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La dernière Fashion Week masculine a remis sur le devant de la scène des marques iconiques, de Ralph Lauren à Giorgio Armani. Le classicisme s’y est élégamment marié à des coupes contemporaines, rappelant qu’il n’y a pas d’âge pour savoir s’habiller.
Dans un monde envahi par les tendances et les nouveautés aux dates de péremption toujours plus courtes, la mode semble cette année avoir décidé de revenir aux valeurs sûres. Si les maisons continuent de courtiser à outrance les stars de la Gen Z, misant notamment sur le potentiel bankable des idoles de la K-pop, il est désormais de bon ton de rappeler que les célébrités quinquagénaires (et plus, si affinités) ont, elles aussi, toute leur place au premier rang des défilés.
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Savoir (se) défiler
Lors de la dernière Fashion Week masculine de janvier, Pio Marmaï, Tahar Rahim, le rappeur londonien Skepta, Future ou encore Maître Gims étaient ainsi confortablement installés front row chez Louis Vuitton, tandis qu’Elton John venait admirer les créations de Jacquemus. Chez Dior, on a pu apercevoir Louis Garrel et Arnaud Valois, tous deux preuves vivantes que l’on peut rester stylé après 40 ans. Un attrait pour la maturité également porté par l’industrie hollywoodienne, en témoigne l’émergence des « zaddies » (que l’on pourrait traduire par « papas cool »), devenus incontournables dans toute série qui se respecte, à l’image de Pedro Pascal, Noah Wyle ou Walton Goggins, vu dans The White Lotus, qui posait l’an dernier torse nu en speedo jaune fluo, à 53 ans, en couverture du magazine Cultured.
Côté égéries, Daniel Craig pose pour les campagnes Loewe tandis que Willem Dafoe incarne avec brio l’esprit Miu Miu : « Ces hommes ont remis la mode au centre des préoccupations d’une nouvelle génération, mais aussi d’hommes plus âgés, qui peuvent s’identifier à ces personnalités et se projeter, puisqu’ils ont le même âge que ces figures », explique Sophie Jordan, directrice des achats Homme de Mytheresa. « Ils ont surtout montré qu’il est acceptable de prendre des risques, d’expérimenter, de s’amuser avec les vêtements et les couleurs. Bien sûr, dans la réalité, beaucoup choisissent d’en atténuer l’intensité, de réduire le curseur d’un ou deux crans pour rester dans quelque chose de plus subtil et accessible. Mais l’essentiel est ailleurs : cela pousse les hommes à réfléchir à leur manière de s’habiller, à ce qu’ils sont prêts à tenter, à la façon dont ils associent les pièces entre elles. Cette évolution est largement portée par les looks de tapis rouge et par la visibilité d’hommes mûrs sur les podiums. »
Les défilés de la Fashion Week automne-hiver 2026/2027 confirment cette nouvelle norme : les mannequins seniors ont toute leur place dans l’univers de la mode et défilent désormais sans complexe. À l’image du show Ralph Lauren, de retour en Italie après plus de vingt ans d’absence au calendrier milanais. Un retour remarqué, où costumes parfaitement taillés évoquent les grandes heures d’Hollywood, tandis que vestes en tartan s’associent à des tricots en laine et des blazers à la coupe intemporelle : « Depuis une ou deux saisons, les tendances puisent largement dans une esthétique preppy, analyse Sophie Jordan. On observe un véritable retour de l’Americana, accompagné d’un engouement massif pour le vintage. Une jeune génération explore les archives, redécouvre tout ce que Ralph a construit au fil des décennies et se nourrit de cet héritage exceptionnel. J’ai adoré le défilé. J’ai trouvé très juste et très actuel de voir Polo et Purple Label réunis dans un même show. Le mélange de ces deux générations et de ces deux esthétiques n’a jamais semblé aussi pertinent, tant la manière dont les hommes s’habillent aujourd’hui est multiple et libre. On peut être très Polo le week-end, Purple au bureau… ou l’inverse. Les codes se croisent, se déplacent. Il n’existe plus de modèle unique et figé. »
Classique is the new chic
Chez Zegna, Alessandro Sartori imagine un vestiaire empreint d’héritage et de transmission. Comme chez Lemaire, les mannequins seniors défilent dans des costumes impeccables, manteaux longs aux motifs tweed ou pied-de-poule. Un classicisme que l’on retrouve aussi chez Leo Dell’Orco, qui, pour sa première collection chez Giorgio Armani, choisit la retenue, tout comme chez Tod’s ou Brioni : « On assiste à une forme de classicisme renouvelé, poursuit Sophie Jordan. Derrière cette tendance, il y a avant tout une véritable appréciation du savoir-faire, de la qualité des matières et de l’héritage des maisons. De manière générale, on observe un léger retour de la formalité. Et là encore, c’est le travail du costume et de la coupe qui la remet sur le devant de la scène. Ce qui est intéressant, c’est que ce classicisme n’est jamais figé. Les proportions évoluent, les silhouettes se modernisent : elles sont souvent plus amples, plus souples, plus détendues. On est loin d’un formalisme rigide, on est dans quelque chose de beaucoup plus contemporain. »
Et si, messieurs, vous souhaitez rester à la pointe, misez cette année sur le marron, qui a dominé aussi bien les collections printemps-été que celles de la fin d’année. Une tendance qui, selon Sophie Jordan, s’inscrit clairement dans la durée : « Ce marron glisse souvent vers des nuances de bordeaux ou de burgundy, créant une palette riche et cohérente. Ce sont des couleurs qui dialoguent extrêmement bien entre elles. Pour la saison estivale, le marron fonctionne particulièrement bien : il est plus doux que le noir et se prête mieux à la lumière, au soleil, aux températures chaudes. On l’a vu décliné aussi bien sur le tailoring que sur le denim, et chez une grande variété de marques. »
Vous pouvez également oser les couleurs vives. Porter de la couleur à tout âge n’effraie plus, comme en témoignent les chiffres de vente de Mytheresa, où figurent parmi les best-sellers des vestes en daim Tom Ford à 7 450 euros. « Nos clients n’hésitent pas à investir dans des pièces discrètement audacieuses. Il existe un véritable appétit pour ces pièces affirmées. Ce qui les rend acceptables, c’est cet équilibre précis : une forme familière et rassurante, à laquelle s’ajoute un seul élément de rupture, ici la couleur. Un détail qui suffit à transformer la pièce et à lui donner une dimension plus expressive et personnelle. »
Enfin, si vous souhaitez explorer de nouveaux territoires, notre experte recommande de garder un œil attentif sur Auralee : « J’ai toujours adoré cette marque. Les associations de couleurs sont très fraîches, avec toujours quelque chose d’inattendu. Mais ce que j’aime surtout, c’est que ce sont avant tout des vêtements pensés pour le quotidien. Des pièces faciles à comprendre, qui s’intègrent naturellement à une garde-robe existante. Les basiques évoluent par petites touches, le styling est excellent et, lorsqu’on regarde les pièces de près, tout reste lisible et accessible. Il y a juste ce qu’il faut de nouveauté pour donner envie de revenir saison après saison. Contrairement à certaines idées reçues, il y a aussi beaucoup de propositions pour les hommes de 45 ans et plus, comme ces field jackets en cachemire à col cuir ou ces doudounes mêlant cachemire et duvet. »
À vos miroirs, prêts, sapés.
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