Roger Coulon

Rencontre :
La transmission réussie du Champagne Roger Coulon

En Champagne, la famille Coulon à Vrigny cultive ses vignes et élabore son champagne Roger Coulon en prenant soin de sa terre pour mieux élaborer ses cuvées. Son crédo : pas de beaux vins sans beaux raisins. Rencontre.

Le champagne Roger Coulon, une histoire de famille… Et loin des « buveurs d’étiquette ! »
Le champagne Roger Coulon, une histoire de famille… Et loin des « buveurs d’étiquette ! » Roger Coulon

Non, ce champagne n’est pas pour « les buveurs d’étiquettes » ! Chez les Coulon, on privilégie le soin des vignes et l’amour des vins pour créer des champagnes d’artisanat que l’on pourrait comparer à du travail d’orfèvre. Éric et Isabelle Coulon font partie de la bande de Trait d’Union en Champagne. Un clan regroupant quelques figures incarnant le « haut du panier » du vignoble champenois, Selosse, Egly-Ouriet, Jacquesson et Larmandier-Bernier en tête. La crème de la crème.

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Le petit village de Vrigny, classé en Premier cru en Champagne, se dégage dans la brume hivernale de la campagne champenoise, sur cette Montagne de Reims qui n’a de montagne que le nom. Au domaine familial du Champagne Roger Coulon, neuf générations se sont succédé.Et le temps est venu pour Éric et Isabelle de passer le relais à la génération suivante…doucement et tranquillement comme il se doit en Champagne où le temps long est le maître-mot.

Edgar et Louise Coulon. Une nouvelle génération chez Roger Coulon.
Edgar et Louise Coulon. Une nouvelle génération chez Roger Coulon. Roger Coulon

Cette génération, c’est celle de la fille et du fils d’Isabelle et Éric Coulon, Edgar et Louise. Pour Edgar Coulon, il s’agit surtout d’une continuité, comme une suite logique liée à une enfance bercée d’amour et de bons petits plats : « Avant d’aimer le vin, on aimait la cuisine, car on cuisinait beaucoup à la maison. Nous avons toujours vécu ici et on a été rythmés en fonction des saisons de la campagne viticole » se souvient-il. En précisant : « on a toujours eu le choix ».

Roger Coulon en quelques chiffres

 

  • 9e génération de vigerons
  • 11 hectares
  • 115 parcelles, terroirs dans les premiers et grands crus de la Montagne de Reims
  • Environ 80 000 bouteilles en fonction des années
  • Une dizaine de cuvées
  • 40 ans, c’est l’âge moyen des vignes avec encépagement à dominante pinot meunier (mais également pinot noir et chardonnay
  • 2019 : la conversion en bio

Nature et transmission

Désormais jeunes adultes, leurs positions comptent au sein des décisions familiales : « des décisions collégiales », précise Louise Coulon. Ce regard neuf associé à une expérience acquise ailleurs permet d’apporter une différence, même si la culture familiale n’est jamais très loin : « On partage des tâches, on échange, on dialogue, on est très souvent d’accord, et on arrive à facilement s’entendre ». Éric Coulon, quant à lui, se réjouit « jeunes, ils ont découvert qu’ils aimaient notre travail, désormais, ils apportent leur évolution tout en respectant l’histoire du domaine, c’est une phase magnifique ». Isabelle Coulon le souligne, « transmettre, c’est une vraie opportunité quand les successeurs s’engagent pleinement ». Une succession qui ravit, notamment pour Éric Coulon qui avait, lui, dû reprendre l’exploitation au décès de son père en 1982. « La force de mon handicap est d’avoir perdu mon père, c’est que je me suis construit plus vite ». Pour Louise et Edgar Coulon, évolution ne signifie pas révolution : cette transmission du domaine est surtout incarnée par ce lien fort qui les unit à leurs parents. Des parents qui leur ont insufflé le goût de la nature.

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Et de nature, de viticulture de proximité aussi, il est ici question. onze hectares sur cent quinze parcelles sont certifiés bio autour de Vrigny, Faverolles et Coëmy, Chouilly… « chaque parcelle est connue et reconnue avec une vraie présence à la vigne », explique Eric Coulon. Son fils ponctue : « on fait notre métier avec des convictions ».

  

L’agroforesterie, le défi de la relève champenoise

Des convictions liées à la nature, à l’environnement et au développement durable. Pourtant cela n’a pas été simple : « je ne me suis pas posé de questions avant 35 ans, explique Éric Coulon. À l’époque, nous étions dans une logique de production, la logique des trente glorieuses, j’ai perdu mon père, ma sœur, il a fallu gérer les successions et sauvegarder l’entreprise ». Et de reconnaître : « la réflexion vient avec la capacité financière, une réflexion douce, on a ressorti la charrue, on a retravaillé les haies, des choses simples à faire, il a également fallu résister à la pression des distributeurs de phytosanitaires et à l’époque c’était énorme ! ».

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Depuis, Edgar Coulon continue l’œuvre débutée par son père : « Pour moi, le bio c’était le socle, mais il fallait aller plus loin pour faire des vins de qualité, faire de grands vins ! ». La ligne d’horizon d’Edgar et sa sœur se dessine avec l’agroforesterie, une gageure en Champagne où chaque pied de vigne représente quelques milliers d’euros. « L’agroforesterie cela relève de l’intime. C’est un ensemble, c’est une analyse de la forêt, de la flore, des animaux. Nous sommes vignerons, producteurs de raisins, même si l’on veut être le plus vertueux possible, nous avions une obligation de production tout en respectant au mieux notre environnement. Nous avons d’ailleurs abandonné la charrue pour laisser les sols vivants. La charrue déstabilise les milieux, on la quitte au profit de tontes en saison qui sont plus douces que des fers plantés dans le sol ». Avec l’humus riche des fleurs et des feuilles des arbres, la terre est nourrie de belle façon, mais comme le souligne le jeune homme : « Encore faut-il choisir les bonnes essences, arbres fruitiers, pommiers, poiriers, quetsches, on a même fait greffer des pommiers historiques du cru et des arbres locaux de la forêt de Vrigny, comme les noisetiers : l’agroforesterie du domaine, c’est le ressenti de l’exploitation ».

Ces fameux soins à la vigne et le respect de la terre permettent au Champagne Roger Coulon d’élaborer effectivement de grands vins. Des vins qui respectent la tradition. « Cest mon grand-père qui m’a appris à faire le vin, tout est naturel, pas de filtration, pas de levure », tient à préciser Éric Coulon. Des vins qui expriment de superbes notes aromatiques tout en gardant une belle fraîcheur, de la structure tout en délicatesse. Avec peu de dosage (autour de trois grammes par litre au maximum), ils sont vinifiés, fermentés,  élevés…  et aimés sous bois.

S.C


Champagne Roger Coulon
12 Rue de la Vigne du Roy,
51390
 Vrigny

T. 03 26 03 61 65

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