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Hôtels-boutiques, tables gastronomiques… La vogue du quartier de Villa Morra attire de nouveaux entrepreneurs, 2025 - TGL
Hôtels-boutiques, tables gastronomiques… La vogue du quartier de Villa Morra attire de nouveaux entrepreneurs, 2025 - TGL
Marine Mimouni

The Good Guide // Getaway

Villa Morra : eldorado des nouveaux entrepreneurs au Paraguay

Getaway

The Good Guide

Sous l’effet des investissements étrangers, en forte hausse ces dernières années, Asunción a vu émerger un quartier répondant aux critères d’exigence internationaux. Hôtels-boutiques, tables gastronomiques… La vogue de Villa Morra attire de nouveaux entrepreneurs.

Capitale d’une « île entourée de terres », comme l’auteur paraguayen Augusto Roa Bastos aime décrire son pays, Asunción accueille ses visiteurs avec la légèreté d’une ville de province. À l’aéroport, en bout de piste, la flotte d’ULM donne une idée des habitudes de l’élite locale, qui n’hésite pas à s’affranchir d’infrastructures routières perfectibles et de bouchons fréquents. Non loin, le siège de la Confédération sud-américaine de football rappelle qu’on n’a pas complètement disparu du planisphère. Une dizaine de kilomètres plus loin, à mi-chemin du centre historique, se dresse le quartier en vogue d’Asunción : Villa Mora.


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Le Paraguay 2.0

Loin des rives du fleuve Paraguay, à l’abri des secteurs défavorisés qui s’étirent le long des berges, Villa Morra offre l’une des rares cartes postales for export de la ville. Voire du Paraguay, si l’on considère le pays comme le moins touristique d’Amérique du Sud, derrière le Venezuela, le Suriname et le Guyana.

Capitale d’une « île entourée de terres », Asunción accueille ses visiteurs avec la légèreté d’une ville de province.
Capitale d’une « île entourée de terres », Asunción accueille ses visiteurs avec la légèreté d’une ville de province. DR

Le risque serait de s’arrêter au cadre aseptisé de ses shopping malls, véritables poumons sociaux des Assomptionnais. Le quartier a d’autres atouts. Il a vu éclore des hubs commerciaux et gastronomiques, au détour des rares rues pavées résistant au déferlement immobilier. Le plus couru s’appelle La Cuadrita, une petite rue piétonne qui sert d’oasis au milieu des tours d’immeubles modernes.

« Quand je suis arrivé, l’offre était très limitée, explique Benoît Libourel, 38 ans, entrepreneur français installé depuis quatorze ans à Asunción, rencontré en terrasse du Patria, au cœur de La Cuadrita. Historiquement, jusqu’au milieu des années 2000, c’était le centre-ville qui bougeait. Tout a migré ici. Ce processus s’est intensifié ces quatre dernières années. »

Quartier facilitateur

Le restaurant Patria mêle le chic et la tradition au gré d’une carte variée qui rend hommage à la gastronomie nationale, modeste mais généreuse, à l’image de la population.

Pas moins de 80 % des investissements immobiliers sont concentrés entre Villa Morra et la zone Carmelitas.
Pas moins de 80 % des investissements immobiliers sont concentrés entre Villa Morra et la zone Carmelitas. DR

« J’ai adapté ma cuisine d’inspiration nikkei, une fusion entre les gastronomies japonaise et péruvienne, aux goûts paraguayens. Le manioc, la banane plantain et les poissons d’eau douce sont très présents. À LaCuadrita, cela a plus de sens de manger un surubi du fleuve Paraná qu’une sole importée de l’Atlantique », résume José Castro Mendivil, depuis les fourneaux du restaurant Pez de Mar dulce, qu’il a cofondé.

Un palais satisfait facilite la signature d’un contrat juteux. Nous buvons les paroles de Benoît Libourel, qui décline les principaux atouts de Villa Morra : « La liberté d’entreprendre, la facilité d’adaptation et la sensation qu’ici tout reste à faire. »

Débarqué comme ingénieur pour l’entreprise française Parex, rachetée depuis par le suisse Sika, le Français a monté, fin 2020, sa propre entreprise de matériaux de construction : Pennsylvania – comme un écho au rêve américain qu’il vit depuis. « Ici, c’est très facile de se faire de bons contacts. Ça favorise énormément le business », déclare celui qui officie comme président de la chambre de commerce franco-paraguayenne.

Sécurité, dynamisme commercial, infrastructures de logement modernes, vie nocturne bouillonnante : la jeunesse de ce pays, dont 70 % de la population a moins de 40 ans, n’a d’yeux que pour Villa Morra.
Sécurité, dynamisme commercial, infrastructures de logement modernes, vie nocturne bouillonnante : la jeunesse de ce pays, dont 70 % de la population a moins de 40 ans, n’a d’yeux que pour Villa Morra. DR

En plus de son activité industrielle, Benoît « fait » dans les macarons et le rhum, puisqu’il a cofondé Le Pâtissier (2021) et Residentas (2022). Des produits premium qui sont, bien sûr, consommés à Villa Morra.

Locomotive économique

Le Paraguay, réputé pour sa faible fiscalité, sa stabilité macroéconomique et son ouverture aux investissements, attire de nombreux étrangers, tant et si bien que près de 70 % des investissements seraient le fait de Latino-Américains, d’Américains et d’Européens. Si une majorité des entrepreneurs venus d’ailleurs sont argentins, une poignée d’irréductibles Français ont pris racine autour du lapacho, l’arbre national.

Loin des rives du fleuve Paraguay, à l’abri des secteurs défavorisés qui s’étirent le long des berges, Villa Morra offre l’une des rares cartes postales for export de la ville.
Loin des rives du fleuve Paraguay, à l’abri des secteurs défavorisés qui s’étirent le long des berges, Villa Morra offre l’une des rares cartes postales for export de la ville. DR

C’est le cas de Guilhem Costa, 47 ans, installé depuis 2001 à Asunción. « Quand je suis arrivé ici, Villa Morra était un quartier résidentiel, se souvient l’agent immobilier, aujourd’hui à la tête d’une équipe de douze personnes. Depuis, c’est devenu un quartier mixte, où convergent le résidentiel haut de gamme, le commercial et le corporatif. Villa Morra, c’est le quartier huppé de la ville. Une vraie locomotive de l’économie d’Asunción ! »

Pas moins de 80 % des investissements immobiliers sont concentrés entre Villa Morra et la zone Carmelitas. L’emplacement du quartier en fait un pont naturel entre l’extérieur (l’aéroport) et les différents points d’attraction de la ville. Villa Morra se situant au croisement des trois avenues principales de la ville : Mariscal López, España et San Martín. Une raison qui a poussé les investisseurs à y implanter les centres commerciaux les plus importants de la ville (Mariscal, Villa Morra et le Shopping del Sol mitoyen).

Le Factoria Hotel, au style industriel chic.
Le Factoria Hotel, au style industriel chic. DR

Preuve de son influence urbaine, Villa Morra a fait disparaître une expression locale. Avant que les malls ne viennent rassasier l’appétit des consommateurs, les habitants avaient un mot pour dire qu’ils allaient faire des courses en ville : il s’agissait du verbe palmear, en référence à la rue Palma, du microcentre d’Asunción. « La plupart de mes clients vivent à Villa Morra. C’est là que tout se passe. C’est très important que mon studio soit à proximité », explique Elizabeth Parra, 33 ans, styliste et coloriste dans le quartier.

Le soir venu, elle aime se fondre dans la foule du paseo Carmelitas, centre névralgique des loisirs nocturnes de la ville. Ici, toute l’offre en bars et restaurants est concentrée sur deux rues qui débordent de terrasses et une galerie piétonne. Sécurité, dynamisme commercial, infrastructures de logement modernes, vie nocturne bouillonnante : la jeunesse de ce pays, dont 70 % de la population a moins de 40 ans, n’a d’yeux que pour Villa Morra.


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