- Business>
- Inspirations>
Nouvelle famille d’iPhone 17, iPad Pro repensé, MacBook Pro 14 rafraîchi et une version revisitée du Apple Vision Pro : à l’orée de cette fin d’année 2025, Apple multiplie les nouveautés. Chacune, soigneusement conçue, ranime un vieux débat. Entre l’écologie affichée par son plan Apple 2030 et cette logique de consommation annuelle, où se situe réellement la firme de Cupertino ?
En 2020, la marque annonçait son plan ambitieux « Apple 2030 », visant la neutralité carbone sur l’ensemble de son empreinte écologique d’ici la fin de la décennie. Cette feuille de route engage la firme à réduire ses émissions de 75 % par rapport à 2015, tout en compensant le solde à travers des projets naturels de capture carbone et un recours renforcé aux énergies renouvelables. Une montagne à gravir d’autant plus haute que l’on connaît la taille et l’impact environnemental de ce mastodonte de la tech.
Lire aussi : Apple et Hermès : dix ans d’un attelage d’exception
Retropédalage
En 2023, Apple affirmait que certaines de ses nouvelles Apple Watch étaient « neutres en carbone ». Une affirmation qui a rapidement déclenché une polémique sur le web, certains y voyant un manque de transparence, d’autres un simple défaut de pédagogie.
En réalité, cette prétendue neutralité reposait essentiellement sur une forte réduction des émissions lors de la fabrication et du transport, complétée par l’achat de crédits carbone pour compenser les émissions restantes. Une stratégie de compensation largement utilisée aujourd’hui par la plupart des industriels, tous secteurs confondus.
![]()
En août 2025, un tribunal régional de Francfort a interdit à Apple d’utiliser cette allégation en Allemagne, estimant que la communication pouvait tromper le public. Depuis, la firme américaine a retiré cette mention de ses Apple Watch et ne s’aventure plus à l’utiliser pour d’autres produits.
Ce fait d’actualité constitue un excellent point de départ, car il cristallise le paradoxe d’une grande entreprise tech. La vraie question est de savoir si l’empilement de ses actions est à la hauteur de son poids industriel et médiatique.
Apple et l’écologie
Réduire la question de l’impact environnemental aux seuls chiffres de production, c’est passer à côté de l’essentiel. L’empreinte écologique est un puzzle complexe où la longévité du produit joue un rôle parfois sous-estimé. Parfois, produire un appareil qui nécessite plus d’énergie ou de matériaux peut s’avérer plus vertueux à long terme s’il est conçu pour durer deux, cinq ou même dix fois plus longtemps qu’un autre. Et c’est sur ce principe fondamental qu’Apple fonde une partie de sa stratégie.
La marque soumet ainsi chaque année des milliers de prototypes à une batterie complète d’essais. Ces tests dépassent la simple conformité réglementaire : ils visent à anticiper les usages réels des utilisateurs. Apple s’appuie sur l’analyse approfondie d’historiques d’utilisation anonymisés pour concevoir ses appareils. Ces données permettent d’adapter chaque détail à des contraintes spécifiques parfois inattendues. Comme la pression exercée lorsqu’on s’assoit sur son iPhone glissé dans une poche arrière ou le fait de le porter suspendu autour du cou, très courant dans certains pays d’Asie.
Pour garantir la longévité, les tests couvrent bien évidemment une très large variété de scénarios extrêmes : des simulations à de fortes pressions, des chocs répétés, des expositions à la poussière, des immersions dans différents liquides, et même des contacts avec la sueur ou le maquillage. Une méthodologie rigoureuse validée chaque année sur des dizaines de milliers de prototypes.
![]()
Il en résulte une amélioration notable de la fiabilité. Selon Apple, le taux de réparations hors garantie a diminué de 38 % entre 2015 et 2022. Autre exemple : les efforts en étanchéité ont réduit mécaniquement les pannes de 75 % sur des appareils comme l’iPhone 7 et 7 Plus, soit les deux premiers modèles à bénéficier de la norme IP67.
La réparation des produits Apple : une vaste question
Dans son rapport Longevity by Design de 2024, Apple revendique la fiabilité d’un produit comme sa priorité absolue, qui pourrait se résumer par la maxime « la meilleure réparation est celle dont on n’a jamais besoin ». Ce parti pris inspire autant qu’il soulève des débats, notamment en France où l’association Halte à l’Obsolescence Programmée et UFC-Que Choisir ont longtemps dénoncé le fait que la longévité ne doit jamais aller à l’encontre de la réparabilité.
Complexifier ou bloquer la réparation fragilise toute la chaîne, puisque l’appareil finit inévitablement jeté. Et c’est sur la politique de gestion des pièces détachées d’Apple que s’est longtemps situé un gros point de friction.
![]()
Pendant des années, Apple a imposé la sérialisation de ses composants. Autrement dit, le fait d’associer chaque pièce à un numéro de série unique, ce qui limitait l’usage de pièces tierces et les réparations hors ateliers officiels.
Face à un contexte légal européen de plus en plus strict, la firme a commencé à lever ces restrictions sur ses iPhone 15 et les modèles suivants. Elle autorise désormais l’utilisation de pièces d’occasion d’origine Apple issues de téléphones réparés et permet aux réparateurs indépendants de stocker des composants sans lien direct avec un numéro de série.
Pour aller plus loin et améliorer l’accessibilité à la réparation, Apple a mis en place en 2024 le programme Self Service Repair. Ce dispositif offre aux utilisateurs avertis et aux réparateurs indépendants la possibilité d’acheter des pièces originales, de louer ou d’acquérir les outils professionnels nécessaires.
![]()
Le tout en s’aidant d’une documentation officielle pour effectuer notamment des réparations d’écrans et de batteries hors garantie. Ce programme, déjà disponible dans plus de 30 pays, couvre 35 produits. Même s’il reste destiné à un public technique, il représente un pas en avant indéniable — et que certains jugeront forcé.
Apple 2030 : feuille de route verte
Cinq ans après son lancement, le plan Apple 2030 s’enracine dans une réalité industrielle autour de trois piliers concrets. Le premier touche à la production et à l’énergie. Aujourd’hui, la capacité combinée de ses projets solaires et éoliens, opérationnels ou en développement, dépasse 17,8 gigawatts. Ils sont répartis dans plusieurs régions, dont une partie importante en Europe, notamment en Roumanie et au Danemark.
Pour donner un ordre de grandeur, cela correspond à la production annuelle d’électricité nécessaire pour couvrir la consommation d’environ 3,8 millions de foyers français, dont la moyenne est estimée à 4 700 kWh par an. Apple vise ainsi, à terme, à compenser 100 % de l’électricité utilisée pour fabriquer, transporter et recharger ses appareils d’ici 2030.
Deuxième levier d’Apple 2030 : la circularité des ressources. En 2024, Apple a atteint 99 % de cobalt recyclé dans toutes ses batteries conçues en interne, réduisant significativement sa dépendance à l’extraction minière. Les iPhone 16e, 16 et 16 Plus intègrent 85 % d’aluminium recyclé dans leurs coques, tandis que le Mac mini 2024 contient plus de 50 % de matières recyclées.
Pour récupérer ces matériaux précieux, Apple a déployé dès 2018 Daisy, un robot démonteur de smartphones installé aux Pays-Bas. Capable de démonter un iPhone en 18 secondes, du modèle 5 au 12, Daisy extrait avec précision les composants utiles au recyclage.
Enfin, la compensation vient fermer cette boucle d’Apple 2030. Apple admet qu’environ 25 % de ses émissions totales resteront impossibles à éliminer d’ici 2030. Pour cette part résiduelle, et non négligeable, la firme mise sur son Restore Fund, créé en 2021 en partenariat avec l’ONG Conservation International. Ce fonds investit dans des projets naturels de capture carbone, comme la restauration des forêts de séquoias en Californie ou la régénération d’écosystèmes en Amérique latine.
Bien que cette approche soit transparente, elle invite à une réflexion critique. La compensation reste une solution de dernier recours, fondée sur des capacités limitées et fluctuantes de la nature. Elle ne remplace pas la réduction des émissions à la source. Et les plus suspicieux, encore une fois, pourraient croire que c’est un alibi pour ne pas aller plus loin dans la décarbonation effective.
Une propre vision de la durabilité
Si le terme « durabilité » a été soigneusement évité dès le début du reportage, ce n’est pas un hasard. Apple préfère parler de « longévité », un concept plus large qui englobe non seulement la robustesse, mais aussi la capacité d’un appareil à être reconditionné, revendu et prolongé dans le temps.
Sur ce terrain, Apple est difficilement critiquable. L’iPhone est le seul produit technologique à conserver une valeur résiduelle élevée dans le temps, preuve d’une longévité matérielle renforcée par une politique logicielle des plus rares.
Depuis 2014, Apple mène un programme de reconditionnement massif et à grande échelle. Même si aucun chiffre officiel ne filtre, le dynamisme d’acteurs comme Back Market donne une bonne idée de l’ampleur. En 2024, cette marketplace a atteint un chiffre d’affaires de 415 millions de dollars, soit une croissance annuelle d’environ 25 %.
Certes, la licorne française propose plusieurs types de produits et marques, mais ce sont les produits Apple et particulièrement l’iPhone qui restent les vedettes incontestées de son catalogue. Par extension, on peut donc estimer que des millions de produits Apple trouvent chaque année un nouveau propriétaire via le reconditionnement.
Finalement, cette inclination n’est que le prolongement de la communication maîtrisée d’Apple. En choisissant « longévité », la marque crée sa propre sémantique, à l’image de ses écrans Liquid Retina qui, bien que proches des LCD classiques, bénéficient d’un vocabulaire exclusif. En maîtrisant son narratif, Apple guide son discours, justifie sa stratégie et oriente aussi sa trajectoire écologique.
Est-ce moralement condamnable ? Pas nécessairement, d’autant qu’actuellement, aucun acteur dans la tech ne peut réellement revendiquer une exemplarité complète. Ni Samsung, qui poursuit sa route vers la neutralité carbone prévue pour 2050, ni Sony, qui avance avec son programme « Road to Zero » visant 2040. Et que dire des marques chinoises comme Xiaomi ou Huawei, pour ne citer qu’elles, qui restent encore à bonne distance de ces standards en matière de programme écologique et de transparence.
Si bien qu’au moment de répondre à notre interrogation initiale, il est impératif, si l’on souhaite être constructif dans le domaine écologique, de n’être ni totalement laudatif, ni totalement accusateur.
Bien sûr, toutes ces actions ne doivent pas faire oublier certaines limites concrètes, comme le renouvellement annuel des produits ou encore la compensation carbone. Cependant, la firme californienne est actuellement le seul géant de la tech capable d’articuler aussi clairement et concrètement longévité, reconditionnement et écologie. En ce sens, elle assume son rôle de locomotive, mais rares sont ceux qui parviennent à y accrocher leur wagon.
Est-ce pour autant suffisant au vu de son poids industriel et médiatique ? Avec tous les défis écologiques encore à relever, sous l’œil vigilant d’une société civile de plus en plus exigeante, le « juste assez » sera toujours l’ennemi du « beaucoup mieux ».
Lire aussi : Apple et Hermès : dix ans d’un attelage d’exception
