de cœur du moment, mené par un chef autodidacte et un homme de pub

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Entre Pigalle et la gare du Nord, une minuscule adresse bouscule les certitudes de la scène culinaire parisienne. En ce début d’année 2026, Paris prouve une fois encore qu’elle sait se renouveler, loin des effets de mode, en laissant émerger des talents singuliers et des projets incarnés.

Si l’on s’accorde tous à louer Londres comme étant la nouvelle place gastronomique en Europe, Paris n’a pourtant pas de mal à se défendre. La capitale continue d’imposer son rythme, parfois plus discrètement, mais avec une constance remarquable. En ce début d’année 2026, nous avons pris notre première claque (et peut-être pas la dernière) tant la scène culinaire parisienne semble animée par une énergie nouvelle. Les ouvertures se multiplient et certaines marquent immédiatement les esprits, à l’image de Test, nouveau restaurant de Georges-Mohammed Chérif fondateur et président de l’agence de publicité Buzzmann et du chef autodidacte Jérémy Elie Marratche.


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Restaurant Test : une affaire d’hommes

Coincée entre Pigalle et la gare du Nord, une toute petite échoppe redécorée abrite un talent naissant. Le lieu est minuscule, presque caché dans le tissu urbain, et c’est sans doute ce qui fait une partie de son charme. Ici, on entre avec la sensation que quelque chose est en train de se passer, loin des projecteurs habituels et des grandes adresses déjà installées.

Le chef Jérémy Elie Marratche, autodidacte et passionné de poisson, s’active derrière son comptoir. Il a été repéré par le pubard Georges-Mohammed Chérif, entrepreneur gastronome à ses heures qui n’en est pas à son premier rodéo puisqu’il a ouvert, à Marseille, Poissonnerie Kennedy, une table iodée dont la réputation n’est déjà plus à faire. Se mettre en scène n’est pas un coup d’ego : ce comptoir ouvert permet au chef d’expliquer sans mot l’amour et la précision qu’il met dans chaque assiette, dans chaque tranche de poisson maturé qu’il découpe au couteau japonais et dispose à la pince à épiler. Son geste n’est pas convention, il est instinctif. Il n’a pas été formé par une grande école ou un grand chef : la carrière gastronomique de Jérémy Elie Marratche débute avec sa passion pour la « bouffe ».

Tunisien, il est nourri aux bons plats de sa famille dont il regrette néanmoins la présentation, jamais ciselée, jamais élégante. Voyageur, il s’éprend du Japon et de ses savoir-faire uniques autour du poisson. A force d’acharnement, de petites tables lui confient leurs rênes. Il affûte son goût, travaille sa technique et se fait un nom. Bientôt, il décroche plusieurs résidences dans des restaurants célébrés (Le Chardon, à Arles ; Becquetance à Paris) et se positionne sur la watch list de Georges-Mohamed Chérif, précurseur de tendances et de talents.

Félix Ribeiro, directeur de salle, à gauche ; Jérémy Ellie Marratche, à droite.
Félix Ribeiro, directeur de salle, à gauche ; Jérémy Ellie Marratche, à droite. Test / Fabien Voileau

Retenez ce nom

On parlait récemment du retour des menus entrée-plat-dessert et de la mort annoncée des petites assiettes à partager. Une tendance que beaucoup croyaient inéluctable. Test viendrait-il prouver que nous avions tort ?

Car le chef a construit sa carte autour de petites bouchées, à l’exception de deux propositions pensées pour être partagées. On se régale en deux crocs d’un tamago réinventé, d’une bonite relevée au labneh et ses câpres, ou encore d’une feuille de brick qui accueille un tartare de thon et de ses œufs de saumon. Chaque assiette est concise, lisible, jamais anecdotique car elle recèle toujours un petit plus, un condiment qui fait toute la différence — une harissa, une mayonnaise au wasabi, un gel yuzu… — et largement tournée vers le poisson, qui mature en pleine salle.

Le restaurant se revendique à « 50 % feuj, à 50 % rebeu et à 50 % japonais ». Oui, les calculs sont incorrects mais l’addition est évidente. Cette identité composite reflète le parcours du chef et se traduit directement dans les saveurs. Il ne cherche pas à simplifier son héritage, mais à le faire coexister dans une cuisine personnelle, sincère et pleinement assumée.

Georges-Mohammed Chérif, accélérateur de talents

On dira sans détour que Georges-Mohammed Chérif a l’œil acéré. Parti de rien, désormais au sommet de la création publicitaire avec son agence Buzzman, fondée en 2006 — il venait de remporter le budget Aldi alors que nous nous apprêtions à faire ce « Test » — le Toulousain a comme un don pour transformer ce qu’il touche en or.

Il repère des talents, leur donne la parole et les met en scène, un peu comme il le fait dans son agence de publicité lorsqu’il s’occupe d’une marque et qu’il en remodèle le discours. Chez Test, le restaurant devient un médium, le chef, le message central.

À quel projet l’inarrêrable « Georges » s’attaquera-t-il prochainement ? Lui-même ne le sait probablement pas encore. Car à en juger par le nom de ce restaurant, sa vie est une éternelle suite de tests… Une manière d’avancer sans certitude, mais avec intuition, et de laisser la curiosité guider les prochains projets.

Le restaurant offre, au fond d’un petit couloir, une seconde pièce plus intimiste où l’on peut dîner sous des alcôves.
Le restaurant offre, au fond d’un petit couloir, une seconde pièce plus intimiste où l’on peut dîner sous des alcôves. Test / Fabien Voileau

Restaurant Test
70 Rue de Dunkerque, 75009 Paris
Réservations


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