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Le groupe nautique et le constructeur automobile unissent leurs savoir-faire avec la refonte complète du Gran Turismo. Un nouveau souffle pour l’industrie du nautisme.
Bénéteau, c’est d’abord l’histoire d’une success story à la française. Cent quarante ans que le groupe vendéen vend des navires à travers la planète. L’entreprise, devenue un leader du nautisme, cumule en effet 28 sites de production, plus de 6 500 collaborateurs et un portefeuille de marques couvrant toute la plaisance, du monocoque au yacht de prestige. À Saint-Gilles-Croix-de-Vie, berceau du groupe industriel, on parle de passion et de transmission comme de piliers identitaires. « Si nous existons depuis 1884, c’est parce que chaque génération a accepté de remettre en cause le statu quo sans renier son savoir-faire », résume ainsi Gianguido Girotti, directeur général de la division bateaux.
Dans ce permanent souci de réinvention, le constructeur opère donc cette saison un mouvement plutôt inédit : la refonte complète de son iconique Gran Turismo, ligne sport-luxe historique du groupe, accompagnée d’un partenariat exclusif avec la marque automobile Alpine. Deux fleurons tricolores qui partagent la même ambition : « Nos deux industries ont des exigences techniques très élevées et une même obsession de la performance », reprend Gianguido Girotti. Leur pari : donner l’impression de s’élancer sur une piste. Mais ici, la piste, c’est la mer.
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Quand la mer rencontre l’asphalte
Cette collaboration est en fait née d’une intuition : celle que les conducteurs qui vibrent pour une Alpine A110 aimeraient retrouver dans un yacht les mêmes sentiments d’agilité et de précision. « L’idée est née autour d’un dîner : nous avons simplement compris que nous parlions le même langage, l’un sur l’eau, l’autre sur la route », se souvient Girotti. « Avec Alpine, nous voulons hausser notre niveau d’exigence, notamment en matière de finition ». Ce mariage donne naissance à une édition exclusive du Gran Turismo 50, habillée d’une coque bleue, d’un cockpit rehaussé de détails bleu-noir et d’un volant imaginé avec les designers d’Alpine.
Mais quand on parle yachtisme, il s’agit aussi de lumière et de silence au lever du jour. « Dès les premières esquisses du projet, nous nous sommes attachés à comprendre ce qui anime véritablement les plaisanciers quand ils prennent la mer », ajoute Eric LeVine, directeur commercial des motor yachts. Le pont principal a ainsi été pensé comme un salon ouvert sur l’eau, dans une ergonomie intuitive et une esthétique épurée.
L’innovation durable en ligne de mire
Ce partenariat est en réalité le symbole d’un virage plus large. Bénéteau prévoit 66 nouveaux modèles d’ici 2027, soit 50 % de plus que le cycle précédent. Derrière cet appétit, une mission : « Innover à un prix raisonnable pour rendre la plaisance accessible, sans compromis sur la qualité », détaille Gianguido Girotti.
Évidemment, la transition écologique est un sujet de préoccupation majeur dans le nautisme. Bénéteau s’affiche en pionnier des matériaux biosourcés, avec un objectif de réduction de 30 % d’intensité carbone d’ici 2030. « Nous avons été les premiers à produire des bateaux en résine 100 % recyclable. Et la gestion de l’énergie va devenir centrale », ajoute le directeur général. « La France a un coup d’avance sur ces sujets par rapport aux autres pays. Je dis ça d’autant plus que je suis italien », sourit Girotti.
Au-delà des matériaux, c’est l’usage même du navire qui évolue. On entrevoit un avenir où le bateau évolue comme un smartphone, gagnant en intelligence au fil des mises à jour. Le cockpit deviendra alors un poste de pilotage coopératif, presque complice, où l’on contrôle son énergie comme on surveille l’autonomie d’une voiture électrique. « Le yacht de demain sera plus intuitif que lorsqu’il a quitté le chantier. Exactement comme une voiture électrique ou une application, il évoluera grâce à la technologie. Je vois un niveau d’engagement supporté par le digital assez fort. Et surtout une maîtrise de la gestion de l’énergie à bord avec un vrai cerveau technologique. Les propriétaires et utilisateurs de demain vont arriver avec une conscience écologique plus accrue », prédit-on à la direction de Bénéteau.
Bénéteau : ambition mondiale et ADN vendéen
Malgré sa taille mondiale, le groupe garde son accent vendéen. C’est sans doute cette fidélité à son territoire qui permet à Bénéteau d’avancer sans perdre son cap. « Le business du nautisme a besoin d’une connaissance profonde de son histoire. L’implication de la famille fondatrice est essentielle, c’est un secteur incompatible avec une vision court-termiste de private equity. Le fait d’avoir une troisième génération encore très investie rend notre gouvernance extrêmement saine », nous rappelle-t-on.
Avec 70 % de parts de marché dans la voile aux États-Unis, des implantations en Pologne, au Portugal ou en Tunisie, et 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2024, Bénéteau excelle pourtant dans la gestion globale des marchés. « Nous sommes l’un des rares groupes capables de couvrir vingt segments du nautisme. Notre rôle est de proposer la juste proposition pour chaque usage : lac, Méditerranée, Floride, Asie… Chaque marché a ses contraintes et sa manière de vivre la mer ». Notons que la France reste un marché important, à 15 % du chiffre d’affaires. « Les pays méditerranéens, Italie, Espagne et Grèce — les fameux PIGS de la crise 2008 — fonctionnent actuellement très bien. La constance politique de ces pays permet une meilleure stabilité par rapport à la France dont le marché s’est abîmé dernièrement », note encore notre interlocuteur. Une histoire de cycles. Après 140 ans d’expérience, le groupe continue de regarder la mer comme un terrain de jeu à réinventer.
Site internet de Bénéteau.
