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Sur ces terres littéraires par excellence, le tragique de l’histoire va de pair avec un joyeux esprit de résistance et l’insularité se joue des frontières.
Sur ces terres littéraires par excellence, le tragique de l’histoire va de pair avec un joyeux esprit de résistance et l’insularité se joue des frontières.
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Les meilleurs romans irlandais contemporains à lire absolument

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Sur ces terres littéraires par excellence, le tragique de l’histoire va de pair avec un joyeux esprit de résistance et l’insularité se joue des frontières.

De Dublin à Galway, de la guerre à la tendresse, la littérature irlandaise ne cesse de surprendre par sa vitalité et son audace. Tour à tour tragique, drôle, poétique ou désenchantée, elle explore les marges d’une société en mutation, où l’amour, la misère, la mémoire et la violence s’entremêlent. À travers ces récits se dessine un portrait sensible d’une Irlande contemporaine, à la fois blessée et lumineuse. Voici un panorama de quelques romans irlandais incontournables, entre réalisme cru et humanité bouleversante.


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Les romans irlandais à lire absolument

La ballade des amants maudits

Jackie aime Johnser. Johnser aime Jackie. Du grand frisson dans les quartiers ouvriers de Dublin. Mais bientôt, l’amour rencontre la réalité sociale. Les rêves se fracassent et les destins s’éparpillent dans la violence.

Adaptée au cinéma par Gilles Lellouche, l’œuvre originelle frappe par sa réalité crue. Le récit construit sur des flash-back provoque une montée dramatique enivrante. Pourtant, ici, pas d’effets spéciaux, de romantisation ou de raccourcis narratifs. C’est une écriture sèche mais drôle dans la grande tradition du roman irlandais : le monologue intérieur. Et puis, Neville Thompson donne à ressentir ce qu’est le grand amour en alternant les points de vue des narrateurs sur les mêmes événements.

Et que dire des dialogues ? Hilarants, pathétiques ou grossiers, ils sont au plus près de la complexité des personnages, jamais dans la caricature. À mille lieues de toute mièvrerie et du misérabilisme facile. Une magnifique love story donc. Sur l’inévitable transformation de la passion amoureuse. Et dont la puissance reste entière malgré les péripéties de la vie.

L’amour ouf, Neville Thompson, 10/18, 368 p., 8,60 €.
L’amour ouf, Neville Thompson, 10/18, 368 p., 8,60 €. DR

Antihéros de guerre

Belfast, le conflit s’éternise. La ville est meurtrie et ses murs se parent de sigles mystérieux. Entre Jack, le bagarreur pacifique, et Chucky, l’antibusinessman de génie, l’amitié devient le seul refuge possible. Passant du « je » au « il » avec habileté, Robert McLiam Wilson se moque bien des conventions. Littéraires ou confessionnelles. Dans sa galerie de personnages, personne n’incarne le camp du bien. Pas une ligne de manichéisme pour explorer les zones grises de l’âme humaine en temps de guerre.

Son humour décalé, telle une farce de l’habitude, éclaire la grisaille du quotidien. Avec une mention spéciale pour les affaires absurdes et imaginatives que rend possible le chaos ambiant. Sur Eureka Street, point de héros. On avance dans le trafic des événements en tentant de survivre à son époque. Chacun sa quête, sentimentale, matérielle ou existentielle. Jusqu’à l’explosion qui fait tout voler en éclats. Une histoire à double sens, chaleureuse et glaçante.

Eureka Street, Robert McLiam Wilson, Actes Sud, 496 p., 10,90 €.
Eureka Street, Robert McLiam Wilson, Actes Sud, 496 p., 10,90 €. DR

Petits meurtres gaéliques

Sorte de best-of de la nouvelle noire irlandaise, du XIXᵉ siècle à nos jours, cette anthologie donne l’occasion d’explorer de savoureuses tranches de vices. Alternance de tons, de styles et de sujets évidemment. Mais toujours avec un poil d’absurdité et d’arrangement face à la morale et aux conventions. Et puis l’Irlande, avec sa tradition orale et son histoire tumultueuse, offre un terreau propice aux atmosphères sombres et aux intrigues complexes.

À retenir notamment, Les Événements de Drimaghleen, de Trevor William, et ses deux morts violentes inexplicables. Foxer, de Brian Cleeve, est jubilatoire pour son vieillard faux prêtre mais véritable escroc. Quant au texte de James Joyce, il raconte le destin tragique d’un accusé ne parlant que gaélique face à des juges anglais. À noter, la riche idée de l’éditeur de poursuivre la découverte à travers une bibliographie exhaustive des 18 auteurs sélectionnés.

Petits romans noirs irlandais, Anthologie, Éditions Joëlle Losfeld, 288 p., 21,90 €.
Petits romans noirs irlandais, Anthologie, Éditions Joëlle Losfeld, 288 p., 21,90 €. DR

Enquêtes d’un buveur de Guinness

L’ancien flic reconverti en détective privé Jack Taylor est de retour. À Galway, sur la côte ouest de l’île. À peine le temps d’une virée alcoolisée et le voilà déjà embarqué dans deux drôles d’affaires : la mort de plusieurs Tinkers, ces gens du voyage irlandais, et l’assassinat mystérieux de cygnes. Cynique, ironique ou désabusé, le style de Ken Bruen transcende la forme du polar pour révéler un monde en marge. Celui des clans et des exclus de la prospérité. Car peu importe le ou les coupables, c’est une Irlande de la désillusion qui se dévoile.

Les chapitres, courts et parsemés de références littéraires et musicales, s’enchaînent au rythme des tournées générales et des descentes de cocaïne. Plus de bas que de hauts donc, dans ce récit ravagé, où seule l’amitié se tient à peu près droite. Un roman opaque et noir à savourer comme une Guinness, en appréciant chaque nuance d’amertume.

Toxic Blues, Ken Bruen, Folio Policier, 368 p., 9,50 €.
Toxic Blues, Ken Bruen, Folio Policier, 368 p., 9,50 €. DR

No man is an island

Trois destins ordinaires pour une fresque irlandaise d’une rare intensité. Farouk, médecin syrien, fuit la guerre et ses horreurs pour se reconstruire une réalité. Lampy, jeune garçon enlisé dans sa petite ville, conduit des bus pour personnes âgées et s’imagine, en sortie de virage, un autre destin amoureux. John, vieillard rongé par les regrets, égoïste et détestable, est lui en quête d’une impossible absolution pour ses fautes passées.

Trois portraits, pour trois styles d’écriture différents. Entre introspection et action, Donal Ryan interroge avec finesse les sinuosités de l’existence humaine. Toujours au bord du gouffre, sa plume explore les zones d’ombre de l’âme. Elle révèle aussi la complexité de personnages secondaires cabossés par la vie.

Le récit est intense et parsemé de légendes, comme cette incise troublante sur un roi qui tuait les oiseaux. La conclusion, lyrique à souhait, fait se rejoindre les destins. Elle déploie des accents de tragédie grecque en mode celtique. Et c’est là toute la force du romancier : semer au fil des pages des graines d’espoir et de désespoir pour faire fleurir d’une seule voix la même humanité. Un roman puissant. À lire et relire pour en saisir les infimes subtilités.

Par une mer basse et tranquille, Donal Ryan, 10/18, 216 p., 8,30 €.
Par une mer basse et tranquille, Donal Ryan, 10/18, 216 p., 8,30 €. DR

Démocratie en péril

Dublin. Futur proche ou imaginaire. Des manifestations sont réprimées. Un professeur disparaît. Le pays glisse vers une dictature qui ne dit pas son nom. Et avec lui, c’est le destin d’une famille qui bascule vers l’inconnu. Récompensé par le Booker Prize 2023 et le prix des Libraires 2025, Le Chant du prophète marque par son écriture. Pesante. Gluante. Envahissante. L’auteur tisse une logique de cauchemar éveillé qui transforme l’invraisemblable en réalité plausible.

Par petites touches – des contrôles d’identité, des messages radio, des lâchetés quotidiennes – une ligne de démarcation se dessine, invisible mais bientôt infranchissable. Au cœur de cette dystopie orwellienne, des questions surgissent. Fuir ? Prendre les armes ? Comment protéger sa famille quand l’engrenage totalitaire se met en marche ? Et celui qui perd la tête n’est-il pas le plus sensé ?

Parfois, la lecture fait mal. Mais on continue, happé par cette vision maussade de l’avenir, guidé par le besoin impérieux de connaître l’issue. Écrit pendant la pandémie de Covid-19, ce roman résonne comme un avertissement salutaire pour nos démocraties.

Le Chant du prophète, Paul Lynch, Albin Michel, 304 p., 22,90 €.
Le Chant du prophète, Paul Lynch, Albin Michel, 304 p., 22,90 €. DR

Au paradis du fish and chips

Dans la famille Rabbitte, voici le père, Jimmy Senior, tout juste licencié. Alors pour occuper ses heures, que faire ? Boire des bières, reluquer les filles et accompagner les gamins au football sont des valeurs sûres. Mais rapportent peu. La Coupe du monde approchant, une drôle d’idée germe : transformer un vieux van sans moteur en baraque à frites ambulante. On s’installerait face au Hikers, le pub local. Ou à la plage, s’il ne pleut pas trop.

Dernier volet de la Trilogie de Barrytown, adaptée au cinéma par Alan Parker et Stephen Frears, The Van est peut-être le plus désopilant de la saga. Car Roddy Doyle excelle pour dépeindre cette famille nombreuse issue de la classe ouvrière. Si bordélique. Si attachante. L’écriture file à 100 à l’heure à grands coups de dialogues et de confidences sur l’amitié, sur l’amour, sur le capitalisme. Et surtout sur rien. Un feel-good book admirable sur l’Irlande des années 1990, où même « des morts-vivants » bien jeunes trouvent leur place.

The Van, Roddy Doyle, Robert Laffont, « Pavillons poche », 458 p., 11 €.
The Van, Roddy Doyle, Robert Laffont, « Pavillons poche », 458 p., 11 €. DR

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