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Stefano Aimone, CEO et directeur artistique d'’Agnona, réaffirme une vision exigeante du luxe. Entre héritage textile piémontais et modernité maîtrisée, il défend un quiet luxury pensé non comme une tendance, mais comme une condition créative.
À la tête d’Agnona, Stefano Aimone façonne une vision du luxe qui privilégie la profondeur à l’ostentation. Héritier d’une maison textile d’exception fondée dans le Piémont, il inscrit son travail dans une continuité exigeante : faire évoluer l’héritage d’élégance sans le trahir, et redonner au vêtement sa dimension intime, presque silencieuse.
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Agnona, une maison née de la matière
Fondée en 1953 à Borgosesia, dans le Piémont italien, la marque Agnona s’est d’abord imposée comme l’une des plus grandes productrices de tissus nobles au monde, travaillant le cachemire ou l’alpaga pour les plus grandes maisons. Son fondateur, Francesco Ilorini Mo, défendait une vision radicale : celle du tissu comme essence du vêtement. « A fabric with sleeves », aimait-il résumer — une matière avec des manches.
Cette obsession de la matière parfaite structure encore aujourd’hui l’identité de la maison. Longtemps discrète, presque confidentielle, Agnona a toujours cultivé une forme d’exigence silencieuse. Bien avant que l’expression ne devienne tendance, elle incarnait déjà ce que l’on nomme désormais le quiet luxury. Une notion que le propriétaire et directeur créatif de la marque, Stefano Aimone, de la famille Zegna, revendique : « Pour nous, le quiet luxury n’est pas une tendance, ni une réaction à l’excès. C’est une condition de la création ».
Le quiet luxury comme condition créative
Dans un paysage saturé de logos et d’hypervisibilité, Stefano Aimone défend un luxe de l’intérieur. « Agnona n’a jamais été fondée sur la visibilité. Elle a été fondée sur la substance : les fibres, les gestes, le temps. » Cette importance rend la marque à la fois très luxueuse et parfaitement originale. « Je crois que le véritable luxe devient presque un dialogue privé entre le vêtement et la personne qui le porte ».
Le luxe tel qu’il le conçoit, après plusieurs décennies de travail dans le prêt-à-porter, privilégie la profondeur plutôt que l’ostentation : « Chez Agnona, le quiet luxury signifie privilégier la profondeur plutôt que l’ostentation. » La valeur d’un vêtement n’est pas juste spectaculaire ; elle s’inscrit dans le toucher d’un tissu, la précision d’une coupe, l’intelligence d’une construction. Dans un monde où « la visibilité est une monnaie d’échange », choisir la retenue devient presque un acte d’indépendance. « La discrétion n’est pas une absence ; c’est une intensité sans bruit. » Une déclaration qui résume bien l’attitude d’une clientèle décrite comme sûre d’elle, libérée du besoin de validation extérieure.
Mémoire et transformation : l’équilibre d’une marque élégante
La collection FW26 met en scène cette vision à travers un dialogue constant entre héritage et renouveau. Pour le directeur actuel, tout commence par l’écoute des archives du créateur italien : « Je pars toujours des archives, non pas pour les reproduire, mais pour en comprendre la logique. » Il s’interroge sur l’intention et la fonction des silhouettes historiques avant d’engager leur métamorphose.
Les capes et manteaux inspirés du fondateur se réveillent à travers de nouveaux volumes et une fonctionnalité contemporaine. Les tissus d’archives sont réinterprétés, la coupe adoucie, les matières nobles enrichies d’éléments techniques. Continuer l’histoire d’Agnona, insiste-t-il, n’est pas un exercice de style : « Faire référence est facile. Continuer est une responsabilité. » L’héritage de Francesco Ilorini Mo ne constitue pas une formule esthétique qui marche à tous les coups, mais une base d’archives pour prolonger la belle histoire de mode d’une maison.
Le vêtement comme expérience émotionnelle
Pour Stefano Aimone comme pour le créateur d’Agnona, les vêtements transcendent toujours leur fonction décorative pour devenir des objets émotionnels. « Le patrimoine textile n’est pas seulement un savoir, c’est aussi une mémoire. » Transformer cet héritage en une expérience contemporaine implique de travailler sur le toucher, le poids, la chaleur et le mouvement.
La matière reste toujours primordiale, c’est l’ADN de la marque, mais elle interagit désormais plus librement avec la silhouette. Dans la collection FW26, l’idée de confort émotionnel est omniprésente sans pour autant succomber aux simples tendances lifestyle. « Le confort émotionnel n’est pas une question de décontraction. C’est une question d’intention. » Protection, chaleur, élégance, dignité : les vêtements doivent accompagner le client ou la cliente au fil de sa journée, et pas seulement embellir son look. Pour Stefano Aimone, la prochaine étape avec Agnona ne sera pas plus bruyante, mais « plus profonde ». Après avoir recentré la maison sur son essence, il s’agit désormais d’affiner sa voix pour l’amener vers une dimension plus confiante, plus essentielle. Une croissance organique, fidèle à la philosophie italienne « fare solo cose belle » : ne faire que de belles choses, avec respect et patience.
À l’heure où le luxe se met en scène à grand bruit, Agnona choisit ainsi de se concentrer. Non sur l’expansion spectaculaire, mais sur l’intensité silencieuse d’un vêtement pensé comme une seconde peau et comme une mémoire en mouvement.
Site internet de Agnona
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