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De Paris aux galeries les plus exigeantes, l’hiver 2026 s’annonce comme une saison d’exception pour les amateurs d’art. Trois expositions, trois regards singuliers, mais une même ambition : penser le monde à travers la forme, l’humain et le récit.
Chez Hauser & Wirth Paris, Sophie Taeuber-Arp ouvre le bal avec La règle des courbes, une exposition magistrale qui redonne à l’abstraction géométrique sa part de jeu, de mouvement et de douceur. À quelques rues de là, la Galerie Paris Cinéma Club rend hommage au regard infiniment humain de Jerry Schatzberg, photographe et cinéaste qui a su capter, sans jamais les contraindre, les visages et les silences de toute une époque. Enfin, à la galerie Templon, Martial Raysse déploie ses Tableaux récents, vastes compositions narratives où se croisent mémoire intime, histoire de l’art et inquiétudes contemporaines. Trois expositions, trois manières d’habiter la forme et le temps — et autant d’invitations à regarder le monde avec plus d’attention, de nuance et de plaisir en ce début d’année à Paris.
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Sophie Taeuber-Arp, Hauser & Wirth Paris
À Paris, Hauser & Wirth consacre une exposition d’envergure à Sophie Taeuber-Arp, figure libre et visionnaire de l’avant-garde du XXᵉ siècle. La règle des courbes déploie plus de quarante œuvres réalisées entre 1916 et 1942, révélant une pratique où l’abstraction géométrique se fait souple, joueuse, presque vivante. Peintures, dessins, gouaches et reliefs dialoguent autour d’un motif central : la courbe, utilisée par l’artiste comme un outil d’émancipation face à la rigueur moderniste. Ici, les formes s’étirent, se plient, s’imbriquent, brouillant les frontières entre art et design, entre composition savante et plaisir visuel.
Formée aux arts appliqués et profondément engagée dans le mouvement Dada, Sophie Taeuber-Arp a toujours pensé l’art comme une expérience totale, ancrée dans le quotidien. L’exposition met en lumière cette vision résolument contemporaine : une abstraction habitée, sensible, qui préfère l’intuition au dogme et la fluidité à la règle stricte de la grille. Des premières expérimentations aux dernières constructions géométriques, raconte une œuvre qui n’a jamais cessé de chercher l’équilibre entre discipline et liberté — une leçon de modernité douce, où la forme devient une manière d’habiter le monde.
Du 17 janvier au 7 mars 2026. 26 bis Rue François 1er, 75008 Paris
© Stiftung Arp e.V., Berlin/Rolandswerth
Courtesy Stiftung Arp e.V., Berlin/Rolandswerth and Hauser & Wirth
Jerry Schatzberg à la Galerie Paris Cinéma Club
À la Galerie Paris Cinéma Club, l’œuvre de Jerry Schatzberg se déploie comme une traversée sensible du XXᵉ siècle, guidée par un regard d’une rare humanité. Photographe et cinéaste, Schatzberg a toujours privilégié l’instant juste à l’effet spectaculaire, laissant ses sujets — mannequins, musiciens, acteurs ou passants anonymes — exister pleinement devant l’objectif. À 98 ans, il compose lui-même cette sélection de photographies, où portraits iconiques de Bob Dylan ou d’Andy Warhol côtoient scènes de rue, images de mode décalées et fragments de vie saisis avec humour et douceur. Chaque image raconte une histoire, discrètement, sans jamais forcer le sens, dans une élégance formelle qui n’entrave jamais le mouvement de la vie.
Cette attention profonde aux êtres irrigue aussi son cinéma, fait de relations fragiles, de silences et de trajectoires marginales. De Panique à Needle Park à L’Épouvantail, Palme d’or à Cannes, Jerry Schatzberg a offert à des acteurs majeurs — Al Pacino, Gene Hackman, Faye Dunaway ou Meryl Streep — certains de leurs rôles les plus justes. Formé par la photographie de portrait, il filme comme il regarde : en donnant du temps, de l’espace et une liberté rare à ceux qu’il met en scène. À rebours des logiques spectaculaires d’Hollywood, son œuvre affirme une autre idée du succès — plus lente, plus intime — et rappelle, avec une modernité intacte, que l’art peut encore être un lieu d’écoute, de nuance et de vérité humaine.
Du 16 janvier au 14 février 2026. 28 Rue Mazarine, 75006 Paris
Manhattan, New York, USA 1966
Martial Raysse à la galerie Templon
À l’occasion de son soixantième anniversaire, Martial Raysse investit la galerie Templon avec une exposition qui a valeur de manifeste. *Tableaux récents* réunit près de trente œuvres réalisées au cours de la dernière décennie, dont plusieurs formats monumentaux qui renouent avec l’ambition narrative et théâtrale de la peinture d’histoire. Entre fresques de cinq mètres et figures féminines allégoriques, l’artiste compose des scènes d’une densité presque hypnotique, où la mémoire intime — l’enfance, la peur, la guerre — se mêle aux secousses du monde contemporain. La Peur et La Paix, vastes toiles en miroir, condensent cette tension entre violence et réconciliation, chaos et féerie.
Dans ces peintures foisonnantes, Martial Raysse dialogue ouvertement avec les maîtres anciens, de Poussin à Fouquet, tout en faisant résonner l’héritage moderne de Picasso. Chaque détail devient signe : un geste suspendu, un animal, un objet dissimulé dans l’ombre ouvrent des récits multiples, jamais univoques. À distance des modes et des injonctions, Raysse poursuit une œuvre libre, exigeante, qui observe l’humanité avec lucidité et ironie. Ces toiles récentes confirment la vitalité d’un artiste qui n’a jamais cessé de se réinventer — et rappellent que la peinture peut encore être un espace de réflexion profonde, de trouble et de lumière.
Du 10 janvier au 14 mars 2026. 28 rue du Grenier-Saint-Lazare, 75003
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