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Marine Mimouni

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Pourquoi cette bouteille en plastique est le futur de la mode

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Des marques de vêtements et d’accessoires pour le surf, les activités et les vacances estivales commencent à proposer des articles conçus dans des matériaux à base de déchets en plastique repêchés dans les océans. Une démarche écoresponsable qui, hélas, ne fait pas encore assez de vagues.

L’activiste new-yorkais Cyrill Gutsch a tenu à faire le déplacement pour la présentation, à Paris, de la ligne masculine Beach Capsule de Dior, créée en collaboration avec son organisation environnementale Parley for the Ocean. Normal : les griffes de luxe et les labels de mode ne se bousculent pas pour utiliser son polyester recyclé à partir de débris plastiques récoltés dans la mer. 


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Bask In The Sun, vestiaire masculin écoresponsable ancré sur la Côte basque.
Bask In The Sun, vestiaire masculin écoresponsable ancré sur la Côte basque. Vince Perraud

En 2015, Parley avait tout de même mis un pied dans l’univers du sportswear en cosignant une paire de baskets fashion avec Adidas en polyester recyclé à partir de déchets plastiques. Puis la créatrice néerlandaise Iris Van Herpen imaginait cinq robes uniques en Ocean Plastic, à l’occasion des défilés de haute couture automne-hiver 2021. Mais jamais une collection entière n’avait été pensée en suivant ses recommandations à la lettre.

Depuis 2012, via un programme intitulé « Parley AIR », Gutsch et ses équipes sensibilisent chercheurs, scientifiques, artistes et stylistes au traitement des déchets marins, à la réduction des emballages rejetant des microparticules et, enfin, à l’emploi de polyesters recyclés plutôt que de première génération, dits « polyesters vierges », dont plusieurs études estiment que la production mondiale (en croissance permanente) atteindra les 400 millions de tonnes par an en 2023.

Le polyester en plastique recyclé peine à se faire une place

« La Beach Capsule est constituée de 96 % de fibres recyclées », se félicitent Cyrill Gutsch et Kim Jones, le directeur artistique des collections masculines de Dior, lors d’un talk en marge de la présentation des modèles en polyester recyclé. Le studio de création de la maison de l’avenue Montaigne a commencé à esquisser de nouveaux tissus à base d’Ocean Plastic dès 2019.

3 questions à Pierre Pomiers

Cofondateur de la marque française Notox, qui signe une planche de surf pour Dior.

Depuis quelques années, la mode éco-responsable s'impose sur le marché de l'habillement. Zoom sur un phénomène en pleine expansion, 2023 - TGL

Comment avez-vous pris conscience que la fabrication des planches de surf était désastreuse pour l’environnement ?

Nous l’avons découvert à l’occasion d’une visite d’atelier qui a été une douche froide tant le processus de fabrication des planches générait de déchets. Il fallait 9 kg de matières premières pour réaliser une planche qui pèserait moins de 4 kg au final. Les rebus étaient des mousses de polyuréthane non recyclables, de la fibre de verre, qui est dangereuse à l’état de déchet, des résines et des particules fines de polyester, des liquides de nettoyage à base d’acétone… Cet envers du décor était en totale contradiction avec le discours des marques spécialisées.

En quoi les planches Notox sont-elles aujourd’hui plus écologiques ?

Nous nous sommes mis en quête de matériaux alternatifs. Le pain de mousse
a été remplacé par du polystyrène issu du recyclage. De premières résines époxy biosourcées arrivaient alors sur le marché. Et pour la substitution de la fibre de verre, nous sommes tombés sur un article au sujet des composites à base de fibres végétales. Nous les avons donc toutes testées – le chanvre, la ramie issue de l’ortie… Le jute et le lin se sont avérés les plus appropriés. Ensuite, le premier provient d’Asie du Sud-Est, tandis que les meilleures qualités de lin poussent entre Caen et Amsterdam… Souhaitant produire en circuit court, nous avons recentré nos développements autour de cette fibre et nos planches en sont aujourd’hui constituées.

Tous vos efforts demeurent néanmoins une goutte d’eau dans l’océan. Que serait‑il urgent de changer pour aller plus loin ?

Les mentalités ! Il existe en Thaïlande des ateliers fabriquant 500 planches par jour, soit l’équivalent de notre production annuelle… Nos efforts pour du matériel plus écoresponsable sont dilués face à ces quantités industrielles. Cela peut paraître paradoxal de la part d’une marque qui souhaite se développer, mais nous devons tous consommer moins, résister à l’obsolescence programmée dictée par les tendances et ne pas changer de matériel de surf chaque année.

Leur mise au point a ensuite pris du temps, car les fibres recyclées réservent parfois de mauvaises surprises. Et les industriels textiles de ne pas toujours saisir l’urgence environnementale relative aux compositions dérivées du pétrole.

« Longtemps, il n’existait pas de matières alternatives pour les activités physiques. Dans les magasins de sport, on trouvait seulement des tenues synthétiques issues de productions lointaines, qui ne prenaient pas en compte toutes ces nécessités écoresponsables devenues incontournables », confirme Desolina Suter, la directrice de la mode de Première Vision, salon mondial des tissus haut de gamme qui se tient deux fois par an à Paris.

La planche de surf Dior, réalisée en collaboration avec Notox dans des matériaux respectueux de l’environnement.
La planche de surf Dior, réalisée en collaboration avec Notox dans des matériaux respectueux de l’environnement. Alfredo Piola

« Si les surfeurs ont toujours œuvré pour la protection de l’environnement par le biais des associations, longtemps ils n’ont pas eu d’autre choix que de porter des combinaisons en Néoprène ou en polyester dérivés du pétrole pour aller se mesurer aux vagues », renchérit le styliste Arthur Robert, qui a lancé la marque Ouest Paris en 2021, inspirée par ce sport de glisse qu’il pratiquait naguère sur les côtes de ses Landes natales.


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Sa marque citadine privilégie les tissus naturels aux synthétiques. Il affectionne notamment le denim, mais dans des qualités non délavées, en coton recyclé, afin de limiter le gaspillage et la pollution de l’eau.

Chemise en lin et maillot 100 % recyclé, Apnée.
Chemise en lin et maillot 100 % recyclé, Apnée. Jean-Philippe Lebée

« Je sélectionne des matériaux qui ont un moindre impact, ajoute-t-il. Mes fournisseurs se démènent également pour obtenir toutes les garanties et les labels environnementaux. Il y a cinq ans, personne n’avait de telles préoccupations. »

Desolina Suter note aussi un revirement : « Après avoir été pointé du doigt comme un secteur très polluant, le textile-habillement fait aujourd’hui un maximum d’efforts pour réduire son impact, préserver les océans, réduire la consommation d’énergies fossiles dans la production de synthétiques. À chaque édition de Première Vision, nous découvrons de nouveaux développements de matériaux biosourcés particulièrement intéressants. Par exemple, la start-up bretonne Bysco transforme le byssus de moule – les filaments développés par le mollusque pour s’accrocher aux rochers – en fibres textiles. »

Soöruz développe et produit des matériaux de substitution au Néoprène et au polyester.
Soöruz développe et produit des matériaux de substitution au Néoprène et au polyester. DR

Depuis 2015, il y a aussi la marque de combinaisons Soöruz, à La Rochelle, qui a investi massivement dans la mise au point de matériaux de substitution au Néoprène, à base de fleur de guayule produisant un caoutchouc naturel. Puis, avec de la sève d’hévéa, du polyester recyclé, des résidus de canne à sucre et de la poudre de coquille d’huître.

Des nouveaux labels engagés pour la planète

La mer n’est jamais très loin du siège de ces nouveaux labels qui veulent enrayer la pollution maritime. « Nous sommes en contact permanent avec la nature. À tous les stades du développement du produit, notre objectif est d’être à la fois performants et écoresponsables, de réduire au minimum notre impact sur l’environnement », explique Isabelle Mazzetti, chez Soöruz.

Ouest Paris, la marque citadine inspirée des sports de glisse, privilégie les tissus naturels.
Ouest Paris, la marque citadine inspirée des sports de glisse, privilégie les tissus naturels. Ouest Paris

« Lorsque vous avez l’Atlantique à vos pieds, que vous allez régulièrement surfer et que, chaque fois, vous constatez de vos propres yeux les innombrables déchets et pollutions, vous cherchez à minimiser votre impact sur l’environnement dans votre démarche entrepreneuriale », affirme également François Verdet, cofondateur de Bask In The Sun, marque sportswear de Guéthary, dans les Pyrénées-Atlantiques, très vigilante dans ses choix de matières.

Non loin de là, à Anglet, les surfeurs amateurs Benoît Rameix et Pierre Pomiers ont lancé le label écoresponsable Notox, spécialisé dans les planches, après avoir découvert l’envers du décor de la fabrication de ces équipements. Les shorts et maillots de bain Apnée, à base de polyesters recyclés, ont, quant à eux, été créés par trois Parisiennes amoureuses des océans.

La planche de surf Dior, réalisée en collaboration avec Notox dans des matériaux respectueux de l’environnement.
La planche de surf Dior, réalisée en collaboration avec Notox dans des matériaux respectueux de l’environnement. Johann Garcia

« Au départ, il s’agissait seulement d’une poignée de modèles en fibres régénérées à partir de bouteilles en plastique. Désormais, c’est toute une collection, y compris des maillots pour femme à partir de cet été, explique Lætitia Olivieri, la dirigeante de la marque. C’est un engagement important pour une jeune entreprise telle que la nôtre de n’utiliser que des polyesters recyclés, qui coûtent plus cher. La plupart des grandes marques de balnéaire réalisent quelques modèles dans ces qualités, en parle énormément, et produit l’essentiel de son offre dans des polyesters traditionnels bien moins onéreux. »


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Bref, vigilance sur les étiquettes de composition en shopping ! Les véritables polyesters recyclés ne s’appellent pas uniquement Parley.

Apnée s’engage dans les polyesters recyclés.
Apnée s’engage dans les polyesters recyclés. Jean-Philippe Lebée

Tout aussi fiables, il existe l’Econyl, réalisé à partir de bouteilles d’eau usagées, de filets de pêche, de rebus industriels de fils et de textiles en Nylon ; le Seaqual, mêlant 10 % de déchets plastiques marins à 90 % de polyéthylène téréphtalate (PET) postconsommation ; le Repreve, exclusivement composé de bouteilles en plastique récoltées à moins de 50 kilomètres des côtes ; le Seawool, associant du PET usagé à de la poudre de coquille d’huître afin de présenter un toucher chaleureux semblable à celui de… la laine.

La Woolmark a d’ailleurs commencé à mettre en avant les propriétés thermorégulatrices naturelles de son mérinos, comme parfaite alternative écologique à celles des fibres dérivées du pétrole. Lors de la dernière Coupe de l’America, les tenues de l’équipage du Luna Rossa Prada en étaient tramées. La Woolmark vient par ailleurs d’annoncer l’étape suivante, pour l’été 2024, avec Arena… Une référence, s’il en est, dans le maillot de bain. 


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