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En Lozère, dans les pas de la Bête du Gévaudan

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En Lozère, l’ombre de la Bête du Gévaudan plane toujours. Ce fait divers sanglant du XVIIIᵉ siècle continue d’animer les habitants de ces montagnes isolées du haut Languedoc. Un monstre insaisissable devenu mythe touristique.

Aller en Lozère, c’est déjà prendre la mesure de l’isolement du lieu. Une terre granitique où la lumière prend une inspiration mystique inquiétante et le temps ne coule pas pareil qu’ailleurs. Un décor parfait pour un mythe et pour le touriste en quête de frisson… La Bête du Gévaudan est ici partout présente, sur les enseignes et les guides. Et, en même temps, introuvable…


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L’affaire de la Bête du Gévaudan

L’affaire remonte au XVIIIe siècle. Entre le 30 juin 1764 et le 19 juin 1767, environ une centaine d’attaques, le plus souvent mortelles, agitent cette province oubliée du royaume de Louis XV. Une « Bête féroce » qui vise surtout des femmes et des enfants, que l’on retrouve dévorés ou mutilés. Très vite, « la Bête du Gévaudan » dépasse le cadre du fait divers et engendre un foisonnement de rumeurs et de superstitions. Le monstre est autant physique que moral, il condense les peurs d’une ruralité en proie à la vulnérabilité.

Les témoignages décrivent un animal de la taille d’un veau, au poil roux, avec une gueule énorme, des crocs, une force hors norme. Ce n’était pas un loup « ordinaire ». « L’époque est de tradition orale, les gens sont isolés, l’hiver la neige bloque tout et l’information ne circule pas facilement puisqu’il n’y a pas d’échange extérieur ou très peu », contextualise Daniel Castanier, garant des archives départementales dans la ville de Marvejols alors que nous visitons le musée des Deux Alberts.

Parmi les récits les plus fameux, figure celui de Marie-Jeanne Vallet, surnommée la « pucelle du Gévaudan », qui réussit à repousser la Bête en la blessant d’un coup de baïonnette. « Toutes ces anecdotes sont un peu romancées, reprend notre interlocuteur. La Bête du Gévaudan, c’est une légende qui repose sur des faits réels, ce n’est certes pas complètement inventé, mais ces témoignages sont évidemment déformés », croit-il ainsi savoir. L’absence de vérité définitive entretient effectivement une zone grise où l’Histoire et le conte se confondent. Aujourd’hui, dans ce territoire rural partagé entre la Lozère et la Haute-Loire, la légende revêt un caractère de fierté locale. Chacun ici a grandi avec ce « grand méchant loup » que l’on menace de faire revenir si les enfants ne sont pas sages.

Mais les meurtres ont bien lieu. Et la Bête est intelligente. Elle ignore les appâts et pièges qui lui sont tendus. Les décapitations représentent 15 % des décès recensés. À l’automne 1764, Jean-Baptiste Duhamel, capitaine aide-major de l’armée et enfant du pays, enrôle plusieurs milliers d’habitants de la région pour une grande traque. En trois ans, sont abattus plus d’une centaine de loups dans la province.

La bête, naguère.
La bête, naguère.

Une conspiration de l’Église contre l’État

Pour l’Église catholique, la Bête n’est rien d’autre que l’incarnation du Mal. Le 31 décembre 1764, l’évêque de Mende appelle les fidèles à la prière et à la pénitence. Il la représente comme un fléau divin destiné à châtier les hommes pour leurs péchés. « On oublie que les gens vivaient vraiment reclus, certains n’avaient juste jamais quitté leur village. C’était facile pour l’Église de manipuler les gens », reprend Daniel Castanier. La Bête serait-elle une instrumentalisation de l’Église pour défier le roi Louis XV, souverain immoral et frivole ? L’affaire se répand en tout cas dans l’Europe entière avec une presse qui ridiculise l’impuissance du pouvoir royal, multipliant les articles sensationnalistes. Sa Majesté commence à s’agacer. Elle mandate, en mars 1765, ses chasseurs afin de traquer et piéger la Bête, une expédition qui s’avère plus difficile que prévu.

François Antoine, vétéran et membre de la garde rapprochée de Louis XV, abat en septembre 1765 un loup de grande taille, d’environ 60 kg. L’animal est envoyé à Versailles et exposé chez la reine Marie Leszczynska, à la vue de toute la cour. Officiellement, la Bête est morte. La presse se désintéresse de l’affaire, mais les attaques reprennent. Il faut attendre presque deux ans pour que, le 19 juin 1767, un paysan de la région nommé Jean Chastel abatte un second canidé ressemblant partiellement à un loup, « mais extraordinaire et bien différent ». Après cet événement, plus aucune attaque mortelle n’est enregistrée.

Un scénario multifactoriel

Beaucoup de mystères dans cette affaire. Et l’identité de la Bête du Gévaudan fait aujourd’hui toujours débat. « Chaque théorie a ses partisans, chacun va sur sa bête intérieure », nous souffle-t-on à l’office de tourisme Gévaudan Destination. Les interlocuteurs que nous rencontrons penchent, eux, pour un scénario multicausal. « Il y a eu une surreprésentation des meurtres à un moment donné qui peuvent venir de plein de facteurs », reprend Daniel Castanier. Avec certainement des personnes qui profitent de la psychose pour faire porter à la Bête la responsabilité d’autres meurtres.

Dans cette histoire, le loup devient le bouc émissaire. Un archétype ambivalent, l’un des animaux les plus chargés de symboles dans l’imaginaire. « Le loup est un animal qui craint l’homme, on le savait déjà à l’époque, expose Pierre Tessier, directeur du Parc des Loups du Gévaudan. Les gens n’ont d’ailleurs jamais évoqué un loup, ils ont toujours parlé d’une Bête ».

Il faut dire que les décapitations des victimes interrogent. Il serait très peu probable qu’un loup réalise de tels actes, sa mâchoire ne possédant pas la puissance requise. Certains y voient donc la main d’un « sadique » pour les expliquer. Des témoignages ont par ailleurs souligné l’invulnérabilité de la Bête : touchée par les balles, elle se serait relevée à chaque fois. Portait-elle une cuirasse en peau de sanglier ? « Il y a très certainement une complicité homme-animaux dans cette histoire, croit-on encore au Parc des Loups. Des humains qui ont pu utiliser chien hybride ou une hyène apprivoisée ». C’est en effet l’une des grandes théories, celle d’un animal exotique échappé d’une ménagerie. On cite le plus souvent la hyène, mais les formules dentaires des Bêtes abattues ne correspondent pas à celles de cet animal. « C’est du roman », balaye Daniel Castanier.

La majorité des historiens attribuent les attaques à la présence de plusieurs loups anthropophages, un phénomène rare mais documenté. La presse sensationnaliste aurait contribué à forger l’image mythique d’un loup-garou tapi dans les bois. L’affaire révèle surtout une forme de psychose collective et de manipulation d’opinion. C’est peut-être en ça qu’elle fascine toujours autant, car sous cet aspect, la Bête n’est toujours pas morte.

On trouve aussi, en Lozère, d’anciennes éditions, du livre de la légende…
On trouve aussi, en Lozère, d’anciennes éditions, du livre de la légende…

Sur les traces de la Bête du Gévaudan : city-guide

Que faire en Lozère ?

Parc des Loups du Gévaudan

Plus grand parc à loups d’Europe, avec 91 spécimens venus du monde entier, il offre une immersion unique au plus près des loups dans un environnement naturel préservé. Le parc a une mission scientifique de préservation de l’espèce, l’intervention humaine y est minimisée pour maintenir la part sauvage. Visites guidées et animations pédagogiques. Extraordinaire et fascinant.

Sainte-Lucie, Lozère. Site internet.

Musée de la bête du Gévaudan, Saugues

Vingt-deux dioramas avec effets sonores pour plonger au cœur de l’histoire de la Bête du Gévaudan, retraçant l’époque, les paysages, les personnages et les terrifiants faits de cette légende réelle.

Rue de la Tour, 43170 Saugues. Site internet.

Musée des Deux Albert

Installé dans l’ancienne chapelle néo-gothique de l’hôpital de Marvejols, le musée propose une visite guidée retraçant l’histoire de l’imprimerie typographique familiale, le patrimoine local depuis le XIᵉ siècle, les anciennes manufactures lainières et le travail artisanal de la laine. Une bonne adresse pour se remettre dans le contexte historique de la région.

4 Rue Victor Cordesse, 48100 Marvejols

Visite du village fortifié du Malzieu

L’un des plus beaux villages de France avec son patrimoine du XIIIe siècle, Le Malzieu est au cœur de l’affaire, avec 25 morts liées aux attaques de la Bête.

Où dormir ?

L’enclos de la Vigogne, Chambres d’hôtes

Maison de caractère du XIXᵉ siècle avec vaste parc arboré à l’entrée de Marvejols, propose une chambre spacieuse et élégante avec salle d’eau privative, le tout dans un cadre confortable et serein. Décorée avec goût et raffinement. Très jolie adresse.

Site internet.

L’hôtel des Voyageurs, Le Malzieu

L’hôtel offre un accueil chaleureux et professionnel dans un cadre pittoresque, avec des chambres de charme, dont une adaptée aux personnes à mobilité réduite.

Rte de Saugues, 48140 Le Malzieu-Ville. Site internet.

Où manger ?

L’Hôtel des Voyageurs, Le Malzieu

Cuisine raffinée et terroir, servie dans un cadre convivial. Produits locaux et spécialités régionales, complétée par des plats plus élaborés, à déguster en salle ou sur la terrasse.

Rte de Saugues, 48140 Le Malzieu-Ville. Site internet.

Domaine de Carrière

Le Domaine de Carrière propose une cuisine maison, généreuse et de saison, privilégiant produits locaux et circuits courts, avec une carte renouvelée à chaque saison et des menus créatifs ponctuels.

63 Route de l’Empéry 48100 Marvejols. Site internet.

Marve’joie

Le Marve’Joie, ancien restaurant de la gare à Marvejols, renaît sous une décoration « Belle Époque » inspirée des jardins d’hiver, valorisant l’existant grâce au savoir-faire d’artisans locaux.

27 avenue Pierre Semard 48 100 Marvejols. Site internet.

Carré

Dans un cadre décontracté, profitez toute la journée de formules sucrées et salées mettant à l’honneur des produits de pays, dont viande d’Aubrac, saucisse aligot et charcuterie artisanale. Sans prétention mais très bon.

12 Bd Saint-Dominique, 48100 Marvejols.


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